La Bande Dessinée est un art populaire

de

Cet été vous avez peut-être vu que le journal Le Monde a eu l’excellente[1]) idée de publier des nouvelles écrites par des auteurs de la série noire, dans ses numéros datés de samedi.
Vous avez pu y lire du Pennac, du Charyn, du Daeninckx, du Jonquet, etc … en tout, 7 nouvelles inédites, plutôt bien choisies.
Ces encarts du Monde devaient aussi être pliés en quatre, légèrement massicotés, agrafés et ainsi on obtenait de ravissants petits fascicules agréables à lire et à manipuler, venant naturellement enrichir sa propre bibliothèque (narcissiquement éternelle).[2]

Alors on se prend à rêver (I have a dream).
Tout comme la bande dessinée, le polar est un genre populaire. Ouais ! On se dit alors qu’à la place de Charyn ou Pennac on aurait pu avoir du Mezzo et Pirus, du Munoz, du Trondheim, du Blanquet, du Baudoin, etc … ; en un mot (enfin plusieurs) un auteur à haute teneur bédéphilique quoi !
Ouais !
Eh oui ! Ça serait carrément super ! Ouais ! Le giga panard intergalactique même ! OUAIS ! ! !
Mais faut pas se faire d’illusions les mecs et les meufs.
La bande dessinée n’est présente dans la presse (qui est pourtant son lieu d’origine et de maturation) que sous la forme bâtarde de l’illustration,[3] ou alors quand actualité éditoriale il y a (mais uniquement si niveau 9 sur l’échelle du rien à dire).[4]

Alors y’a rien à faire ?
Foutre dieu j’en ai bien peur mon gars ! Et pourtant sache que c’est pas parce que ça n’aura sûrement pas lieu que ça n’a pas eu lieu.
Car en cherchant bien, en zieutant dans les archives et en interrogeant de vieux pépés parkinsonniens (et c’est pas easy j’te jure !) on arrive à reconstituer une époque idylliquement et idéalement bédéphilique, où la bande dessinée ne surgissait pas seulement dans les romans.[5]

Si ami lecteur, lectrice mon amour, tu jettes un oeil dans Crux Universalis de Bilal [6] par exemple, tu trouveras une histoire sur le mur de Berlin, en 4 planches, créée spécialement pour le supplément du dimanche du Monde ! Dingue non ? Mais c’était en 1981 ! Autant dire que ça date !
Plus loin encore si tu as entendu parler du groupe de graphistes Bazzooka,[7] tu dois certainement savoir qu’à la fin des 70’s, ceux-ci ont méchamment (lucidement) détourné et squatté (terme d’époque) le quotidien Libération (terme d’époque aussi ?).
Eh ouais ! On a du mal à y croire quand on voit ce journal se transformer de plus en plus en catalogue (maigrichon) de La Redoute.
Et je vous parle pas (ou si peu) du Baron Noir de Petillon et Got, qui reste une des heures de gloire du quotidien Le Matin (disparu depuis une dizaine d’années).

Mais notre époque (la nonantième planète finissante) est ainsi. Frilosité partout, partout !
Nouvelle ère glaciaire (qui rime avec financière (rime pauvre évidemment)).

du9 feuille de chou bédéphilique, actualité de l’actualité du neuvième art, voudrait sincèrement bien que ça change.
Bondiou oui alors !
(Fin d’explication de l’origine problématique et du but à atteindre)

Notes

  1. « Enfoirés ! » (Rite typiquement mid-eighties
  2. Ce geste a certainement été une madeleine proustienne pour un certain nombre de lecteurs. En effet Spirou (et Pif parfois) avait l’habitude de publier ce genre d’encarts, ce qui permettait de réaliser des mini-albums merveilleux et plus grands que l’univers pour des yeux de môme.
    Certains s’en sont jamais remis. Menu par exemple s’en est directement inspiré pour la collection Patte de Mouche de L’Association.
  3. Le Monde, Libé et Télérama font de plus en plus appel à des dessinateurs de bande dessinée innovant comme Gerner, Pierre La Police ou Killoffer par exemple. Mais à chaque fois pour des illustrations.
    Que doit on en conclure ? Est-ce que cela montre l’impasse narrative (scénaristique) de ces auteurs ou bien la frilosité des quotidiens qui se payent ainsi une bonne conscience bédéphilique pour pas cher ?
  4. Quand il y a Angoulême par exemple, ou affaire de censure (reification du syndrome de l’époque Pilote, ex : le groupe Ampère), ou encore la sortie de grosses merdes (les fameux classiques).
    La plupart du temps il n’y a pas informations et critiques, mais dressage à la consommation en présentant le spectre du has-beenisme (« l’exconsommation », l’équivalent de l’excommunication pour les catholiques si vous voulez).
  5. Référence à l’édito de J.-P. Mougin dans (A Suivre) n°1.
  6. Réédité avec Le bol maudit et plein d’autres trucs dans les trois mois qui viennent par les Humanos.
  7. Bazooka a été à la bande dessinée ce que l’énergie Punk a été au rock. Groupe composé de Kiki Picasso, Loulou Picasso, Olivia Clavel, Lulu Larsen, et Bernard Vidal. Sévissent de 75 à 77. Traces accessibles : Bazooka Production 30/40 édité par Futuropolis actuellement soldé un peu partout dans l’inconscience la plus totale. P’tain ! Tous pourris !
Humeur de en octobre 1996

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