Gregory

de

Marc Hempel est terrifiant. Il suffit de lire Gregory pour s’en rendre compte. Gregory est un petit garçon. Un petit garçon en camisole de force, dont l’univers se limite à une cellule, et les amis à deux rats et quelques cafards de passage. Un petit garçon pas comme les autres, qui s’exprime à coups de « uh » et de « gub » , qui court en rond à en perdre haleine, qui considère d’un regard étonné ce qui se passe de l’autre côté de ses barreaux.

En quatre volumes[1] de ce dessin anguleux si caractéristique, nous voilà face à cette vie qui n’en est pas une, la découvrant parfois de l’intérieur (la « Gregory-vision » ) dans une vue subjective étrange et perturbante. Et au travers des yeux de ce petit garçon simple, effrayé par la jungle agressive du monde extérieur, nous sommes confrontés à la cruauté de nos jugements et de nos attitudes de gens raisonnables.

On passera sur les frasques de Herman Vermin, second rôle trop bavard, dont seule la rencontre avec un Dieu irascible est véritablement drôle et intéressante. Marc Hempel se montrera beaucoup plus adroit dans la maîtrise de ce genre de dialogue dans Tug & Buster. Ce que l’on retiendra plutôt, c’est le regard sans pitié sur nos relations humaines, cette peinture au vitriol de nos propres incommunications, et notre rejet — avec toute la violence qu’il comporte — de ce qui n’entre pas dans la norme ; préoccupations qui éclatent dans le quatrième volume, et que l’on retrouvera sous d’autres formes dans Tug & Buster.

Marc Hempel est terrifiant. Avec Gregory, il campe un personnage attachant, heureux dans son petit univers sordide. Et après avoir lu, après avoir ri, on ne peut s’empêcher de souhaiter un meilleur sort à ce petit garçon prisonnier à jamais de ce qu’il est. C’est drôle, mais c’est horrible. Et c’est horrible que ce soit drôle.

[XaV|signature]

Gregory est un petit garçon avec une camisole de force qui vit dans un asile dans une petite pièce carrée aux murs bétonnés. Son vocabulaire se résume à des « uh » ; « gub » ; « bim » et il passe son temps soit assis dans un coin, soit à courir en rond jusqu’a être essoufflé.

Les autres principaux personnages sont Herman Vermin, un rat bavard qui meurt aussi souvent qu’il se réincarne et Wendell, un rat blanc dont l’unique obsession et sujet de conversation est le fromage ; Il y a également l’infirmier qui s’occupe de Gregory, les éducateurs mais aussi des personnages plus singuliers : les murs, la camisole ou la porte qui ont de surprenantes conversations.

Gregory est le comic le plus libre de Hempel, celui dans lequel il a le plus expérimenté depuis les épisodes en vision subjective d’un des personnages (dont le fameux en Gregory-vision) à l’épisode où les dialogues sont ceux de deux lecteurs du comic. Le personnage est rapidement attachant, il est peut-être fou, mais il est heureux comme il est. Hempel excelle a faire surgir l’émotion, que ce soient les petites joies ou les grandes frayeurs.

Cette petite série est aussi drôle qu’elle est riche que ce soit en terme de psychologie ou de nature humaine. La cellule et la camisole pouvant prendre un tout autre sens : Gregory est le petit enfant à l’intérieur de nous effrayé par l’extérieur et à la merci de ses peurs.

Le seul point noir de ce merveilleux comic est le personnage de Herman Vermin, bavard, trop bavard … L’équilibre ne se fait pas toujours entre des histoires quasi muettes autour de Gregory et d’autres plus bavardes autour de Herman mais comme l’ensemble reste unique …

[Gregg|signature]

Notes

  1. Réédités depuis en deux Gregory Treasury.
Chroniqué par en juin 1998