[SoBD2024] Revue de Littérature

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La Revue de littérature est une table ronde qui se tient tous les ans sur le SoBD depuis plus de 10 ans, et qui se consacre à un commentaire d’une sélection d’ouvrages sur la bande dessinée parus dans l’année. Elle s’est tenue le 1er décembre 2024, durant le SoBD (salon parisien de la bande dessinée), en compagnie de Renaud Chavanne, Manuel Hirtz, Irène Le Roy Ladurie, Harry Morgan et Florian Rubis.

Renaud Chavanne : Bonjour à tous. Voici donc la Revue de littérature 2024, notre rencontre annuelle consacrée aux ouvrages sur la bande dessinée. J’en profite pour vous signaler que la revue de littérature 2023 vient d’être mise en ligne sur le site du9.org. C’est fait chaque année avec beaucoup de retard, car la retranscription est un travail assez long. Ces retranscriptions permettent de retrouver nos échanges intégralement ou partiellement et de leur donner une forme moins éphémère que cette table ronde.

Commençons par un petit panorama de la production annuelle, que je ferai plus bref que l’année dernière. Entre décembre 2023 et novembre 2024, nous avons compté 96 titres parus dans notre recension des ouvrages sur la bande dessinée. 96, c’est beaucoup. Je crois que c’est quasiment un point haut. Il faut dire que nous avons profité de l’association avec la revue en ligne Neuvième art, publiée par la Cité de la bande dessinée et de l’image. Ce qui nous a permis de dédoubler notre équipe de travail et de recherche. Ceci nous a procuré assurément une vision un peu plus large, et nous avons probablement raté moins de livres que l’an dernier. Sur ces 96 livres, je ne vous étonnerai pas, nous en avons encore 14, soit plus de 15 % qui sont consacrés à Hergé et à Tintin. Nous comptons toujours une profusion d’ouvrages sur ce sujet, ce qui est assez remarquable. Bon dynamisme des études académiques également avec 13 titres. L’université s’est bien emparée de la bande dessinée et continue à fournir le lectorat en ouvrages savants. Sur ces 13 titres de la littérature universitaire, 5 seulement étaient des ouvrages collectifs. C’est, me semble-t-il, un très bon signe. Cela signifie que 8 ouvrages étaient des études complètes faites par des universitaires sur des sujets spécifiques.
Si l’on considère à présent les aires géographiques concernées, la littérature secondaire de langue française est toujours orientée sur la bande dessinée franco-belge, ce qui n’est pas très étonnant. Sur 96 livres, 42 sont consacrés à la bande dessinée franco-belge, et 18 au manga. Mais 7 de ces 18 livres sont des ouvrages didactiques, qui apprennent à dessiner des mangas. Cela fait longtemps que nous vous signalons cette production importante de livres sur le manga, dont la plupart sont des ouvrages d’apprentissage, pour apprendre à dessiner les Chibi [les personnages enfantins] à la manière de Naruto, de Dragon Ball et ainsi de suite. Toutefois, cette année, sur les 18 ouvrages consacrés au manga, seuls 7 sont des ouvrages didactiques. Cela laisse 11 titres qui vont aller au-delà de cet apprentissage élémentaire du dessin manga.
Pour finir, nous avons décompté cinq ouvrages sur les comics et six portant sur d’autres aires géographiques : l’Amérique du Sud, l’Espagne, l’Angleterre, l’Italie et la Suède.
Voilà pour le panorama général. Comme à notre habitude, nous allons démarrer nos discussions par des commentaires de l’ouvrage lauréat du prix SoBD Neuvième art.
Je vous rappelle brièvement l’évolution de ce prix. Nous avons travaillé pendant dix ans avec la revue Papiers Nickelés pour le décerner. Et puis, il y a trois ans, après de nombreuses discussions, nos chemins ont divergé puisque le champ qui intéresse nos confrères de Papiers Nickelés n’est pas tout à fait le même que le nôtre. En ce qui les concerne, ils s’intéressent à tout ce qui participe de l’image imprimée. Ainsi, par exemple, ils sont censés s’intéresser au timbre, à la gravure, aux étiquettes de camembert, aux étiquettes de bouteilles de vin, etc. Alors qu’en ce qui nous concerne, nous estimons que nous avons assez à faire avec la bande dessinée ; et j’en veux pour preuve les 96 titres qui sont parus dans l’année. Pour en revenir au prix, après nous être séparés de Papiers Nickelés, nous avons travaillé en solo durant trois années avant de nous associer avec Neuvième art, la revue en ligne de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image. Et ceci avec notamment pour objectif de nous rapprocher des auteurs académiques, puisque, comme vous l’avez vu dans ma petite recension, on observe aujourd’hui une production académique régulière et constante, qui vient s’ajouter aux productions faniques, aux écrits de spécialistes et de professionnels, et aux ouvrages réalisés par les artistes. Nous estimions donc qu’il était important que les auteurs de cette littérature académique soient représentés au sein du comité de lecture du prix. D’où le rapprochement opéré avec la revue Neuvième art, réalisé grâce aux bons soins d’Irène Le Roy Ladurie. Notre prix a donc changé de nom cette année pour devenir très logiquement le Prix SoBD Neuvième art.
Et voilà à présent le lauréat de cette année. Vous l’avez peut-être vu ou entendu hier [à la remise du prix], il s’agit de La Musique silencieuse de José Muñoz et Carlos Sampayo un livre d’Erwin Dejasse, que vous avez peut-être entendu ici même l’année dernière, puisque Erwin était alors l’invité d’honneur du SoBD.
L’ouvrage d’Erwin est paru à la fin de l’année 2023 dans la collection Iconotextes, dirigée par Laurent Gerbier et publié par les presses universitaires François Rabelais de Tours. Une collection qui existe depuis déjà quelques temps et à qui l’on doit de nombreux ouvrages sur la bande dessinée.
Alors, est-ce que quelqu’un veut commencer par en dire un mot ?

