Aidan Koch

par

Un pied dans la bande dessinée, l'autre dans l'Art Contemporain, Aidan Koch est une artiste polymorphe qui dessine, sculpte, travaille sur tissu, publie de petits livres et réalise des installations. Dans chacun de ses projets, elle manipule des choses fragiles, agence des fragments, distille des impressions -- construisant par petites touches une narration aussi élégante que cristalline.

Xavier Guilbert : Pour commencer, te définis-tu comme une auteure de bande dessinée, ou dirais-tu plutôt que tu es une artiste qui fait parfois de la bande dessinée ?

Aidan Koch : Généralement, je dis — quand il me faut écrire une présentation, ce genre de chose, je dis généralement que je suis auteur de bande dessinée. C’est souvent « je fais des installations et des sculptures et de la bande dessinée. » (rire) Mais en fait, je suis simplement une artiste qui pratique ces choses. Et donc sans vraiment en favoriser une en particulier.

Xavier Guilbert : C’est assez difficile de mettre ton travail dans des cases. Même quand tu fais des installations, on y trouve de la bande dessinée — et même si ce n’est pas de la bande dessinée… est-ce qu’une planche de bande dessinée imprimée sur un t-shirt cesse d’être de la bande dessinée ? Il y a une transformation, mais si c’est dans le cadre d’une installation, il y a des rapports qui s’établissent avec d’autres dessins et d’autres objets…

Aidan Koch : Oui… j’essaie d’éviter les définitions. Ce qui n’est pas toujours facile, parce que c’est — en fait, les gens sont systématiquement perturbés par mon travail, ou perturbés parce qu’ils essayent de comprendre comment la bande dessinée s’articule avec ces autres domaines. Et donc pour moi, plutôt que de m’appuyer sur le langage pour y arriver, je préfère la mise en pratique.

Xavier Guilbert : Comment définirais-tu ta culture en bande dessinée ? En lisais-tu enfant, ou est-ce quelque chose qui t’est venu plus tard ?

Aidan Koch : Oui, enfin, effectivement j’ai lu — tu sais, les illustrés étant enfant. Et j’ai aussi lu beaucoup de manga quand j’étais plus jeune. Et puis je n’ai plus rien lu pendant des années. En fait, je n’ai recommencé à lire de la bande dessinée que quand j’ai commencé à en faire, soit il y a sept ou huit ans. Je crois que j’ai traversé cette phase de « oh, je devrais me cultiver sur le sujet » (rire). Parce que je fais de la bande dessinée, voilà que je me retrouve soudainement faisant partie de cette communauté. Ce qui fait que j’ai vraiment beaucoup lu pendant quelques années, mais depuis c’est — je ne sais pas trop, je ne lis plus vraiment beaucoup.

Xavier Guilbert : Quand tu en lisais, n’avais-tu pas peur de contaminer, en quelque sorte, ce que tu faisais ?

Aidan Koch : Non, parce que je savais tout simplement — que c’est très différent. Oui. J’étais simplement curieuse de savoir ce qui existait. En fait, je pense que j’en ai tiré des choses, qui me sont utiles. Mais… je ne crois pas que cela ait jamais changé ce que je faisais. Qui plus est, j’ai tout de suite découvert des auteurs qui étaient aussi dans l’expérimentation, ce qui fait que c’était plus une manière de poursuivre la conversation avec ceux-là, dont le travail était très éloigné de — la production alternative habituelle. Oui, je pense que c’était plutôt cela…

Xavier Guilbert : « La production alternative habituelle »…

Aidan Koch : Oui, je sais… (rire)

Xavier Guilbert : On trouve dans ton travail une utilisation inhabituelle de la grammaire traditionnelle de la bande dessinée. Il y a bien quelques bulles ou quelques cases, mais elles sont utilisées d’une manière très lâche. Le texte est parfois sous les dessins, comme on placerait le titre d’une illustration…

Aidan Koch : En fait, c’était — quelque chose que j’ai découvert quand je lisais plus. « Tiens, çà pourrait être intéressant d’utiliser ça. » Mais oui, changer ma manière de — en fait, pendant longtemps je n’ai pas utilisé de bulle. Et puis — je pense que c’est amusant (rire). Ce qui fait que maintenant — je ne sais pas, je me les suis un peu appropriées, au lieu de les utiliser comme l’aurait fait un auteur de bande dessinée.

Xavier Guilbert : Les bulles sont présentes dans The Blonde Woman, et puis elles disparaissent de ton travail avant de revenir dans Impressions, avec le récit que tu as fait pour The Paris Review. Dans ton travail, il y a tout un pan qui s’inscrit dans un rapport à l’Art — les réinterprétations des peintures de Degas pour kus, ou les Elements of Painting que je trouve particulièrement intéressants : tu prends des peintures, et en en isolant des éléments, tu reconstitues une narration.

Aidan Koch : En effet. En fait, cette idée était pour moi une manière de m’entraîner et de m’amuser, je crois. Et surtout, je pense, de montrer que l’on peut partir de n’importe quelle source. J’ai fini par utiliser ça dans les ateliers, un peu. J’ai l’impression que lorsque je discute avec des artistes qui ne font pas de bande dessinée mais qui s’y intéressent, ils disent souvent : « je ne sais pas par où commencer », ou « je ne sais pas, je n’ai pas d’histoire, je ne sais pas quoi faire… » Ils sont trop angoissés. Pour moi, ce projet était en essence « on peut litéralement faire n’importe quoi avec n’importe quel matériau ». Si tu as un image, tu peux tout simplement en extraire des choses, et aussitôt tu viens de créer une nouvelle histoire. Je trouvais intéressant de jouer avec cette idée de strip. C’était un peu — je ne sais pas, la manière dont le langage de la bande dessinée s’est contruit au fil de l’histoire est vraiment intéressante, et c’est amusant de revenir en arrière et de se dire : « tiens, je pourrais faire quelque chose avec ça. » Un peu comme si l’on prolongeait la conversation entre ces deux domaines.

Xavier Guilbert : Découvrir de la bande dessinée dans l’art, et amener la bande dessinée à l’art.

Aidan Koch : Oui, faire ce genre d’aller-retour, et apprendre en chemin.

Xavier Guilbert : En effet, et ce n’est pas étonnant de te voir participer à quelque chose comme PFC. Il y a beaucoup de contraintes dans ton travail, mais je ne sais pas dans quelle mesure ce n’est pas lié à des ateliers. Je pense par exemple à In which qui m’évoque le haïku japonais, dans l’économie de moyen inhérente au strip, et le texte qui commence systématiquement par « In which… ». Il y a toujours beaucoup d’inexprimé et de place pour l’interprétation.

Aidan Koch : Oui. C’est le genre de chose que je fais pour — en fait, pour me mettre au travail, et pour essayer de voir comment je peux jouer avec. Parce que c’est amusant. C’est le même principe pour les strips des Configurations, parce qu’ils partent tous de la même base — j’avais simplement dessiné ces quelques cases, et je les ai assemblées de diverses manières.

Xavier Guilbert : Tu as fait quoi, 19 strips à partir de huit ou neuf cases ? À mon sens, il s’agissait surtout de donner un titre, parce que les associations étaient assez abstraites. J’ai l’impression que l’idée de juxtaposer des éléments, et d’essayer de voir quelles sont les associations qui peuvent en émerger est très présente dans ton travail, que ce soit dans le domaine de la bande dessinée ou des installations que tu fais.

Aidan Koch : C’est parce qu’une large part repose sur — la manière dont les gens interprètent différentes informations, en fonction de ce que tu donnes ou que tu retiens, je pense. Une manière de tester les limites de ton audience, en quelque sorte. Tu peux faire une installation qui ne repose que sur des dessins, et tu peux la présenter comme une installation de dessins, ou bien dire : c’est un récit. Et les gens l’abordent d’une manière complètement différente, et c’est la même chose avec la peinture aussi — tu sais, beaucoup de peintres ont fait des séries, ou ont refait le même tableau plusieurs fois. On peut alors considérer chaque œuvre comme une image isolée, mais elle participe aussi de cette histoire qui englobe leur processus créatif, et l’évolution de leur registre pictural ou coloré. C’est une question de perspective. Ce qui fait qu’au moment où tu dis à quelqu’un de considérer quelque chose d’un point de vue narrative — il le fait.

Xavier Guilbert : J’ai l’impression que c’est quelque chose que le monde de l’art a rejeté pendant longtemps. Ils ne voyaient pas l’intérêt de montrer des séquences. Monet a beaucoup peint la Cathédrale de Rouen, ou une meule de foin au fil du jour, mais on les présente souvent plus comme des études que comme une œuvre d’art en tant que telle. Le monde de l’art n’était pas prêt à accepter qu’il puisse y avoir une sorte de narration dans ces séries. Alors que c’est absolument normal dans la bande dessinée.
De ce que j’ai vu de tes expositions, j’ai l’impression que tu travailles sur l’idée de réseau, un réseau très personnel, qui partagerait quelque chose d’intime en invitant les visiteurs à y pénétrer. J’ai noté la notion de « une femme entrant dans un labyrinthe » (« a woman entering a maze« ) qui me semblait résonner de manière intéressante avec ton travail.

