Daddy’s Girl

de

« La petite fille à son papa ». Un titre anodin. Et pourtant. Dès la seconde page de ce petit format, Debbie Drechler nous prend à la gorge. Car elle est la petite fille à son papa, sa petite chérie, celle qu’il vient voir dans son lit, le soir, pour abuser d’elle.

Même si l’on ignore qu’il s’agit d’un récit autobiographique, on s’en doute très rapidement. Il y a là trop de justesse, trop de petites phrases qui sonnent si vrai pour qu’il ne s’agisse que de fiction. C’est donc une confidence terrible à laquelle on assiste — le récit d’une innocence brisée, d’une enfance en éclat.

Et alors que les pages défilent, c’est à chaque fois le même choc lorsque les scènes les plus insoutenables reviennent — exacerbé par le contraste entre la gravité du sujet et le dessin de Debbie Dreschler : empreint d’une grande naïveté, à mi-chemin entre le dessin d’enfant et les portraits pas tout à fait cubistes de Picasso. Sur ce trait simple sans être simpliste, l’utilisation systématique de motifs décoratifs vient assombrir les cases dans lesquelles on étouffe, renforçant souvent une ambiance déjà oppressante.

Mais qu’on ne se trompe pas : la lecture de ce livre est marquante, mais non pas éprouvante. Autour de ce drame silencieux, on retrouve aussi de petits moments de joie, d’inquiétude ou de colère, les événement sans importance d’une enfance normale. Et c’est sans doute cela qui en fait une oeuvre forte, cette volonté de n’occulter de ce récit aucun aspect — les plus terribles comme les plus communs.

Un livre à lire, à partager. A conseiller sans rien dire, sans rien dévoiler. Comme une confidence.

[XaV|signature]

Daddy’s girl n’est pas un album dont on peut dire qu’il est bon ou qu’il est beau. Si l’impact émotionnel de ce livre est si fort c’est qu’il aborde ce sujet grave qu’est l’inceste, ceci sans sensationnalisme, avec une simplicité et une honnêteté dans la narration peu commune : l’émotion n’étant ni provoquée ni imposée. Le dessin de Debbie Drechsler tout en rondeur et en douceur s’accorde totalement au point de vue de la narratrice, une fillette de douze ans.

Daddy’s girl est un livre qui interpelle longtemps le lecteur.

[Gregg|signature]

Site officiel de Debbie Dreschler
Site officiel de L'Association
Chroniqué par en mai 1998
  • Anonyme

    Pour la femmelette que je suis, la lecture a tout de même été éprouvante…
    et s’est faite en plusieurs fois….
    parceque, comme vous le dites, on sent tout de suite que ça sent le vécu, même si l’héroine porte un prénom différent de celui de l’auteur.
    Il y a des réflexions qui m’ont vraiment marquées.. (le gavage de chips pour « oublier le gout de papa »). Mais c’est vrai que la force de cet ouvrage réside dans le fait que Debbie Deschler ne se limite pas à des scènes dures :
    on comprend la détresse de l’héroïne, sans tomber dans le voyeurisme malsain.

    On ressent avec elle sa solitude (mazette, la mère et les soeurs sont à ce point aveugles ?),
    et l’aspect destructeur de cet acte :  » Il n’y a qu’une pute qui pourrait s’offrir comme ça à son propre père « .
    J’ai apprécié aussi le fait qu’elle narre pas
    ce qui se produisait, avec un style d’adulte posé et réfléchi,
    mais plutôt avec des mots simples, ceux qui pourraient se trouver dans la tête d’une fillette, à l’époque.

    Sur le peu de référence que j’ai sur l’inceste,
    « daddy’s girl » est pour l’instant l’ouvrage qui se détache clairement
    dans mon esprit…

    Je conseille aussi vivement la lecture de « the summer of love »,
    qui est un peu plus leger (ou plutôt moins lourd), et aborde avec doigté
    des thèmes ô combien caractéristiques de l’adolesence (émancipation vis à vis des parents, découverte de la sexualité, intégration d’un groupe, laisser paraître, homosexualité naissante, )

    En gros, je kiffe trop Debbie.