Irène Le Roy Ladurie : Oui, je précise que la collection est dirigée aussi par Cécile Boulaire, ce qui explique la présence de plusieurs titres sur l’illustration l’album jeunesse. Et puis, je voudrais aussi remercier Catherine Ferreyrolle de la Cité de la bande dessinée, qui a participé plus activement que moi à l’établissement de la sélection des livres retenus pour le Prix.
J’en viens au lauréat de cette année. Pourquoi ce livre ? Tout d’abord, il faut souligner que c’est un livre qui est issu d’une thèse universitaire, mais dont l’aboutissement est aussi lié à un parcours de recherche très personnel de la part d’Erwin Dejasse, dont ce dernier fait état dans le livre. C’est-à-dire qu’il a beaucoup voyagé, fouillé sur le terrain, visité les librairies d’occasion et beaucoup amassé de matériel pour faire cette étude sur Muñoz et Sampayo. Et il s’est également entretenu avec les auteurs, et la documentation considérable qu’il a amassée lui a permis de retracer l’origine des influences de Muñoz et Sampayo, qui se trouve dans la bande dessinée argentine, mais aussi dans la bande dessinée américaine, laquelle est arrivée en Argentine à travers la presse et les journaux.
Le grand mérite de cet ouvrage, c’est donc d’être un parcours à la fois historique, mais aussi esthétique, puisque dans le premier chapitre, l’auteur revient sur la notion de réalisme qui a été formulée en termes stylistiques dans l’histoire de la bande dessinée pour désigner un certain type de dessin et notamment les bandes dessinées américaines ; celles-là même qui ont influencé le travail de Muñoz.
Qui a influencé Muñoz et Sampayo ? Milton Caniff, Noel Sickles et consorts. Erwin discute cette catégorie esthétique du réalisme pour montrer pourquoi elle ne fonctionne pas, pourquoi il faut l’adapter, pourquoi il faut l’améliorer pour en venir à une lecture esthétique de l’œuvre de Muñoz et Sampayo. Et ce qui est vraiment très intéressant dans cet ouvrage, c’est qu’on y trouve la fois une approche de l’histoire éditoriale et économique de cette production très liée à la presse, s’inscrivant dans un cadre d’industries culturelles, et d’autre part, une approche esthétique. Les deux étant vraiment complémentaires dans le travail d’Erwin.
Et je dirais que ce qui est aussi intéressant dans ce travail, c’est qu’Erwin Dejasse incarne, on pourrait dire, une nouvelle génération de chercheurs et de critiques de bande dessinée. Il a le grand mérite de commenter des textes théoriques, ceux de Thierry Smolderen, de Thierry Groensteen, ceux de Harry Morgan, ici présent. Il affine les concepts, les discute, en propose des interprétations. C’est très précieux pour les jeunes chercheurs, ou même les jeunes lecteurs de théorie de bande dessinée, parce qu’Erwin montre un parcours théorique, il esquisse une généalogie théorique de la bande dessinée qui permet à un lecteur de se situer dans une histoire des concepts esthétiques de la bande dessinée. C’est d’ailleurs toute l’importance de cette collection Iconotextes : elle met en valeur les nouvelles publications, les nouveaux apports théoriques faits par de nouvelles générations de chercheurs et de théoriciens de la bande dessinée. Je souligne ce point car on a tendance à constater un certain effacement des nouveaux textes et des nouveaux théoriciens et des nouvelles théoriciennes de la bande dessinée, au profit de quelques noms qui reviennent sans cesse parce que leurs livres sont plus faciles d’accès, ou parce que leurs études sont plus connues. Et à ce titre, Iconotextes republie des ouvrages théoriques qui n’ont pas trouvé leur forme en tant que livre jusqu’à présent dans la théorie de bande dessinée.