Aidan Koch : Dans le cas de cette exposition, c’était intéressant, j’ai en quelque sorte — j’avais amené des choses un peu au hasard, et puis, après les avoir considérées, j’ai écrit un texte pour les accompagner. Je l’ai écrit sur le mur, et aussitôt cela donne un contexte bien précis à l’ensemble. Pour moi, c’est excitant, et le fait de mélanger — généralement, en faisant une référence à un personnage, ou encore… je fais ces tentures de texte, qui consistent simplement en du texte sur de la soie. À nouveau, c’est un peu — c’est littéraire, mais c’est de l’art, et peu importe ce que c’est. Faire éclater tous ces formats établis et voir comment on peut en construire l’idée d’un récit.

Xavier Guilbert : Pour revenir à ton travail imprimé — la manière dont tu utilises le texte, et le fait que tu laisses beaucoup des dessins inachevés me donne l’impression d’une sorte de monologue interne, proche de la manière dont fonctionne la mémoire. Nous ne nous rappelons pas des scènes entières, ou alors seulement d’une manière fragmentaire et non-séquentielles. L’esprit ne fait qu’aller d’association en association. C’est quelque chose que je trouve dans ton travail — comme dans The Blonde Woman, lorsqu’elle brosse ses cheveux, tout disparaît à l’exception de sa main sur ses cheveux. Ou encore ce personnage qui n’est montré que par la robe qu’elle porte. Il y a aussi les pages vides avec seulement du texte… bref, il y a vraiment une forme de narration subjective.

Aidan Koch : Oui, cela joue beaucoup avec — j’imagine, des questions de perspective et comme plusieurs niveaux de conscience. Comme tu le dis, cela se concentre sur certains aspects. On ne cesse de passer de ce que voit un personnage à l’autre, et puis il y a aussi comme une vue globale… C’est très présent dans Impressions, tout simplement parce que cela aborde sa réflexion sur son identité, ce qui fait qu’il y a trois versions d’elle qui y sont répétées. Parfois, il n’y a que sa chevelure, et parfois c’est son visage en entier qui est dessiné. À d’autres moments tout est dessiné, comme si c’était cette sorte d’idée de ce que les autres personnes voient d’elle, la version complète : un être humain, en quelque sorte. Et puis il y a sa propre idée d’elle-même qui ne cesse de changer avec le temps. Parfois elle se voit, parfois elle est perdue et ne sait plus vraiment pourquoi elle existe ni ce qu’elle fait, et elle disparaît presque. On passe par toutes ces phases. C’est vrai pour le texte aussi — je pense… comme tu le disais, par l’intermédiaire des bulles mais aussi en traçant des cases et en plaçant du texte en dessous, j’arrive à comprendre comment utiliser tout cela afin de représenter différents monologues intérieurs en les différenciant du dialogue mais aussi de séquences qui ne seraient pas chronologiques, tu vois ? Comme repenser à quelque chose. Ou essayer de trouver d’autres manières de — de représenter différents personnages, par exemple. Le texte pour un personnage étant toujours d’un côté, et celui d’un autre de l’autre. Bref, des manières de représenter ces idées sans avoir à montrer plus. Parce que j’ai l’impression que souvent, il n’est pas besoin de montrer plus, les gens comprennent de quoi il retourne (rire). Par exemple, il y a deux personnages qui parlent, et tu as deux colonnes ou quelque chose du genre — tu n’as pas besoin de montrer ces deux personnages à chaque fois. Il te suffit de leur faire comprendre que voilà, telle personne est de ce côté, et telle autre ici, et c’est bon. Donc oui, essayer d’enlever le maximum de choses et laisser le lecteur reconstituer ce qui se passe, à l’aide des indices que tu lui laisses.

Xavier Guilbert : Quelle est ta méthode pour arriver à ça ? Pars-tu d’une idée d’histoire que tu élaborerais avant d’essayer d’en enlever des choses, ou est-ce plutôt une approche qui consisterait à travailler avec aussi peu que possible ?

Aidan Koch : C’est quelque chose qui s’est vraiment développé très naturellement — parce je ne sais pas bien planifier mes histoires. Le plus que je vais avoir, peut-être, ce sont des notes de dialogues. Ou bien quelque chose du genre : voilà ce qui se passe dans la première moitié, et voilà ce qui se passe dans la seconde. Ce qui fait qu’une bonne partie se décide en cours de route — si je dois dessiner quelqu’un, peut-être que je n’ai pas besoin de le dessiner à nouveau. Genre, oh, elle est là. Si tu mets une ligne de texte et que tu la répètes, cela établit un contexte. Donc c’est surtout une affaire de se mettre au travail et de trouver quand c’est suffisant ou quand il y en a trop. Mais généralement, il n’y en a jamais trop (rire).

Xavier Guilbert : Ton récit le plus long à ce jour est The Whale, même si Impressions fait 72 pages, donc on en est proche. Est-ce que cela représente pour toi une sorte de limite maximale de ce que tu peux faire ? Sachant que ce n’est pas une critique — tu t’attaches à ces petits moments fragiles. Jusqu’où peut-on expérimenter à partir de ce genre de sujet ? Aimerais-tu pouvoir faire des choses plus longues, ou es-tu satisfaite de faire des récits courts ?

Aidan Koch : Je pense que — en fait, j’ai des idées pour plusieurs histoires, et j’y pens souvent. Mais en effet, je ne crois pas qu’un récit long m’intéresse. Je pense que le type de tonalité ou d’action qui m’attirent peut toujours s’exprimer de manière succincte. Même pour ce qui est de — je ne sais pas si les gens le remarquent, mais je ne donne jamais de nom à mes personnages. Et je ne veux certainement pas — je ne veux pas faire d’histoire qui serait si longue qu’il me faudrait commencer à préciser ce genre de chose. Je ne veux rien faire qui soit trop extraordinaire, je préfère conserver tout cela — que cela te laisse avec une ambiance. Mais pour mon récit Heavenly Seas, j’ai envie de quelque chose de plus long. Je ne sais pas ce que cela fera au final, mais cela fait un peu partie de l’histoire. C’est un récit conséquent que je veux faire…

Xavier Guilbert : Mais même quand tu travailles sur des récits plus longs, ils sont découpés en chapitres. Il y a visiblement une forme de zone de confort pour toi — il y a quatre chapitres dans The Blonde Woman, donc autour de dix à douze pages…

Aidan Koch : Je crois que c’est cet autre aspect étrange — presque un jeu, on pourrait dire. Comme je n’ai pas de plan global et que je ne fais ni esquisses ni découpage ni quoi que ce soit, je me fixe généralement un nombre de pages et ça m’aide. Parce que je me retrouve dans la situation où je sais ce que je veux qu’il se passe, et cela m’évite de m’égarer ou de me lasser ou de perdre confiance. « Ceci doit se passer, voici dix pages, débrouille-toi pour y arriver dans cet espace. » Et c’est un peu comme ça que j’aborde tout.

Xavier Guilbert : J’ai l’impression que cela apporte une cohésion à chaque chapitre. En particulier lorsqu’il s’agit des choses fragiles sur lesquelles tu choisis de travailler, il est difficile de trop tirer dessus sans que cela casse. Et l’ensemble finit par s’effondrer. Avoir des chapitres te permet de construire des choses que tu peux ensuite relier entre elles.

Aidan Koch : Oui, et je pense que cela laisse aussi de la place pour — une forme d’adaptation. En cela que je déplace des chapitres entiers quand je travaille, simplement parce que je me relis encore et encore, et à chaque fois que je fais une nouvelle page, j’essaie de voir comment elle s’inscrit dans le flot de l’ensemble. Cela m’amène donc à déplacer des passages importants de l’histoire, simplement à cause de la manière dont se déroulent les scènes. Parfois je veux quelque chose qui perturbe la chronologie, et qui finira alors par créer une connexion avec tel autre élément à la fin… oui, je crois qu’en travaillant par séquences, c’est plus facile de garder l’ensemble plus stable dans ma tête. Et j’aime l’idée d’avoir des scènes. Je pense que cela aide d’avoir comme une respiration entre elles, et cela permet de se dire : bon, voilà où nous en sommes. Ou bon, maintenant, nous sommes avec quelqu’un d’autre, ou nous allons ailleurs… Je pense que c’est un très bon outil séquentiel qui permet de ralentir la narration et de marquer une articulation.

