L’ Ecuyère

de

Si l’écuyer peut être celui qui porte le bouclier du chevalier,[1] l’écuyère est toujours celle qui monte avec grâce sur un cheval, dansant sur son dos alors qu’il est en pleine course sur une piste de cirque ronde comme un éternel retour.

Mais si Titine aspire à être écuyère un jour, c’est plutôt un bouclier de bonne volonté qu’elle doit porter et utiliser, alors qu’elle est à peine venue au monde. Sa «maman à une place» ayant déjà une fille, elle ne veut pas d’elle et la rejette aux autres qui voudront la recueillir, qu’ils soient des souris, des gens du cirque, des institutions spécialisées ou bien une étrange ascendance avunculaire.
Cette mère et cette grande sœur prendront le chemin «qui mène on ne sait où», alors que Titine, sachant pourtant déjà où elle aimerait aller, grandit et est menée où elle n’aime pas, ou plutôt où on ne l’aime pas.[2]
Heureusement, il y aura tous ceux qui l’aiment, et en particulier ce vrai fantôme protecteur aux allures de squelette, comme si la fin de chacun défendait les débuts d’une naissante, pour que plus tard elle puisse faire ses tours de piste, plaire/se plaire/transmettre à en être applaudie dans le pourtour d’un cycle toujours pratiqué en galopade.

C’est donc ainsi que L’écuyère désigne moins l’histoire de l’album qu’une aventure à venir probable germant dans une enfance. C’est elle, cette dernière, qui est l’héroïne véritable de ce livre. Elle est racontée à la fois dans le particulier de ses pages et dans le général d’une période de la vie à laquelle personne n’échappe et où tout le monde se construit. Elzbieta l’incarne en quelques traits et ajoute que cette construction tient bien moins de la filiation directe (génétique) que de ces rencontres au statut de «fée-marraines»,[3] si fondamentales qu’elles donneront pour toujours un goût et une saveur à l’existence. Le désir d’équilibre dans une course future tiendra à cela, à cet entrelacs sous-jacent d’émotions partagées au sein du monde.[4]
Ajoutons ces dessins se jouant de la structure fibreuse du papier sur lequel ils ont été réalisés, et ce savoir virtuose maitrisant les capacités d’absorption aléatoires du support, mais aussi de transparence et des affleurements pigmentaires qu’il accueille autant qu’il détermine. Elzbieta joue de l’avers et du revers, une double surface en une seule image parfois accentuée en relief par un trait, un collage, donnant à chaque fois un intérieur et un extérieur ou une profondeur qui se devine et s’apprécie comme une âme. Une structure fine aussi comme un entrelacement neuronal, autrement support de pensées et de rêves, en adéquation parfaite avec une période où l’on se bâtit sur un canevas heureusement sinueux et hasardeux.

Notes

  1. Ecuyer viendrait de scutarius, «celui qui porte l’écu ou le bouclier».
  2. Un oncle qui aimerait la manger, une tante qui aimerait l’exploiter, des cousins qui aimeraient lui faire du mal.
  3. Voir Elzbieta : L’enfance de l’Art, Rodez, Le Rouergue, 2005.
  4. Partage direct ou indirect. Via ses livres, Elzbieta est aussi une «fée-marraine» pour ses nombreux lecteurs/lectrices.
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Chroniqué par en septembre 2011