Harry Morgan : Je crois, Irène, que tu as mis le doigt dessus : ce qui fait le prix de cet ouvrage, c’est que c’est un ouvrage modeste. C’est-à-dire que l’auteur a brassé une quantité de données absolument phénoménale. Il a accumulé une librairie, une tonne de matériel, très peu connu de surcroît. Par exemple, les bandes dessinées que les Argentins dessinent pour les Anglais, moi, je n’en ai pas chez moi. De même, matériel énorme sur la vie de Muñoz et Sampayo. Ce sont des interviews, des heures d’interviews, mais des interviews qui ne figurent pas dans le livre. Il n’y a pas des tunnels dans le bouquin avec les propos de Muñoz ou Sampayo. Simplement, il en extrait le suc. Et de même pour la théorie. La théorie stripologique, dont il est lui-même en partie le concepteur. Il a digéré l’intégralité de la stripologie et il en parle quand c’est pertinent pour son propos. En conséquence, on est toujours exactement sur le sujet. Et c’est d’autant plus un exploit que, comme l’a dit Irène, il parle de trois choses complètement différentes. Il parle d’une question d’esthétique qui est la représentation inspirée par l’image cinématographique dans la bande dessinée américaine d’aventures, donc Milton Caniff, Noel Sickles, et ce qui, d’eux, sera repris par Muñoz et Sampayo. Il parle d’un contexte éditorial et politique qui est celui de la bande dessinée argentine. Et il parle d’une carrière, d’une œuvre, qui est celle de Muñoz et Sampayo.

Manuel Hirtz : Oui, une étude esthétique portant sur une œuvre, ce n’est pas quelque chose de si fréquent. Quand on a terminé l’ouvrage, on peut discuter, on peut voir où c’est pertinent. C’est vraiment passionnant de ce point de vue-là. Et comme vous l’avez dit, en même temps, l’ouvrage porte également sur la vraie vie, l’histoire des deux auteurs argentins. On découvre par exemple qu’à un moment José Muñoz a été très près d’abandonner la bande dessinée. Si cela avait été le cas, il ne serait connu aujourd’hui qu’en tant qu’assistant de Solano López sur Kelly’s Eye, publié en France quand j’étais enfant sous le titre L’œil de Zoltec dans la deuxième partie du magazine Bugs Bunny. Vraiment, la vie est pleine de surprises.

Florian Rubis : Je note toutefois qu’en ce qui concerne la Fleetway, commanditaire britannique de certaines des œuvres de Muñoz, contrairement à ce qu’écrit Erwin Dejasse, on connaît désormais le nom des scénaristes. Ceci grâce au travail des chercheurs britanniques.