Xavier Guilbert : Il y a aussi l’utilisation de la couleur — nous avons un peu évoqué la composition, mais je trouve intéressant de voir combien ton travail de la couleur est distinct de ton travail sur le trait. Je parlais de ton utilisation très personnelle de la grammaire de la bande dessinée, mais c’est un autre exemple de la manière dont tu utilises certains éléments d’une manière inhabituelle : la couleur et le trait, et la manière dont ils interagissent et jouent ensemble… C’est à la fois très innovant et va à l’encontre de certaines règles, mais cela fonctionne quand même sur la page.

Aidan Koch : Oui, je pense que c’est quelque chose que j’ai commencé à comprendre avec The Blonde Woman — je crois qu’en effet, c’était même mon premier récit long en couleur. Avec l’idée de construire différents niveaux de langage. Il y a bien sûr le langage écrit, mais tout au long du récit il y a des symboles qui reviennent, ces petits dessins étranges. Pour moi, c’est comme s’ils étaient — s’ils te retenaient, du genre : « tiens, voilà celui-là à nouveau ». Je pense que la répétition est utile quand les images changent autant. C’est la même chose pour la couleur — comprendre comment utiliser la couleur comme un symbole. Dans The Blonde Woman, c’est évident qu’il s’agit de sa chevelure et donc — une fois que tu as établi qu’elle a les cheveux blonds, et qu’il y a une séquence qui y fait référence, dès qu’il y a du jaune cela te fait penser à elle, ou cela la représente. C’est une méthode très facile pour ne pas avoir à la dessiner à chaque fois, mais de simplement faire comprendre au lecteur qu’elle est là, et on le sait parce que j’ai griffonné du jaune.
Et puis il y a l’utilisation de ces éléments comme symboles — comme par exemple dans Impressions, avec le point bleu… c’est intéressant, parce que les gens pensaient que cela représentait des choses très différentes. Dans mon esprit, ce point bleu est un peu son point focal, parce que quand tu poses tu es simplement assise là et tu regardes un point dans le vide. Pour moi, le point bleu était ce point, mais d’autres personnes l’ont vu comme étant son œil à elle, son iris.

Xavier Guilbert : En ce qui me concerne, je le voyais plutôt comme le regard du peintre, parce qu’on le voit ensuite se déplacer. Comme si le peintre avait arrêté de dessiner mais continuait d’observer… il y a beaucoup d’interprétations possibles.

Aidan Koch : Oui, c’est très bien parce que je n’ai aucun problème à ce que cela représente des choses différentes, et je pense que c’est la répétition qui fait que cela fonctionne. Tout est calme ; elle est immobile, il fait ceci ou cela, et le point donne l’impression du calme, parce qu’il ne bouge pas. Et puis quand elle lève les yeux, alors il bouge. En partant de là, c’est — ce qu’il symbolise peut changer ou varier, mais cela reste un outil qui exprime cette sensation temporelle.

Xavier Guilbert : Tu travailles vraiment dans un contexte de moyens très limités. T’arrive-t-‘il de penser que tu es allée trop loin dans l’épure, au point que cela devienne trop difficile à comprendre ?

Aidan Koch : C’est difficile à dire, parce que je ne pas beaucoup de retour. Je pense que ça m’arrive un peu, parce que j’oublie parfois que personne ne sait ce que je sais quand je dessine, ou la manière dont j’agence mes histoires. Ce que fait que je suis certaine qu’il y a des moments où c’est trop peu, mais personne ne me l’a encore dit (rire).

Xavier Guilbert : Tu parlais du point bleu — as-tu été surprise par les interprétations que font les gens de ton travail ? J’ai la conviction que le livre que l’auteur produit et celui que le lecteur découvre sont deux livres qui peuvent avoir bien peu en commun. En tant que lecteur, tu te retrouves à apporter dans le livre pour le comprendre autant que tu en retires. Le processus de lecture est un processus actif. Avec quelque chose de très épuré, il y a le risque que les gens en repartent avec des choses très différentes de ce qu’était ton intention au départ.

Aidan Koch : C’est quelque chose qui me stimule. Comme j’étais ravie lorsqu’on m’a dit que le point était son œil. Je pense que c’est parce que — comme tous ceux qui ont suivi des cours de littérature, je me suis retrouvée à écrire des analyses de tel ou tel détail d’un livre de Dostoïevsky, du genre : « cela signifie ceci, et voilà pourquoi », mais dans ma tête je me disais toujours : « non, je suis sûre que ce n’était pas ça qu’il voulait dire… c’est tiré par les cheveux… »Mais ce qui est important, c’est que — tu cherches à comprendre comment cela s’inscrit dans l’histoire ou la thématique dans son ensemble, et comment cela se retrouve exprimé dans le livre, tu vois ? Je pense que c’est simplement un aspect normal de la fonction narrative, et comment elle devrait être abordée ou questionnée. Comme c’est quelque chose que nous avons fait avec la littérature depuis la nuit des temps, cela devient évident, comme pour La lettre écarlate par exemple, mais à d’autres moments, on a plus l’impression d’inventer de toutes pièces. Mais il y a toujours du bon et du mauvais —

Xavier Guilbert : Il y a deux camps qui s’opposent, ceux qui disent qu’en fait, la vérité se trouve dans l’intention originelle de l’auteur, et ceux qui pensent que ce qui est important, c’est ce que l’on tire d’un livre.

Aidan Koch : Oui. Parce qu’en réalité, c’est que — tu sais, tu écris pour toi-même, mais tu écrit aussi pour un public. Et c’est plus intéressant de voir ce qu’ils peuvent en tirer, et comment ils le rattachent à leur propre expérience et leur propre vision. C’est l’une des raisons qui fait que je trouve que dans beaucoup de bandes dessinées, c’est comme s’il y avait trop d’information. Ce qui fait que ton point de vue devient étroit, et c’est moins — il devient plus difficile d’engager un dialogue et de se sentir transformée, parfois ? Alors qu’en le laissant ouvert, j’ai beaucoup de lecteurs qui ont ressenti de véritables émotions, parce que — en dépit de l’absence de noms, on y trouve plus de représentations d’idées et d’émotions et d’ambiances. Je pense que c’est plus facile pour les gens de s’y impliquer. Pour moi, c’est ce qui est vraiment stimulant.

Xavier Guilbert : Tu as fait une école d’art — comment est-ce que la bande dessinée y était perçue ? Etait-ce un domaine qui était acceptable ou dénigré ?

Aidan Koch : J’ai fait de l’illustration là-bas, et quasiment tout le monde en illustration faisait aussi de la bande dessinée. Ils ont même lancé un club, un collectif. De ce point de vue, c’était tout naturel que tout le monde dans ce cours fasse aussi de la bande dessinée. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai commencé à en faire, parce que j’étais entourée de gens qui en faisaient. Je me suis dit : « bon, je vais simplement prendre mes dessins, je vais rajouter du texte et en faire un livre — pas de problème, je peux le faire. » Mais je ne peux pas dire ce qu’il en était au global… Simplement parce que je pense que l’illustration fait partie de ces départements qui sont vraiment à part de tout le reste, que ce soit le design ou les disciplines commerciales. En fait, les cours d’imprimerie étaient quasiment les seuls où l’on croisait d’autres étudiants. Oh, j’ai fait aussi de l’animation, mais à nouveau, ce sont un peu le même genre d’étudiants. Mais mon école est plutôt ouverte, il y avait beaucoup de gens qui essayaient des choses très différentes. Je n’ai jamais eu l’impression qu’il ait eu de véritables contraintes. Ce qui est super (rire).

Xavier Guilbert : Quels sont les auteurs de bande dessinée dont tu te sens proche ? S’il y en a…

Aidan Koch : C’est amusant, parce que j’ai un groupe très établi, je crois, d’amis en bande dessinée, que je connais depuis que j’ai commencé à en faire, et qui sont vraiment impliqués dans un travail alternatif et expérimental. Ce qui est stimulant, c’est que leur travail à tous est très différent. Ce serait difficile de dire de nous que — je ne sais pas trop, ce n’est pas comme si nous avions notre genre à nous, parce que chacun de nous est très différent, mais dans le fait que ce sont des approches qui sont surtout très différentes de tout le reste. Pour moi — chacun finira par avoir une influence qui lui est propre, et il y aura des gens qui seront plus proches de l’un ou de l’autre. Il y a une vrai diversité. Mes premiers amis dans le domaine de la bande dessinée étaient Austin English, Blaise Larmee, Jason Overby… Des gens comme Ward Zwart — qui d’autre encore, avec qui j’échange beaucoup ? Jaako Pallasvuo, qui a récemment recommencé à faire de la bande dessinée… je ne sais pas trop, il y a beaucoup de gens avec qui j’échangeais quand j’ai commencé avec qui je continue d’interagir et qui font des choses intéressantes.

Xavier Guilbert : Tu connais le travail de Warren Craghead ?

