Icono gêne

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La couverture du numéro 1294 de Charlie Hebdo a suscité une polémique où lui ont été reproché des travers contre lesquels ce journal a pourtant toujours lutté : sexisme, misogynie, etc. Certes, l’époque n’en finit pas d’être contre-réformiste, de prôner l’avancée pour mieux reculer, d’accuser toutes les forces progressistes et appelant au changement novateur d’être un conservatisme dès que celles-ci s’opposent à certaines évolutions douteuses.[1]
Les réactionnaires contemporains sont donc de la sophistique communicationnelle, qui, avec les moyens d’aujourd’hui, amplifie le primat de l’apparence pour reléguer le fond faisant débat, à une ombre au mieux tissée d’hypocrisie, au pire laissant imaginer les marges d’un complot forcément plus vaste.

La nouveauté peut être aussi que cette polémique est cette fois bien née sur les réseaux sociaux, qui nous rappellent ainsi à quel point ils sont dédiés aux apparences, même en 140 caractères. Un travers que des médias traditionnels ne font qu’amplifier, voyant dans Twitter et Facebook un gain et une facilité inédite, car se révélant plus immédiats que des dépêches d’agence, suffisamment identifiés pour justifier des sources, et, enfin, quand ils sont « likés » ou « retweetés », permettant d’éviter des micros-trottoirs fastidieux avec des quidams, des témoins et des entretiens laborieux avec des personnes qualifiées d’expertes.

Reste que le débat est toujours celui entre iconoclastes et iconophiles et ce, malgré les apparences. On a reproché à Riss de se moquer de l’âge de la désormais première dame de France, pourtant rien dans le dessin ne fait référence à cela. Au contraire, elle est sans âge comme son mari croqué à ses côtés. Le dessinateur constaterait à sa manière que l’on est bien au XXIe siècle, que quand on a 64 ans aujourd’hui cela ne ressemble pas à une chanson des Beatles et son refrain (When I’m sixty-four). On notera aussi que ceux qui font ce reproche à Charlie sont souvent les mêmes qui font leurs gorges chaudes de la relative jeunesse inédite du nouveau président. Vanter certains âges et en omettre d’autres, où est l’hypocrisie ? Où est la caricature ? Où est aujourd’hui la régression ?

Trois questions auxquelles renvoie justement cette couverture. Elle est le miroir de ces discours hagiographiques iconophiles qui se sont multipliés après la victoire du 7 mai, semblant répondre au « ainsi soit-il » des prières face l’apocalypse annoncée, et à l’advenue enfin de celui qui montrera le chemin hors de Sodome et Gomorrhe. Faut-il être iconoclaste et athée pour connaître les religions aujourd’hui ? La subtilité du dessin de Riss ferait répondre par l’affirmative. Il fait donc de Macron un Abraham, personnage fondamental aux trois religions du livre, père de peuples, dont il rappelle malicieusement que la femme Sarah a miraculeusement pu devenir mère à un âge très avancé par les grâces de la révélation et de la conversion[2]. La couverture de Charlie se moque donc une fois de plus avec brio d’un discours caricatural et le pousse dans ses retranchements de manière éloquente, voire érudite.

En réponse aux polémiques, Riss a dessiné, dans le numéro suivant de Charlie, un Macron ayant bien plus de 64 ans, toujours au pouvoir, mais sur un trône d’empereur à l’emphase formelle proportionnellement inverse à la déchéance visible du corps de l’ex jeune élu. Joyeuse pirouette qui rappelle indirectement que l’iconophile vante le pouvoir absolu de l’apparence jusqu’à s’en aveugler, tandis que l’iconoclaste va au-delà de tout ce qui fait image, démontant par le discours libre le danger des séductions cultuelles et/ou despotiques qui trop souvent savent en découler.

Notes

  1. Et dont la nature régressive qui les motivent le plus souvent se retrouve alors plus facilement occultée
  2. On notera que cette couverture est aussi au fait de l’actualité scientifique, puisque plusieurs articles se sont au même moment faits l’écho des avancées en matières d’utérus artificiels. L’éventuel miracle pourrait aussi s’expliquer.
Humeur de en mai 2017

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