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L’ Etrange Beauté du Monde

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Cette fois-ci, Pajak est le père, le mari, l’amant et uniquement l’écrivain. Pour les images complémentaires et autre, ce sera l’autre complémentaire, parce qu’elle est elle, qu’elle s’auto-prénomme Lea, est sienne depuis vingt-cinq ans, est mère de sa fille depuis presque autant de temps.

Aimant l’un l’autre, ils sont comme l’objet magnétique homonyme, font l’un avec l’autre par la force de pôles opposés, surtout pas positif ou négatif, ou alors à tour de rôle.
Ils sont ce que l’on appelle un couple improbable, comme quoi, «qui se dissemblerait, point ne s’assemblerait». Pourtant, la beaucoup plus grande probabilité des répulsions entre deux corps, confirmerait les lois de ce magnétisme naturel semblant incertain aux yeux de beaucoup, infirmant davantage l’adage convenu[1] que cachaient peut-être, en son temps d’élaboration, des carcans sociaux très strictes.
A raconter cette fidélité d’union,[2] Pajak reste fidèle à lui-même. Car à comprendre sa vie ou les vies d’autres dans la demi-vérité des mots ou des images, n’a-t-il jamais voulu réunir autrement une vérité tout aussi improbable ? Dire des mots et montrer des images dans un même livre, n’ont-ils pas fait de ses lecteurs les témoins d’un mariage heureux, renouvelé à chaque ouvrage ?

Ici l’auteur garde les mots, les images sont à sa compagne plasticienne et illustratrice pour de nombreux magazines. Il réunit les images passé(es)[3] pour assembler ses mots au présent, à l’imparfait, au passé simple et plus-que-parfait, avec ce constat qu’il s’agit toujours d’un couple dans un livre, et qu’il n’y aura pas mieux pour parler du sien au même endroit.

Former le même couple alors que l’on est quelqu’un d’autre (l’un après l’autre) à chaque seconde serait la problématique. Ce temps parcouru ponctué d’images reste incroyable. Il y a les dessins qui le restituent[4] et l’écriture qui s’en empare, lui donne un autre sens[5] que celui de la flèche qu’on lui attribut.
Vingt-cinq ans et après ? Oui, après ? Le temps a passé non sans laisser ses marques et éloigner des vies à jamais.[6] A l’avenir il accentuera ce travail. Après sera-il donc un cap ? Une vie descensionnelle en procédera-t-elle ?
Que faire ? Continuer, bien sûr. Voyager moins pour oublier que faire du temps son allié, le lier à l’espace comme on le lie au sens par l’écriture, comme on en garde la trace par l’image, l’enterrer dans le paysage et le mouvement. Cela peut échouer comme une grande partie de ce voyage en Italie, où l’on devient touriste plutôt que voyageur par le clinquant omniprésent du commerce, invasif jusque dans les relations humaines ; et cela réussit comme ce voyage au Cap, en Afrique du Sud, près de l’autre pôle aussi, où blancs et noirs forment un couple pareillement improbable.[7] Ajoutons qu’un Cap est fait pour être franchi, qu’ici celui qui marque le bout du monde, ou pour le moins d’un continent, est nommé «De Bonne Espérance» et l’on comprendra au bout de cette ellipse, que L’étrange beauté du monde est un livre de/sur ce sentiment proprement humain.

Pajak et Lea ont de la chance, «Des charmeurs invisibles dansent sur nos têtes, attisent nos hasards les plus piquants pour nous ensorceler.» Ils nous les montrent, et les deviennent quelque peu pour certains, pour d’autres sûrement, du moins on se le souhaite. Mais profitons. Ici, l’étrangeté n’est pas inquiétante, elle qualifie cette beauté d’un monde au temps mêlé et indiciel, y participe dans une indéfinition servant de perspective, arde nos mouvements, comme nos sentiments.

Notes

  1. Qui se ressemble, s’assemble.
  2. Qui n’est pas forcément une union fidèle.
  3. Retenues au fusain et autre.
  4. Par ce qu’ils montrent et/ou par le souvenir de leur élaboration/réalisation.
  5. Signifiant.
  6. Comme celle de Varia la mère de Lea.
  7. A une autre échelle, qui est peut-être de plus en plus improbable, même si ce n’est pas encore sans espoir. Notons aussi ces témoignages de blancs comme de noirs, comme quoi l’extrême violence du pays viendrait des métis, métaphore indirecte d’hommes n’ayant plus d’opposée/complémentaire pour faire/vivre en couple, car ils sont ni blanc, ni noir.
Site officiel de Frédéric Pajak
Site officiel de Noir sur Blanc
Chroniqué par en novembre 2008

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