Dyaa

de

Tout d’abord un petit pincement au coeur avec cette nouvelle collection Feu des éditions Amok qui abandonne le précédent look au profit d’un aspect plus cheap. On se consolera avec la baisse des prix (42F) mais on a perdu là la plus belle collection d’albums du moment (snif !).

Yvan Alagbé continue son petit bonhomme de chemin et progresse à vue d’oeil (on mettra de côté son premier album complètement raté aux editions Vent d’Ouest). Son trait est maintenant reconnaissable entre mille (quelque part entre Baudoin et Aristophane ?) et on sait dès les premières cases que l’on va souffrir. Car chaque histoire publiée par Alagbé nous entraine dans les tréfonds obscures de l’âme humaine où tout n’est que soufrance et tristesse.

Dyaa ne déroge pas à la règle et même porte le style à son paroxysme. Les deux personnages centraux de ce récit sont « dèjà morts » c’est à dire que leur existence n’a plus de sens et qu’ils se laissent donc porter par les événements. Ibrahima fait le taxi à Paris pour pouvoir envoyer de l’argent aux siens mais apparemment (c’est assez obscur dans le récit) il en faut toujours plus ou Ibrahima donne de moins en moins, toujours est-il qu’un remplaçant arrive … Mais Ibrahima fatigué et blasé (déraciné en France, étranger chez les siens) n’a pas l’intention de se battre, il préfère sombrer, entraînant dans sa chute Martinah, une femme ordinaire et pieuse qui a raté son suicide en se jetant sous ses roues …

Comme toujours chez Alagbé on hésite à parler d’amour, il y a des relations apparemment insensées et même les personnages semblent ignorer la nature de leurs sentiments. Tout est froid, sans but et sans espoir. Une tranche de vie suintant la tristesse. Graphiquement Alagbé ajoute une corde à son arc pourtant bien pourvu : à-côté des silhouettes à peine ébauchées (style Mattotti dans Un homme à la fenêtre) et des masses noires et obscures, il développe dans cet album des dessins « au lavis » tantôt réalistes tantôt évanescents qui renforcent le côté désabusé du récit.
En conclusion, un récit réussi mais difficile. Un univers est en construction, ne passez pas à côté !

Site officiel de Amok
Chroniqué par en novembre 1997

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