Renaud Chavanne : En ce qui me concerne, j’ai trouvé particulièrement intéressante la position de départ de l’auteur qui note que la plupart des études sur la bande dessinée sont narratologiques, fondées sur l’étude du récit. Il estime à juste titre que ces études ont une lacune ancienne, à savoir ce que mes camarades ont appelé l’analyse esthétique, c’est-à-dire notamment la question du trait. En l’occurrence, Dejasse fonde son travail sur l’analyse de l’évolution du trait, il établit l’historicité du trait, sa transformation d’un auteur à l’autre, et notamment sous l’influence de l’école américaine. Le travail est très puissant de ce point de vue.
Je nuancerais en disant qu’il y a des choses qu’on sait, qu’on dit depuis longtemps, mais qui n’ont jamais été écrites et formalisées de façon aussi claire. C’est par exemple la chaîne de dessinateurs qui part de Sickles et Caniff aux États-Unis et qui fait tache d’huile, passant par l’Amérique du Sud, l’Italie, pour arriver chez nous, en France, avec des gens comme… Je vais me faire un peu provocateur, mais disons qu’on peut voir aboutir cette filiation artistique à un Bastien Vivès, par exemple. Vivès, quoi qu’on dise de son travail, ne sort pas de nulle part. Et ce sur quoi s’appuie son travail, ce sur quoi se fonde son trait, ça remonte à quelque chose comme un siècle. Cette chaîne artistique, qui relie des générations d’auteurs, est très bien décrite dans le livre d’Erwin Dejasse.

Florian Rubis : Ce sont les années 1930, spécifiquement 1933-34 avec Noel Sickles et son Scorchy Smith. C’est bien Sickles qui initie cela, et non Caniff, comme on en a l’impression en lisant cet ouvrage.

Renaud Chavanne : Non, non, je ne suis pas d’accord. Le travail de Sickles est bien positionné dans le livre de Dejasse. Un petit mot pour finir, avant de te laisser la parole. Il y a quand même quelques points qu’on peut regretter concernant ce livre. C’est un texte qui a quand même quelques années, puisque la thèse date de 2015. Une dizaine d’années la sépare de la parution du livre. D’autre part, la petite taille de l’ouvrage induit une petite taille des illustrations. Quelques fois, la réduction des reproductions est excessive. Je voudrais faire une autre remarque : Le livre est titré La musique silencieuse de Muñoz et Sampayo. Mais en réalité, il s’agit surtout d’une étude du travail de Muñoz, beaucoup plus que de celui de Sampayo.
Parmi les mérites de ce livre, je voudrais insister sur le fait qu’il est limpide. C’est un vrai plaisir de le lire. C’est un ouvrage universitaire qui n’est jamais jargonnant. Par contre, il n’évite pas certains lieux communs de l’étude de la bande dessinée. Dejasse utilise largement les notions de « code », de « langage », de « médium », sans que jamais aucune ne soit expliquée. Ce sont des termes qui ont perdu toute signification précise à force d’être employées dans toutes les situations imaginables. Par exemple, concernant Alberto Breccia, cela donne des propositions comme celle-ci : « une quête inlassable ayant pour objet l’exploration des potentialités du langage de la bande dessinée et la réinvention de ses codes » (p. 84). Autant dire que quand vous avez dit ça, vous n’avez rien dit du tout, si ce n’est qu’il y a du nouveau avec Breccia.
Par ailleurs, la question de l’organisation des images, qui me concerne de près, est globalement ignorée. Dejasse admet, je cite à nouveau, que « la bande dessinée se distingue par une profusion d’images qui ne me paraît pas connaître d’équivalent dans un autre médium » (p.170). De fait, l’une des caractéristiques de la bande dessinée est la présence de multiples images, qui sont organisées les unes avec les autres. Pourtant, et cite toujours, « à quelques rares exceptions près, dont la séquence qui ouvre Nord-Américain, aucun système pensé a priori ne vient sous-tendre l’élaboration de la mise en page chez Muñoz et Sampayo » (p. 209). Je trouve qu’il est un peu fort de café de dire que des artistes qui ont produit des dizaines et des dizaines de pages n’ont pas réfléchi à la façon dont ils organisaient leurs images. Il me semble que c’est aller un peu vite en besogne.