Aidan Koch : Oui.

Xavier Guilbert : Ainsi qu’Oliver East, tous ces gens qui travaillent autour de l’idée de poésie et bande dessinée. En lisant ton travail, c’est le genre de référence qui m’est venue à l’esprit ; et également la manière dont Warren Craghead a évolué en s’éloignant progressivement d’une narration plus traditionnelle.

Aidan Koch : C’est aussi intéressant — et oui, j’imagine qu’il appartient aussi à ce sous-sous-groupe d’idées très alternatives. Mais c’est amusant de faire partie de ce groupe et de se rendre compte combien notre travail et nos histoires sont radicalement différents. Mais partagent le même état d’esprit, j’imagine — de repousser les frontières traditionnelles.

Xavier Guilbert : En parlant de frontières traditionnelles, j’ai été très surpris de constater combien de ton travail est disponible en ligne. J’ai l’impression que tu as essayé différents canaux — sans vouloir te limiter à une quelconque définition…

Aidan Koch : Oui, c’est un peu mon point fort (rire).

Xavier Guilbert : Est-ce que le papier reste quelque chose de spécial pour toi ? La forme « livre » représente-t-elle encore quelque chose ?

Aidan Koch : Oh oui, ça reste l’idéal, la plupart du temps. En fait, pour tout ce qui est de mon travail en bande dessinée, j’aimerais une version imprimée. Mais je n’en ai pas toujours la possibilité. Mais sinon, oui, je suis en train d’essayer de sortir un nouveau livre qui fait 48 pages — c’était un projet sur lequel je travaillais comme ça, et puis il y a un salon qui arrive et je me retrouve à penser : « il faut que je l’aie pour ça ! » Je vais donc l’imprimer par moi-même, parce que — comme il me le faut, je ne peux pas attendre après un éditeur, je n’ai pas vraiment envie d’ennuyer qui que ce soit avec ça, j’imagine, mais il me faut absolument ce livre (rire).

Xavier Guilbert : À nouveau, tu vas à l’encontre de l’approche établie : ne pas chercher d’éditeur, et faire les choses…

Aidan Koch :… oui, et aussi vite que possible. J’aime garder le contrôle de mes projets. C’est vrai, j’ai une idée très précise de l’esthétique de mes livres, ce qui renvoie probablement à — dans l’approche des beaux-arts, une large part dépend du contrôle de la qualité tangible des choses. C’est agréable — je veux dire, j’aime produire des choses moi-même, et j’ai l’impression d’avoir bâti un public suffisant pour — en fait, cela aide d’avoir quelqu’un qui s’occupe de la distribution, mais ce n’est pas essentiel. Je sais maintenant à quel rythme j’arrive à vendre mes livres par moi-même, et je participe à suffisamment de salons pour que — je finirai par récupérer ma mise, plutôt tôt que tard, sans doute (rire).

Xavier Guilbert : Quand tu fais des expositions, tu amènes aussi tes livres ? Ou est-ce que c’est plus difficile, parce que les endroits où cela se passe n’ont pas forcément l’habitude de ce genre de chose ?

Aidan Koch : Cela n’a jamais vraiment été le cas jusqu’ici… Je pense que c’est simplement parce que les galeries ne sont pas organisées pour vendre quoi que ce soit. Ils sont juste là avec leurs ordinateurs portables, et c’est tout.

Xavier Guilbert : C’est sûr, c’est bien de choisir d’éviter les définitions et de refuser d’être limitée à une case, mais parfois le monde qui nous entoure n’est pas d’accord et exige des définitions.

Aidan Koch : En fait, j’ai fait cette exposition il y a quelques mois où l’une des œuvres que j’avais préparées était un ‘zine, et je l’ai mis dans une jolie petite étagère. J’en ai donné des exemplaires, et j’en ai vendus quelques-uns, mais — c’était chouette. Oui, c’était à la fois l’œuvre que j’avais faite pour l’expo, mais c’était aussi un ‘zine qui coûtait $20. Ce qui est abordable, dans un environnement qui généralement ne l’est pas.

Xavier Guilbert : Que penses-tu de PFC ?

Aidan Koch : C’était chouette (rire). Très intéressant. En fait, j’ai l’impression que tout le monde est passé par beaucoup de changements d’humeur et de créativité. Mais pour moi, c’était particulièrement agréable, en cela que — je dessine toujours avec un objectif, ou pour quelque chose de très spécifique, alors qu’ici on dessine pour le plaisir. C’est agréable. Et puis également par rapport à la pression — la pression d’être celui qui vient abîmer le travail d’un autre, ou à l’inverse qu’ils puissent ajouter quelque chose de bizarre à ton travail. C’est bien qu’il n’y ait aucune pression.

Xavier Guilbert : Savais-tu à quoi t’attendre quand tu es arrivée ?

Aidan Koch : Non… mais je pense que c’est un peu ce que j’imaginais. C’est simplement une semaine de… collaboration. J’avais un peu entendu parlé de l’association ChiFouMi. Quand j’étais à Angoulême, Matt Madden (qui est très impliqué dans l’OuBaPo) en parlait beaucoup. Et en particulier de cette… résidence.

Xavier Guilbert : Je crois que c’est parce qu’Etienne Lecroart, qui est l’un des membres fondateurs de l’OuBaPo, avait choisi la contrainte utilisée pour la toute première édition de PFC. Il n’avait pas participé à la résidence, mais il avait été à l’origine. Je crois qu’il a fait récemment un « OuBaPo show » avec Matt… et oui, j’imagine que Matt puisse être très au courant de tout ça. Avais-tu eu l’occasion de travailler sur ce genre de collaboration quand tu étais à Angoulême, ou est-ce la première fois ?

Aidan Koch : Pour moi — oui, c’était la première fois que j’en avais entendu parler. En fait, je crois que je connaissais la version littéraire. Mais je ne savais pas qu’il en existait une version pour la bande dessinée et qu’il y avait — en fait, j’ai l’impression qu’il y a un groupe assez important qui s’implique là-dedans.

Xavier Guilbert : Il y a un groupe, et puis il y a PFC qui est plus expérimental. Et très ouvert aux propositions…

Aidan Koch : Oui. Parce que j’ai l’impression que l’OuBaPo était très — avait des contraintes très strictes. Comme des séries de…

Xavier Guilbert : Il y avait une dimension théorique importante dans la version littéraire, et je pense qu’au début l’OuBaPo a essayé de l’adapter. Ils ont sorti un livre récemment, l’OuPus numéro 6, qui est tout simplement un inventaire de tout l’existant, réparti en catégories. Il y a une véritable approche de cartographie, mais quand on cherche à expérimenter…

Aidan Koch : Cela fait disparaître l’expérimentation. Oui, c’est vrai, quand Matt en parlait je me souviens avoir pensé ça. Que oui, c’est intéressant parce que cela te sort de ce que tu fais d’habitude, mais au final tu te retrouves toujours prisonnier de contraintes. Alors qu’ici, c’est plus drôle, parce que tout le monde est là à faire : « oooh, et si on faisait ça ? Et puis ça ? » et cela reste toujours très ouvert.

Xavier Guilbert : T’attendais-tu à travailler autant ?

Aidan Koch : Oui… vraiment, oui. Je sais pas ce que l’on pourrait faire d’autre, parce qu’on travaille tout le temps. Mais c’est bien. Enfin, c’est que je pense que tout le monde fait de toute façon. Donc…

Xavier Guilbert : Travailles-tu généralement en studio avec d’autres dessinateurs, ou es-tu seule ?

Aidan Koch : Je suis généralement seule. En fait, j’ai un studio qui est chez moi, dans mon sous-sol, et mes colocataires ont aussi des studios en bas, mais nous n’avons pas d’espace commun pour travailler. Ce qui fait qu’ici, c’est drôle, cela me rappelle quand j’étais en école.

Xavier Guilbert : Avec la grande table où n’importe qui peut se balader autour et jeter un œil au-dessus de l’épaule de tout le monde…

Aidan Koch : Oui, c’est très sympa, comme ça (rire).

Xavier Guilbert : Est-ce qu’il t’a fallu beaucoup t’adapter ?

Aidan Koch : En fait, le premier jour j’ai vraiment détesté chacun des dessins que j’ai faits. Donc — j’essaie de m’adapter, d’être plus satisfaite de mon propre travail (rire). D’autant plus que je ne dessine pas souvent d’imagination. Et puis d’habitude, je ne fais pas — je ne sais pas, par exemple travailler avec les cases prédéfinies, c’est difficile. Donc il me faut plus réfléchir — réfléchir à comment utiliser ça du point de vue de la composition, tout en essayer de faire des dessins qui me plaisent. Mais… enfin, c’est intéressant, parce qu’une bonne partie de tout cela, je l’ai en quelque sorte emprunté à ce que font les autres. En fait, ce que je fais, je prends leur personnage et je le dessine d’une manière proche de la leur, mais je le transforme un peu. Voilà, comme si j’adaptais le travail de tous les autres. Parce que — en fait, comme je travaille beaucoup à partir de références, là c’est un peu comme si j’utilisais leur travail comme référence.

