Rééditions

de

Pourquoi du9 parle-t’il des rééditions ?
Pas par érudition, pas pour faire du neuf avec du vieux, ni pour tomber dans les travers historicistes voir postmodernes réacs ! Mais tout simplement parce qu’un art vivant doit connaître son passé et ses origines pour mieux se situer.

Le problème est que la bande dessinée est un « art amnésique » comme le dit justement Thierry Groensteen dans une interview à Jade n°10. Les chefs d’oeuvre de son passé sont souvent inaccessibles, contrairement à un art du même âge qu’elle : le cinéma.
Ce paradoxe est signalé par Jean-Paul Jennequin dans Le Goinfre n°13, qui explique qu’il est plus facile de trouver un film muet de Griffith en vidéo que Pogo en album.
Et il s’agit là d’un auteur, en l’occurrence Walt Kelly, reconnu par tous les ouvrages sur l’histoire de la bande dessinée. Que dire alors des auteurs — « petits maîtres » ou non — parsemés dans des revues, des journaux, ou (pire encore) des fanzines et qui n’ont jamais été édité en albums. Seuls un chercheur ou un passionné pourront faire les recherches nécessaires …

Le résultat est que la bande dessinée y perd en substance et en public.
L’idéal serait que les « rééditeurs » (comme Soleil surtout, mais aussi dans une moindre mesure Vents d’Ouest ou même Glénat) puissent multiplier les albums à des prix accessibles, mais qu’il y ait aussi des lieux regroupant tout ce qui se fait en/et autour de la bande dessinée.
De faire en sorte que ces lieux ne soient pas au fin fond de la France, là où il n’y a aucun public (ou alors saisonnier … si vous voyez ce que je veux dire …).

L’association Bulle en Tête tente à Paris depuis maintenant quelques années de créer un lieu de ce genre grâce à des « adhésions et au concours de divers partenaires ». Un lieu « consacré à la bande dessinée française et étrangère sous toutes ses formes », qui se trouve au : 9, rue Claude Tillier, 75012 Paris.
Cette démarche est évidemment à encourager (donc tous les lecteurs parisiens savent où passer un de ces quatre), comme celle de la Fanzinothèque (qui se trouve à Poitiers) ou encore comme celles de fanzines comme Le collectionneur de bandes dessinées et Hop, qui défrichent l’histoire de la bande dessinée souvent avec bonheur.
Dans tous les cas, il s’agit de gens passionnés qui ne raisonnent pas en terme de fric et de marketing, mais qui veulent avant toute chose défendre et promouvoir l’art vivant qu’est la bande dessinée.

Humeur de en mai 1995

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