Harry Morgan : Si je peux me permettre, c’est par opposition à ce que fait Alan Moore. Il dit ça dans un contexte précis pour indiquer que chez Alan Moore, tout est cadré. Quand on a fini de le lire, on se rend compte que tout est symétrique ; et chez Muñoz et Sampayo, c’est une forme libre. Tu surinterprètes me semble-t-il. Je crois qu’il veut juste dire que ce n’est pas un truc qui a été bricolé au départ pour que ça soit complètement symétrique comme le fait Alan Moore.

Renaud Chavanne : Bon, pourtant, pensé, organisé, ça l’est chez Muñoz et Sampayo. Parce que quand tu ouvres une de leurs pages de bande dessinée, ça commence à gauche, ça s’arrête à droite. Il y a donc bien un pensé, un organisé derrière tout ça. Or, nulle nécessité n’impose qu’une bande dessinée, ça doit commencer à gauche et finir à droite. Pourtant, c’est bien ainsi que l’on fait le plus souvent. Simplement, cette organisation des images qui est pensée n’est pas forcément formalisée dans le langage. Et cela est dû au fait que les auteurs sont des artistes visuels. Ils travaillent à partir d’une immense quantité d’œuvres qu’ils ont observées, assimilées, mais pour laquelle ils n’ont pas nécessairement élaboré des concepts langagiers permettant de la décrire. Comme ces mots ou ces concepts n’existent pas, ils ne peuvent pas être employés dans une conversation ou un énoncé. Mais l’absence de mots ou de concepts langagiers ne prouve ni que la forme n’existe pas, ni que l’artiste ne la maîtrise. On peut, au contraire, le constater facilement en observant le résultat du travail : les images sont bien organisées, c’est absolument évident.
Voilà les petits reproches que je ferai à ce livre. Mais j’en recommande cependant la lecture. Muñoz et Sampayo ne sont pas des auteurs faciles, et le livre de Dejasse peut en accompagner avantageusement la lecture. D’autant que c’est une lecture vraiment plaisante et qui déborde très largement au-delà de l’œuvre de ces deux écoles et porte sur tout un courant artistique.

Florian Rubis : Malheureusement, il ne me reste que trois minutes pour intervenir. Autant dire que c’est un défi, parce que, à l’inverse de mes camarades, je suis mauvais client pour ce genre d’ouvrage. Je tiens à préciser d’abord que je me félicite que l’auteur ait traité ce sujet. J’insiste parce que Renaud soulignait la profusion d’ouvrages sur Tintin, sur la ligne claire, etc. C’est donc très méritant de traiter enfin d’autres sujets. C’est une ouverture sur autre chose que la littérature franco-belge.
Il me semble cependant que l’ouvrage est vraiment succinct sur la période britannique. Ce n’est pas un hasard, car c’est une période pour laquelle collecte d’informations est difficile, je suis bien placé pour le savoir pour avoir eu l’occasion de publier un long article à ce propos. Or, le livre de Dejasse ne comporte que deux passages concernant cette période, p.126-128 et p.134-135, en se faisant l’écho d’informations dont on disposait déjà. Pourtant, c’est un nœud important dans l’œuvre de nos deux auteurs, car ce moment précède l’apparition d’Alack Sinner. En Argentine, Muñoz était encore un clone de Solano López.
Muñoz, cité par Dejasse, estime que pour lui, en gros, le travail réalisé pour les Anglais était une régression. Reste qu’il est quand même très intéressant à lire le travail de cette époque, car c’est un concentré des références de Muñoz, comme Tim Tyler’s Luck de Lyman Young, Milton Caniff, Dickie Dare et ce genre de choses. On se demande à quel point Muñoz a pu intervenir auprès des scénaristes britanniques tant on perçoit l’influence de ce qu’il faisait précédemment en Argentine.
Pour terminer, je soulignerais comme l’on fait mes camarades l’intérêt des documents retrouvés par Dejasse en Argentine et présentés dans l’ouvrage. Je recommande donc globalement de lire ce livre, en dépit de quelques insuffisances.

Renaud Chavanne : Merci, Florian, pour cet avis contradictoire.

Dossier de en novembre 2025

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