Xavier Guilbert : Et pour ce qui est de la résidence ? Cela correspond-il à comment June te l’avait présenté ?

Aidan Koch : Je pense que — oui, c’est proche de ce que j’avais imaginé. Même si bon, il reste encore une journée entière (rire). Je ne sais pas trop, je suis simplement curieuse parce qu’il y a tant — nous avons produit tellement de travailler et… est-ce qu’on en fait quelque chose ? Ou pas ? Et où cela va-t-il aller ? Ou encore — je ne sais toujours pas.

Xavier Guilbert : Sinon, tu as un nouveau livre qui va sortir bientôt ?

Aidan Koch : Oui, pour la New York Art Book Fair.

Xavier Guilbert : Et après cela, quels sont très projets ? J’ai l’impression que la manière dont tu travailles est, sinon impulsive, du moins du genre : tu as une idée, tu la réalises, et tu passes à la suivante. Tu te reconnais dans cette description ?

Aidan Koch : Oui, absolument (rire). C’est du genre « ce que je peux faire avec le temps que j’ai ». Donc — je veux dire, j’ai ce livre bientôt, et puis la semaine d’après il y a une exposition dans une galerie — deux, même. Donc : ce livre est fait, maintenant il me faut travailler sur ces expos, et puis ensuite je suis sûre que quelque chose va me tomber dessus. Je gère les priorités dans l’ordre où elles viennent.

Xavier Guilbert : Cela se compte en semaines, mais rien de plus long terme ?

Aidan Koch : Oui (rire). J’ai l’impression que, surtout depuis que j’ai déménagé à New York, je ne sais jamais vraiment d’où viendra ma prochaine paye, ou même où je vais aller. Je prends les choses comme elles viennent. Ah oui, je crois que je vais aller — je vais faire un festival et une expo en Belgique en novembre. Ce qui fait que je connais mon emploi du temps jusque là..

Xavier Guilbert : Une éternité…

Aidan Koch : Oui. C’est ça mon programme pour le moment, ce qui fait que je suis bien occupée. Ensuite, on verra. Je crois qu’il y a quelque chose qui va sortir — ah non, The Blonde Woman va être réédité, ça sortira peut-être pour le Comic Arts Brooklyn. Ensuite, Koyama Press prépare un recueil de récits plus anciens [After Nothing Come], et je crois que c’est prévu pour le printemps 206…

Xavier Guilbert : Qu’est-ce qui t’a fait te tourner vers Koyama Press  ?

Aidan Koch : C’est simple, elle [Anne Koyama] est extraordinaire. Je suis en contact avec elle depuis — depuis The Blonde Woman, elle a failli le publier. Mais j’ai reçu la bourse Xeric pour le faire, et donc — cela fait longtemps que nous sommes en contact, et j’avais depuis longtemps le projet de ce recueil avec Bill Kartalopoulos, il devait le publier chez Rebus, mais je pense que les choses sont un peu ralenties de ce côté-là. Koyama Press avait une place dans son planning d’édition, et nous a mis dessus, Bill et moi. Donc — je pense que ça va être chouette. Je n’aime pas vraiment revenir sur mes travaux, mais je conçois l’intérêt de le sortir. Ce serait une manière de compléter la chronologie de mon travail depuis… un certain temps. Tout ça, c’est agréable, je trouve. Ces histoires qui vont être à nouveau disponibles. Parce que The Whale n’est plus disponible, The Blonde Woman aussi… comme la plupart de mes ‘zines. En fait, il y a beaucoup de choses dont je n’ai même pas d’exemplaire (rire). Donc…

Xavier Guilbert : Qu’est-ce que ça te fait de revenir sur tout ça ?

Aidan Koch : Hmm… j’essaie de ne pas penser à — j’essaie de le considérer en étant objective. Mais je suis un peu : « oh, les gens ont apprécié ce boulot — okay, laissons-le ». Je n’ai pas vraiment besoin de me pencher à nouveau dessus. Mais cela montre combien les choses ont évolué, et c’est plutôt chouette. Lorsque j’en discutais avec Bill, j’expliquais que — chaque histoire que j’ai faite a été assez différente des autres, au moins visuellement, et ça donne une sorte de panorama de la manière dont ça a évolué.

Xavier Guilbert : Tout ce que tu as fait jusqu’ici était soit en tant qu’ouvrage indépendant, soit dans une anthologie au milieu du travail d’autres personnes. Qu’est-ce que ça te fait de tout avoir réuni en un seul ouvrage ? Comment as-tu organisé le contenu ?

Aidan Koch : C’est chronologique, en fait. Mais j’ai volontairement mis le veto sur un certain nombre d’histoires que je ne peux tout simplement pas… Je ne veux jamais les revoir, il y a une raison pour laquelle ce n’est plus disponible ou pour laquelle je ne l’ai pas réédité. Donc oui, il y a une sélection des travaux qui me plaisent le plus, et qui je pense sont les plus représentatifs de la direction dans laquelle je souhaite continuer de travailler, ou comme participant de ça, la lignée que j’utilise, en quelque sorte. Les choses qui m’ont appris et que j’ai appréciées.

Xavier Guilbert : Donc pas vraiment une chronologie officielle, mais plutôt quelque chose qui correspond à la manière dont ton projet a fini par se concrétiser au fil du temps.

Aidan Koch : Oui…

Xavier Guilbert : Est-ce que tu y retrouves aussi cette dynamique que nous avons évoquée ensemble, sur la création d’un réseau entre les choses ?

Aidan Koch : Quand j’y réfléchis — je n’y pense pas toujours, mais quand je regarde l’ensemble, il y a des thèmes, des ambiances et des personnages bien précis. Je pense que c’est bien d’en être consciente. Même si c’est simplement pour dire : « ah oui, c’est le genre d’histoire que j’aime ». Une prise de conscience personnelle — tu sais, de mon identité en tant qu’artiste narratif. Je pense qu’il est important de simplement s’en rendre compte. Même si ce n’est que pour éviter de me répéter…

[Entretien réalisé le 6 août 2015 à Minneapolis, durant PFC#5]

Entretien par en septembre 2016

Aidan Koch

par

With one foot in comics and the other in contemporary art, Aidan Koch is definitely a polymorphic artist who draws, sculpts, works on fabric, publishes littles books and makes installations. In every one of her projects, she works with fragile things, connects fragments, suggests impressions -- building with every stroke a narrative that is both elegant and cristalline.

Xavier Guilbert : It’s alway difficult to think of the right question to kick off an interview. Do you consider yourself as a comic book author, or would you say more that you are an artist who sometimes does comics ?

Aidan Koch : I usually say — when I have to like, write bios or something, I usually say I’m a comic artist. It’s usually like « I do installations and sculptures and comics. » (laugh) But then, I’m like just an artist who does those things. So not really specifying any one in particular.

Xavier Guilbert : Your work is difficult to put in boxes. Even when you do installations, comics are involved — and if not comics… does a comics page printed on a t-shirt stops being comics ? It becomes different, but if it’s part of an installation, in relation with other drawings and other objects…

Aidan Koch : Yeah… I try to avoid getting into definitions. Which I think is hard, because that’s — I mean, people are automatically confused by my work, or like confused by figuring out where comics fit in these other areas. So I think rather than using language to do it, it’s easier to just do it.

Xavier Guilbert : What would you say is your culture in terms of comics ? Did you use to read, are you a big reader ? Or is that something that you came into later on ?

Aidan Koch : Yeah, I mean, technically, I read — you know, like funnies as a kid. And I read a lot of manga when I was younger. But then I didn’t read anything for years. Basically I didn’t start reading until I started making them, which was like seven or eight years ago. And then I feel like I kind of went to this phase of « oh, I should educate myself on this ». (laugh) Because I’m making them, and now I’m like suddenly part of this community. So I definitely read a lot for a couple of years, but now it’s like — I don’t know, I haven’t been reading anything very much.

Xavier Guilbert : When you were reading, weren’t you afraid to contaminate what you were doing ?

Aidan Koch : No, because I just knew — I mean, it’s just different. Yeah. I was just curious about what was out there. I mean, I think I did learn things from it, which are useful. But… I don’t think it ever really changed what I was doing. And because I found people right away who were also experimental, so it was more like keeping up that conversation with them, whose work was very different from — like, main alternative stuff. Yeah, I think that’s more…

Xavier Guilbert : « Main alternative stuff »…

Aidan Koch : Yeah, I know… (laugh)

Xavier Guilbert : Your work does present an unusual use of the traditional comic book grammar. There’s a couple speech balloons, a couple of panels, but they’re used in a very loose sense. The text is sometimes under the drawings, like you’d put the title for an illustration…

Aidan Koch : I mean, that was — I realized that I was reading more. Like : « Oh, this might be fun to use. » But yeah, changing the way that I — I mean, I didn’t do word bubbles for a long time. But then I — I think they’re fun (laugh). So now I feel like it’s — I don’t know. I’ve like almost just appropriated it, rather than using it the way a comic creator would. I don’t know.

