François Fléché

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Son entretien avec Voitachewski a donné à Lucas Méthé l'idée d'interroger certains de ses collaborateurs de la revue Tchouc-Tchouc. Troisième de ces entretiens avec François Fléché, auteur principalement édité par Le Chant des Muses, dans des livres tels que Zambèze ou Un tour au lac, ou encore dans la revue Zinozorrus.

Lucas Méthé : Tu fais de la bande dessinée depuis très longtemps ? Au moins une dizaine d’années, non ? Ou alors vingt ?

François Fléché : J’en faisais un peu enfant, j’ai continué de façon très velléitaire et sporadique (j’avais même gagné un concours — une planche — il y a 30 ans) et puis en 2010, l’ami de Litan m’a proposé de faire un livre de bande dessinée (Remblais Récents).

Lucas Méthé : Un tour au lac, c’est ton premier récit long ? Comment ça s’est passé ? Tu as fait ça dans ton coin, et l’a confié ensuite au Chant des Muses ? C’était ta première collaboration avec eux ?

François Fléché : Oui ; j’ai rencontré Xavier Dole quand il commençait Le Chant des Muses. Quelques années ensuite, il m’a demandé si je voulais faire un livre ; j’avais plusieurs débuts d’histoires abandonnées depuis longtemps ; on en a choisi une et convenu d’en faire au moins 50 pages.

Lucas Méthé : Dans ce livre, tes couleurs sont étonnantes. Tu aimes travailler en couleurs ? Ce n’est pas trop compliqué en bande dessinée, de gérer la part de hasard que semble induire ta technique ? D’ailleurs, quelle est ta technique ?

François Fléché : Les couleurs, bien sûr ! J’avais un oncle qui utilisait ces encres de couleurs (pour, entre autre, recopier Caza, Druillet, ou même Botticelli). J’aimais ça, la plume, l’encre colorée, quand ça se superpose, se mélange…
Pour ce qui est de ma technique, c’est banal ; je dessine au crayon, repasse à l’encre noire et je mets la couleur. Mais je laisse quand c’est un peu maladroit, quand ça bave, que c’est un peu raté.

Lucas Méthé : D’ailleurs tu es aussi peintre ? Il y a eu un livre de peintures édité à Taïwan, où tu as vécu. Tu as d’abord peinte ? D’abord dessiné ?

François Fléché : Le livre, c’est le catalogue d’une exposition que j’avais faite à Taipei, dans une fac. La peinture, c’est venu après les petits dessins, je crois. Mais là encore, je ne me suis pas rué dans la peinture à toute allure. Je passe de l’un à l’autre, en me demandant souvent quand je suis sur l’un si je ferais pas mieux de m’occuper de l’autre

Lucas Méthé : Et tes peintures d’aujourd’hui, à quoi ressemblent-elles ?

François Fléché : De grandes toiles plus ou moins abstraites, mais j’ai rien contre le paysage, le portrait, le nu…

Lucas Méthé : J’ai trouvé Zambèze merveilleux. Quel poème ! Tu dois être content de ce livre, non ?

François Fléché : Content, c’est beaucoup dire ; « peut mieux faire », plutôt…

Lucas Méthé : Était-ce écrit au fil de la plume ? Dessiné au fil de la plume ? Tu prépares beaucoup ce que tu fais ?

François Fléché : Là, par exemple,(et souvent) je ne sais pas ce que va être la suite ; je fais des tentatives de scénario mais je laisse tomber et j’improvise. Seulement pour la fin, je la prépare un peu en avance, à cause du nombre de pages — approximatif — convenu.

Lucas Méthé : Je t’ai demandé quelles étaient les bandes dessinées qui te plaisent ou te plaisaient étant gosse, et tu m’as dit : Lucky Luke. C’est vraiment tout ? Tu te rends compte que le rapport n’est pas vraiment évident avec ton travail ?

François Fléché : Oui ! Lucky Luke, Astérix, Rahan, Spirou… un peu Tintin. Et plus spécialement les premiers, les plus vieux, quelle ambiance ! je passais du temps à chaque case ; les couleurs franches, aléatoires, bizarres… après il y en a eu d’autres ; Philémon, Paulette…et plein d’autres… mais je crois que ça ne passait pas en intensité les premières impressions. Quant au rapport avec mes dessins ? Pas mal de temps et d’autres choses variées entre La mine d’or de Dick Digger et Zambeze.

Lucas Méthé : Tu dessines tous les jours ?

François Fléché : Non, pas vraiment, sauf si je suis sur quelque chose à finir rapidement

Lucas Méthé : Tu as fait de très beaux petits livres auto-édités (je crois ?) comme Adjudant, vengé, Remblais récents ou Rebours… ça correspondait à quoi ? Des compilations de choses éparses ? Ou prévues pour faire des livres ?

François Fléché : Tout seul, comme ça, je n’en ai fait que deux (Adjudant, vengé et Nuit blanche), et c’était bien des compilations de choses éparses — mettons ça, ça et ça et ça fera bien un livre. Je n’en suis pas encore à l’idée précise, l’histoire conçue de loin et dans son entier.

Lucas Méthé : Et il y a d’autres livres encore, éditées par Litan… Des livres de dessin, surtout, un peu comme ton dernier livre Dessins au Chant des Muses ?

François Fléché : Oui, c’est avec J.C. (des éditions Litan) que j’ai fait mes premiers livres (du dessin humoristique). Le dernier qu’on a fait ensemble est un livre-accordéon avec un paysage inspiré de la peinture chinoise qui accompagne un petit texte à lui, un conte.

Lucas Méthé : Avant de te rencontrer, je me demandais quel âge tu aurais, et je n’étais pas très sûr si ce serait plutôt quarante ou plutôt soixante. On a l’impression de quelqu’un qui a longtemps travaillé avant de montrer des choses… As-tu beaucoup essayé de montrer ?

François Fléché : Né en 1965… J’ai surtout traîné et perdu du temps, ne sachant quoi faire exactement : peinture, bande dessinée et tout le reste ? Alors il n’y avait pas lourd de présentable. J’ai néanmoins essayé quelque fois (à (à suivre) par exemple ;  » qu’est-ce que vous voulez que je fasse avec ça ? » m-a-t-il dit devant une demi-douzaine de planches dépareillées). j’avais aussi des projets de livres enfants mais ça n’a rien donné. sans parler des galeries ! Il n’y a qu’à Taipei où j’ai pu faire quelques expositions.

Lucas Méthé : Tu ne te sens pas trop isolé dans ta campagne ?

François Fléché : Oui, la campagne, parfois je m’y ennuie. Mais il m’arrive la même chose à Paris ou ailleurs…

Lucas Méthé : Et dans ton travail ?

François Fléché : Là, heureusement qu’il y a Tchouc-Tchouc, les copains éditeurs etc… sinon ce serait aride.

Lucas Méthé : Tu travailles à de nouvelles choses ? Une bande dessinée longue peut-être ? Je dis ça car ça me ferait plaisir d’en lire !

François Fléché : Ce ne sont pas les idées ou envies qui manquent ! Je suis sur une collaboration avec L.Butzbach (fraîchement sorti des Beaux-Arts de Stasbourg) ; un livre avec deux petites histoires (15 pages chacune), pour janvier. Et les illustrations pour un abécédaire anarchiste (pour Litan). mais si tu passes commande d’une longue histoire, faudra que je m’y mette…

[Entretien réalisé en novembre 2019]

Site officiel de François Fléché
Entretien par en mars 2020