Les Cyclistes

de

La bande dessinée d’ici, dans sa polarité francophone si intense qu’elle en cache la forêt européenne, a connu sa crise, celle dont on cause encor(e), celle dont on se souvient, à la fin des années quatre-vingts.

« Ahlalala ! C’était quelque chose les ami(e)s ! »
« Revues qui tombaient les unes après les autres ! Publications et ventes d’albums qui chutaient après des années de croissance folles !» Etc.
C’est tout juste si les gens de la profession ne se jetaient pas par les fenêtres de leurs buildings, dans des mouvements pantomimiques de films muets, en un happening général et référentiel du retour sur terre, pour une descension sans ascenseur après tant d’altitudes, altières il faut bien le dire.

Alors bien sûr tout ça marque dans la viande.
On y repense quand ça va bien (« J’ai survécu ! »), quand ça va mal (« Je vous l’avais bien dit ! »), ou quand une date anniversaire à forte charge symbolique (l’incontournable « 10 ans déjà » par exemple) arrive, est là, est passée. «Mais c’est pas possible, ça va pas durer !».

L’économie perçue en cycles périodiques divers et variés, est certainement la plus drôle dans sa catégorie. Même bardée des statistiques du moment, elle ne vaut guère mieux qu’un oracle delphique et ne fait que vouloir inconsciemment concrétiser, à force de mémoire partiale et de chiffres myopes, l’amnésie d’un éternel présent. Du cyclique au cyclothymique on fait un bi-cycle sur lequel tout le monde pédale. Professionnellement[1] chacun y va donc de sa prophétie, de sa subodorisation des symptômes à son « tiens j’ai mon rhumatisme qui me fait mal, il fera nuageux demain».[2]

Mais à vent du nord, vent du sud. Et à la numérologie statistique instinctive, passons à l’autre point de vue, certes plein de « -ique » aussi, mais plus « histor- » voire « esthét- », qui a surtout la qualité de s’avouer chaque jour et pas qu’à lui-même (question de méthode) son statut relatif de science humaine.
Donc, reprenons : La bande dessinée d’ici, dans sa polarité francophone si intense qu’elle en cache la forêt européenne, connaît un âge d’or, celui dont on cause toujours,[3] celui qu’on admire et ce depuis le début des années quatre-vingt-dix. Etc.
A dix près (le mot pas le chiffre), j’ai beau faire (la même phrase), le passé s’impose pour l’une et le présent pour l’autre. C’est comme ça, c’est syntaxique. Deux points de vues qui ont au moins cette logique.
Partisan de certains jusqu’au bout (je l’avoue), je fuis l’esprit en boucle qui verrouille à triple tour le discours mais aussi le commenté et le commentateur. Le présent de l’éternel retour c’est du passé (isme), la vision au présent c’est l’avenir, distinguant le prédictif du prospectif dans un aspect analytique ouvert.

Et entre le vingt et le dix des deux dernières décennies du siècle passé ?
Et bien, une dimension variable de quelques mois à une fraction de seconde marquant le passage de l’une à l’autre, une zone « nono » que chacune laisse poliment à sa voisine, lui autorisant les suffixes « pré » ceci ou « post » cela (et vice versa). Une sorte, aussi, de belle gouttière Mc Cloudienne où les images latentes cérébrales de ceux et celles qui font et de ceux et celles qui défont, se roulent, se déroulent et se la coulent (à en couler parfois), dans l’immaculé champ sémio (le grand support), moins logique qu’illogique, car dans des notions sûrement pas indénombrable, mais certainement relativement indéchiffrable (en chiffres).

Notes

  1. Ami lecteur, lectrice mon amour ce mot est le plus long de ce texte. Au-delà de l’utilité des notes (de bas de pages) note aussi qu’il contient trois fois un doublement de consonnes, ça peut servir dans les dîners.
  2. Le titre d’un article d’Yves-Marie Labé, publié dans le monde des livres du 01/11/03, par exemple, reprend cette métaphore météorologique (sans en reprendre la méthode rhumatismale, du moins souhaitons-lui).
  3. Car il intéresse.
Humeur de en décembre 2003

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