Xavier Guilbert : I looked into what you’ve put out, and there are some more traditional elements. For instance, the word balloons are present in The Blonde Woman, and then they disappear for a while. They eventually reappear in Impressions, in the piece you did for The Paris Review. There’s a lot of things that you did, either in the short works you did in relation to Art — the reinterpretations of the Degas’ painting you did for kus, or the Elements of Painting, which I find really interesting, since you’re looking at paintings and isolating elements and recomposing with them a narrative.

Aidan Koch : Exactly. I mean, that idea was just a way for me to exercise and play, I guess. And just like, I mean, to show people that you can start with anything. Because I’ve ended up using that in these workshops, a little bit, because I feel like when I talk to artists who don’t do comics but are curious about it, they’re like : « I don’t know where to start », or like : « I don’t know, I don’t have a story, I don’t know what I’m doing… ». And they are too scared. And so I feel like that project was like : « oh, you can literally do anything with any information. » If you have an image, you can just pull things out of it, and suddenly you’re created a new story. And I thought it was fun, to play with the idea of that strip. I think, like getting — I don’t know, the comics language that is built in into history is pretty cool and it’s fun to go back and look at that and go : « oh, I could do something with that. » Kind of continuing this communication between both sides.

Xavier Guilbert : Seeing comics in art, and bringing comics to art.

Aidan Koch : Yeah, kind of going back and forth, and learning from it as I go.

Xavier Guilbert : Indeed, and it’s not a surprise seeing you participating in something like PFC. There’s a lot of constraints in your work, and I don’t know if it was part of a workshop or something. I’m thinking of In which…, which reminded me of some Japanese haikus, with the limited space of the strip, and the text starting with « In which ». There’s a lot of incertainty and room for interpretation there.

Aidan Koch : Yeah. Those were just things that I make up to — I mean, to get myself to work, and to see what are the ways I can play with it. Because it is fun. And it’s the same with the Configurations strips, because those are all the same — I just drew a bunch of those boxes and then rearranged them.

Xavier Guilbert : You did what, 19 strips out of 8 or 9 different boxes ? I felt the whole thing was about giving titles, because the associations were fairly abstract. I get the impression that the idea of juxtaposing things, and trying to see what kind of meaning comes from them is something that is very present in your work, be it your comics or in your installations.

Aidan Koch : Because a lot of it is seeing — seeing how people interpret different information, depending on how much you give or don’t give, I guess. So kind of testing the limits of the audience, in a way. You could do a whole installation that’s just drawings, and you could present it as an installation of drawings, or you say : it’s a narrative. And people go in with a completely different view of it. I mean, with paintings too, I feel like — there’s so many of like, a lot of painters that did series or they did the same painting multiple times, and you can look at it like single images, but it’s also, you know, it’s representative of this larger story of their process, of the actual shifting of various images and colors. You know, it’s all perspective-based. So the minute you tell someone to look at it narratively, they like — do.

Xavier Guilbert : I’ve got the impression that the Art world frowned upon that for a long time. They didn’t see the point in showing those sequences. Monet did a lot of the Rouen cathedral, or just a heap of hay throughout the day — but those are often shown as studies, and not presented as a fully accomplished work of art. Accepting that there might be something like a narrative in those series, that wasn’t something that the Art world was ready to accept. Whereas it was completely normal in comics.
From what I’ve seen of your exhibitions, I have the impression you’re building a network, a very personal network, sharing something that is intimate and inviting people to enter it. I’ve written down the notion of « a woman entering a maze », which really reasonated in an interesting way with what you’re doing.

Aidan Koch : With that exhibit in there, it was funny, I kind of — I mean, it was semi-random, the things that I brought, but then, after I was looking at it, I ended up writing a text to go with. I wrote it on the wall. And so that suddenly gives that complete context to all pieces that are in it. To me, that’s exciting, and to mix it — usually, like referencing a character or like… I do these text flags, that are just a piece of text on silk. And again, that’s like — it’s literary, but it’s art, but it’s whatever. Just taking apart every construct and seeing how it can build the idea of a story.

Xavier Guilbert : Getting back to your printed work — your use of text, and the way you leave a lot of the drawings unfinished, gives me the impression of some kind of an internal monologue, akin to the way memory functions. We don’t remember scenes in their entirety, or if we do, it’s always in a fragmentary or in a non-sequential manner. Your mind keeps jumping from association to association. And that’s something that I find in your work — like in the Blonde Woman, the way she’s combing her hair, suddenly everything disappears except for her hand on her hair. Or there’s a character who’s only shown through her gown. There are also empty pages with only text… there’s really this kind of subjective narration.

Aidan Koch : Yeah, it definitely plays with, like — I guess perspective, and kind of various levels of consciousness. Like you’re saying, it’s kind of like focusing. It jumps around between what characters are seeing, and then like kind of the overall… It comes out a lot in Impressions, just because it’s about her thinking about her identity, and so it has like three versions of her that are repeated. Sometimes it’s just her hair that’s painted in, sometimes it’s like a fully-rendered face. And other times it’s all completely painted, as though it’s kind of this idea of what other people are seeing, which is the fully-rendered version : it’s like a human being. And then her own idea of herself which is just changing all the time. So sometimes she sees herself, sometimes she’s confused and doesn’t really know why she exists and what she’s doing, and she kind of disappears. It just goes through that play. And with the text too — I think… I mean, like you were saying, through the word balloons, and also having boxes and also putting it under, I kind of learn to use that in a way where it is representing different internal monologue versus speech versus kind of something that is happening out of time in a way ? It can be like thinking back on something. And trying to figuring out different ways to — like different characters, even. Like one character’s text will only be on one side, and one will be on the other. Just ways to represent these ideas without showing more. Because I feel a lot of times you don’t need to show more, people figure it out (laugh). Like, okay, there are two characters talking, and you have two sets of columns or whatever — you don’t have show both of those people every time. You just have to let them know like : this person’s this side, this one’s that side, done. So yes, trying to leave most of it up to the reader to figure out what’s going on, but giving them hints the whole time.

Xavier Guilbert : How do you work on that ? Do you have an idea of a story, work on it and then try to erase stuff, or is it just the process of trying to work with as little as possible ?

Aidan Koch : It has really developped super naturally, so I think — because my stories, I don’t plan out very well ahead of time. The most I’ll have, maybe, is dialog written down. Or I’ll have like : this happens in the first half, this happens in the second half. So a lot of it is as I go, figuring out what — if I have drawn someone, maybe I don’t really have to draw him or her again. Like, oh, she’s there. If you show this one line and you just repeat that, it just gives you the context. So it’s kind of like going in and out of figuring out what is enough and what’s too much. But usually there’s never too much (laugh).

Xavier Guilbert : The longest thing you’ve put out so far is The Whale, though Impressions was 72 pages, so it’s close. Do you see that like this kind of maximum limit of what you are able to do ? And this is not criticism — the things you focus on are those little, fragile moments. And how much can you experiment around that ? Is that something you’re looking forward to doing, or are you happy to doing those little things ?

Aidan Koch : I think when I — I mean, I do have ideas for different stories, and I’m always thinking about them. But yeah, I don’t think I’m interested in a long plot. I feel like the type of tone or action that I’m intrigued by, all can happen pretty succinctly. I mean, even like — I don’t know if anyone ever notices, but I don’t give any of my characters names. And I definitely don’t — I don’t even want to do a story that’s so long that I have to start specifying those types of things. I don’t want to anything too epic, I want to just keep it really like — so that you’re just left with this mood. But the Heavenly Seas story, I am going to make longer. Which I don’t know how long it will be in the end, but that’s kind of part of this story. There’s like this overall story I’ve been wanting to do…

Xavier Guilbert : But even when you’re working on longer stories, they are broken down into chapters. There’s definitly some kind of a comfort zone about — the Blonde Woman has four chapters, so that’d make it around 10 to 12 pages…

Aidan Koch : I think that is kind of this other weird — like a game, in a way. Since I don’t have a big plan and I don’t do sketches or thumbnails or anything, I think I usually set a number of pages and that helps me. Because I’m like : okay, I know what I want to have happening, so I don’t just lose track or get tired of it or lose confidence. « This thing needs to happen, here are ten pages, just make it happen in that chunk of time. » And that’s kind of been how I’ve done all of it.

Xavier Guilbert : I feel it also makes each chapter stand on its own. Especially when you work with things that are as fragile as the things you choose to work with, if you try to extend them, at some point, they are going to snap. And the whole thing will fall apart. Having chapters let you build up things that you can then connect together.

Aidan Koch : Yeah, and I think it leaves it more open to — adaptability. In that I have moved whole chapters around when I’ve been working, just because I’m re-reading it over and over and over, and everytime I do a new page, I’m seeing how that connects to the overall flow of things. So I’ve definitely switched huge chunks of story just because of how the scenes are kind of playing out. Maybe I want something to jump in time, and that actually will then relate to that other thing at the end… yeah, I think that by doing it in chunks it is easier to mentally keep it stable. And I like the idea of scenes. I think it does help to have like a moment of breath in between, and then it allows you to be like : okay, now we’re here. Or now, we’re with someone else, or going somewhere else… I think it’s just a cool sequential tool to have to just like slow things down and start things up.

Xavier Guilbert : There’s also the use of color — we discussed a little about the composition, but it’s interesting to see that color is very separate from the line work. I’ve evoked your unusual use of the grammar of comics, but this is another example of you picking up elements and using them in new ways. Color and line work and the way they interact and play… The whole thing feels very fresh and very irrespectful of some rules, but it still works in the way you put it down on the page.

Aidan Koch : Yeah, I think it really started making sense with the Blonde Woman, where — I guess that yeah, that was my first long color piece, even. But the idea of building multiple levels of language. There’s obviously the written language to it, but throughout there are symbols that carry through, there’s like the funny little drawings that are symbols. I feel they are just kind of like — keeping you in it, like : « oh, there’s that guy again. » The repetition, I think, is useful when the imagery changes so much. But same with color — I mean, figuring out how to use color as a symbol. In the Blonde Woman it’s obvious it’s her hair, and so — it’s that thing that once you’ve established she has blond hair, and there’s a sequence with that, anytime you show yellow it makes you think about her, or it’s representative of her. It’s this really easy tool to keep from drawing her every time but just let people know : she’s here now, you can tell, because I scribbled yellow.
Yeah, and picking up on those things as symbols — I think that in Impressions too, there’s the blue dot… it’s interesting because people had different ideas about what that was specifically. In my brain, the blue dot with the like is her focal point, because when you’re modelling you just sit there and you stare at one spot. To me, the dot was the spot, but then other people thought it was her eye, her iris.

Xavier Guilbert : I wondered if it was the stare of the painter, because at some point it just moves on. As if the painter was maybe not drawing but pretending to be… there are a lot of possible interpretations there.

Aidan Koch : Yeah, it’s cool because I’m fine with it being different things, because I think the repetition does the trick. Things are still ; she’s sitting still, he’s like doing that or something, it gives the sense of stillness, because it doesn’t move. Or like when she looks up, then it moves. So having that, it’s — what it symbolizes can change and vary, but it works as a tool for this one sense of time.

Xavier Guilbert : You definitely work with very limited means. Do you sometimes feel that you’ve paired things down too much so that it ends up becoming difficult to understand ?

Aidan Koch : It’s hard, because I don’t hear that much back from people, maybe ? I guess I do a little bit, but I do sometimes forget that no one knows what I know when I’m drawing, and the way that I’m putting together stories. So I’m sure there’s times where it’s too little, but no one’s told me (laugh).

Xavier Guilbert : You’ve mentioned the thing with the blue dot — were you surprised by the interpretations that some people were making of your work ? Because I firmly believe that the book that the author puts out, and the book that the reader discovers are two books that can have very little in common. As a reader, you end up bringing as much into the book to understand it as you take from it. The reading process is definitely an active one. And the more you pair it down, there’s this risk that people might walk away with a lot of things that are not exactly the ones you intended in the first place.

Aidan Koch : I’m excited about that. Like I was excited when people said they thought it was like the eye. I think because — as anyone who’s gone through literature classes, you’ve written some paper on some small aspect of a Tostoïevsky book or something, where you’re like : « this meant this and this is why », but in your brain you’re always : « no, I’m sure he didn’t mean that… that’s pretty far-fetched… » But the whole point is that — you’re figuring out how that relates to the overall story or tone, how that supported information in the book that is more tangible, I guess ? And so I think it’s just a natural part of narrative function, and how it should be treated or talked about. Because we’ve been doing that with literature for ever, and sometimes it’s fairly obvious, like The Scarlet Letter or something, but other times you feel like you’re pulling it out of your ass. But there’s a right and a wrong, still —

Xavier Guilbert : There’s some kind of a tug of war between people who advocate that basically, the truth lies in what the author intended in the first place, whereas some people would argue that what is important is what you take from the book.

Aidan Koch : Yeah. Because the whole point is that it’s — you know, you’re making it for yourself, but you’re making it for an audience. And it’s more interesting what they can get out of it, and how they can relate it specifically to themselves with their own ideas. I mean, that’s one of the reasons why I feel like a lot of comics, it seems like they have too much information. And so, your point of view is narrowed by that, and it’s less — so it’s harder to engage with it, and really feel impacted by it sometimes ? Whereas leaving it open, I’ve had a lot of people who have had genuine emotional responses, because it’s — even by not having names or something, it’s more representations of ideas and feelings and tones. And I think that that is easier for people to engage with. And to me, that’s really exciting.

Xavier Guilbert : You graduated from art school — how were comics seen there ? Was it something that was acceptable or frown upon ?

Aidan Koch : I did illustration there, and every person in illustration basically did comics also. And they started a club or a collective. From that perspective, it was just natural that everyone in that program basically did comics too. Which is kind of why I started, because I was surrounded by people doing it. I was just like : « oh, I’ll just take my drawings and I’ll put text by them and I put them in a book — sure, I can do that. » But I don’t really know overall… Just because I think illustration is one of those departments that’s really kept separate from everything else, like illustration design or the commercial trades. I mean, other than printmaking classes, I didn’t have that many with other students. Oh, I did animation too, but again, that’s kind of similar students. But my school is pretty generous, there is a lot of people there who really pushed a lot of ideas. It never felt like there was any real constraints. Which is great (laugh).

Xavier Guilbert : Which comics creators would you feel close to ? Are they any ?

Aidan Koch : The funny thing is that I have a very specific group, I guess, of comic friends, whom I’ve known since I started, and who are doing really alternative experimental work. But I think what’s exciting is that all of their work is so different. It’d be hard to call us like — I don’t know, it’d be hard to specify it as its own genre, because each one of us is so different still, but doing stuff that’s also so different from everything else. Which I feel like — every one will kind of become impactful in their own way and there’ll be people that are more like one, and more like another. It diversifies. My first comic friends were Austin English, Blaise Larmee, Jason Overby… People like Ward Zwart — who else do I talk to a lot ? Jaako Pallasvuo, who just started making comics again… I don’t know, there’s a lot of people I talked to when I first started that I’m still very much in touch with, and who are doing cool work.

Xavier Guilbert : Are you familiar with the work of Warren Craghead ?

Aidan Koch : Yes.

Xavier Guilbert : And Oliver East, and those people who are working a lot around the idea of poetry and comics. Reading your work, that’s the kind of reference that make to my mind, also with the way Warren Craghead evolved and moved away from the more traditional narrative.

Aidan Koch : Which is interesting — I mean yes, I would think that he is someone who is in that sub-sub-group of very alternative ideas. But it’s funny to be in that group and be like : but our work looks so different, and our stories are so different. But still part of the mentality, I guess, of pushing — pushing all the traditional boundaries.

Xavier Guilbert : Talking about traditional boundaries, I was really surprised to see how much of your stuff is available online. So it seems you’ve been trying various different outlets — not wanting to be pinned down to a specific definition…

Aidan Koch : Yeah, I’m pretty good at that (laugh).

Xavier Guilbert : Do you see printed material as something special ? Does the book form still mean something ?

Aidan Koch : Oh yeah, that’s my ideal, most of the time. I mean, for any comics stuff I want it printed. I just can’t always get it together. But yeah, I’m trying to get this new book out that’s 48 pages — it was something I was working on for fun, and then there’s a bookfair coming up and now I’m like : « I want it done for that ! » So I’m just going to print it myself, which is — because I want it. I don’t want to wait for a publisher. I don’t really feel like bother anybody with that, I guess, but I just want to have this book (laugh).

Xavier Guilbert : Again, it’s going away from the usual process : not looking for a publisher, just getting things done…

Aidan Koch : … yeah, and done as fast as possible. I like control over my projects. I do, I have very specific design and book aesthetics, which probably plays into — doing more fine art is very much about being in control of the tangible quality of things. So it’s nice — I mean, I like putting things out myself, and I feel like I’ve developed enough of an audience that — you know, it’s helpful to have someone else for distribution, but it also doesn’t necessarily matter. I’ve seen the rate at which I can sell things on my own, and I do enough fairs that — I may get my money back, sooner than later, probably (laugh).

Xavier Guilbert : When you do exhibitions, do you also bring your books ? Or is it more difficult to get them, because the locations might not be used to having that ?

Aidan Koch : It hasn’t really happened yet totally… I think just because galleries aren’t necessarily set up to sell anything at the time. They’re just there with their laptops, and that’s it.

Xavier Guilbert : Well, it’s good to avoid definitions and being put in a box, but the world sometimes doesn’t agree with you in that regard, and require definitions.

Aidan Koch : I mean, I did this show a few months ago that one of the pieces that I made for it was a ‘zine, and I presented it on a little nice shelf. And I gave them copies of it and they sold a couple, but — I liked that. Yeah, the piece was like my art piece for the show, but it was also a ‘zine that was selling for $20. So it’s accessible, but in an habitat that basically that is not.

Xavier Guilbert : How do you like it at PFC ?

Aidan Koch : It’s been good (laugh). It’s been really interesting. I mean, I feel like everyone’s going through lots of moodswings and creative swings. But for me, it’s definitely been nice, in that like — I always draw for a reason, or for something very specific, and this is making me draw for fun. That’s nice. And also the pressure of like — either you ruining someone else’s work, or the potential for them to do something weird to your work. Having it just be all pressure off is good.

Xavier Guilbert : Did you know what to expect when you came here ?

Aidan Koch : No… I mean — I guess it is what I thought. It’s just a week of… collaborating. I knew about the actual association, a little bit. When I was in Angoulême, Matt Madden is very into the OuBaPo, and he talked about it a lot. I think specifically he talked about this… gathering.

Xavier Guilbert : Well, I think it’s because Etienne Lecroart, who’s one of the founding members of the OuBaPo, designed the constraint that was used in the very first edition of PFC. He didn’t attend the residency, but did participate in getting things moving. I think that he and Matt did recently something like an « OuBaPo show », some performance… but yes, I can well imagine Matt being very keen on that. Did you work on that kind of collaboration when you were in Angoulême, or is that really the first time you’ve experienced something like that ?

Aidan Koch : That was — yeah, the first I’ve heard of it. I mean, I guess I knew about the literary version. And then, I didn’t know there was the comics one, and that there is — I mean, it seems like a really strong group that’s involved in that.

Xavier Guilbert : They have a group, and then there’s PFC which is more experimental. It’s also very open to suggestion…

Aidan Koch : Yeah. Because it seems that OuBaPo was very much like — very strict kind of constraints. Or like series of…

Xavier Guilbert : There was a lot of theory going into the literary version, and I think that in the beginning the OuBaPo tried to adapt that. They put out a book very recently, the OuPus number 6, where it’s basically an inventory of everything that’s been done, categorizing it with different processes. They’re really kind of mapping the terrain, which is interesting, but if you’re trying to experiment…

Aidan Koch : It takes away the experiment. Yeah, definitely, when Matt described it I remember kind of thinking that. Of like, okay, it’s good because you’re breaking out of what you traditionnally do, but then you’re still like stuck in constraints. Whereas this is funny, because everyone is like : « wooo, what about this ? and this ? » and it’s like making it open.

Xavier Guilbert : Where you expecting to do so much work ?

Aidan Koch : Yeah… I mean, yeah. I don’t know what else we would be doing, because we’re working all the time. But it’s good. I mean, that’s what I assume what everyone does anyways. So…

Xavier Guilbert : Do you work in a studio with other artists, or are you usually by yourself ?

Aidan Koch : I’m usually by myself. I mean, I have a studio that’s like, in my house, in my basement, and my other roommates have also studios down there, but we don’t share like a common space for working. Yeah, so this is funny, it reminds me of being in school.

Xavier Guilbert : With the big table and everybody can walk around and look over the shoulder of everybody…

Aidan Koch : Yeah, it’s really sweet, that way (laugh).

Xavier Guilbert : How much adaptation did it require from you ?

Aidan Koch : I mean, the first day I really hated every drawing I did. So — I’m adapting, to try and be more satisfied with my own work (laugh). Because especially I don’t draw from my imagination much. And like, I don’t usually — I don’t know, like having the set boxes is kind of hard. So thinking more — I’m trying to think more compositionnally how to use that, and also trying to do drawings that I like. But… I mean, it’s fun because a lot of it I’ve just been like taking from what other people are doing. I mean, that’s me, to like, take their character and then redraw it the way they kind of do, but then change it a little. You know, like adapting everyone else’s work. Because that is — I mean, ’cause I draw from reference a lot, so now it’s kind of like, using their work as reference.

Xavier Guilbert : What about this residency ? How did it compare to how June had presented it to you ?

Aidan Koch : I think it’s — yeah, it’s kinda what I thought. I mean I guess there’s still like a whole day to see (laugh). I don’t know, I’m just curious because there’s so — we’ve done so much work, and… does something happen to it ? or not ? or where does it go ? or like — I don’t know, still.

Xavier Guilbert : On another topic, you’ve got a book coming up very soon ?

Aidan Koch : Yeah, for the New York Art Book Fair.

Xavier Guilbert : And after that, any plans ? I’m kind of wondering, the way you work seems to be, maybe not impulsive, but like : you get an idea, you get it done, and then you move on to something else… is that the way you work ?

Aidan Koch : Yeah, totally (laugh). It’s kind of like « when I have time for what ». So — I mean, this book is happening now, and then I am in an art show the week after, a gallery show — or two, actually. So that’s kind of : this book is done, now I have to work on these shows, and then I’m sure something else will come up. So it’s priorities based on what comes up when.

Xavier Guilbert : In the coming weeks, and not anything more long-term ?

Aidan Koch : Yeah (laugh). I feel like, especially since I moved to New York, I never really know where I’m getting money from, or where I’m going to be. So I’ve been kind of taking everything as it comes. Oh yeah, I guess I’m going to — I’m doing a festival and show in Belgium in November. So I know my timeframe up to then.

Xavier Guilbert : Sounds like a long time away…

Aidan Koch : Yeah. That’s where my schedule is like now, so I’m pretty booked. And then after that, we’ll see. I guess there’s something coming out — oh no ! The Blonde Woman is being reprinted, that might be out in time for Comic Arts Brooklyn. And then Koyama‘s printing a collection of older stories [After Nothing Come], and I think that’s set for Spring 2016…

Xavier Guilbert : What got you to go with Koyama ?

Aidan Koch : I mean, she’s so wonderful. I’ve been talking to her since — since The Blonde Woman, she was almost going to print it. And then I got the Xeric to do it, so — her and I have been in communication for a long time, and actually Bill Kartalopoulos and I have been planning this collection, and he was going to do it with Rebus, but I think it’s kind of slowed down on that. So Koyama had an opening in her printing schedule, and got me and Bill on this. So — I think it’ll be neat. I don’t really like looking back on my own stories, but I can also see where it’d be nice to have it out there. To kind of fill in the timeline of what I’ve been working on for… however long. And with all these other things too, I think it’s nice. So things will actually be available again. Since The Whale‘s gone, The Blonde Woman‘s gone… most of my ‘zines are gone. I mean, I don’t have copies of a lot of things (laugh). So…

Xavier Guilbert : How do you look back on that ?

Aidan Koch : Hmm… I try not to think of — I try and look at it really objectively. But I’m like : « oh, people liked that work — sure, let them have it. » I don’t really need to see it again. But it does show how things have changed, and that’s kind of cool. Because Bill and I were talking about it, and I was like — every single story I’ve done had been pretty different, like visually, and this gives you kind of a look of how that has developed.

Xavier Guilbert : Everything has been either part of a self-contained book, or part of an anthology with the work of other people around it. How do you feel about having everything together in the same place ? How did you organize it ?

Aidan Koch : It’s chronological, yeah. But I definitely vetoed a lot of stories that I just can’t… I don’t want to see that ever again, there’s a reason it’s gone or that I didn’t reprint it. So yeah, it’s curated as to the one set I like more and that I think are more representative of how I want to keep working, or part of that, the lineage that I use, I guess. The things that I learned from and enjoyed and liked.

Xavier Guilbert : So it’s not so much an accepted timeline but at least something that corresponds to your project and how it has coalesced over time.

Aidan Koch : Yeah…

Xavier Guilbert : Do you also see this dynamic that we’ve discussed about building an network of things ?

Aidan Koch : When I think — I don’t always think about it, but when I do look through everything, there’s very specific themes and tones and types of characters. I think it’s good to recognize that. And even just to be like : « oh, that’s the type of story I like. » Just a self-reflection, of understanding — you know, my identity as a narrative artist. I think it’s just worth understanding that. Or even to like not repeat myself, maybe…

[Interview conducted on August 6th, 2015 in Minneapolis, during PFC#5]

Entretien par en septembre 2016