Jane, le renard & moi

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«Attendre l’autobus sur la rue Sherbrooke aujourd’hui, c’est comme attendre la mort. Ou en tout cas, j’imagine. Anne-Julie ne prend plus l’autobus avec moi, ni Sarah, ni Chloé. Je prends l’autobus seule depuis un bon bout déjà. Bien avant Hélène pèse cent seize. Et juste après Ne parlez pas à Hélène, elle n’a plus d’amies

Jane, le renard & moi, d’Isabelle Arsenault et de Fanny Britt exprime de manière personnelle et originale une histoire d’intimidation du point de vue d’Hélène, la narratrice. Le sujet est largement couvert à la fois dans les médias et dans la littérature jeunesse et un ouvrage juste «correct» m’aurait irritée par son opportunisme. Ce que j’y ai aimé, c’est que l’on voit la violence des insultes de l’intérieur. Qu’on on s’attarde à la signification intime de l’intimidation : «remplir de gêne, rendre timide». La précision et la sensibilité avec laquelle on raconte la situation y sont tout à fait singulières.

Les illustrations au crayon à la mine servent le thème en montrant un contraste fort entre le quotidien d’Hélène et sa fuite dans le roman de Brontë.  L’univers du roman étant représenté de manière éclatante avec des aplats d’orange, de rose et de brun, on y ressent d’autant plus la lourdeur du quotidien tracé au crayon dans les tons de gris.

À cause de son isolement, Hélène amplifie les événements. Il y a alors incursion du fantastique dans la réalité. Les insultes affectent l’image qu’Hélène se fait d’elle-même : elle se transforme en saucisse (p.46-47) et même en bombe atomique (p.71) lorsque les moqueries la dévastent. Elle intègre aussi le discours négatif des autres : des graffitis offensants conservent leur graphie jusque dans ses récitatifs (p.15).

L’événement qui fera tout basculer sera la rencontre avec un renard lors du camp d’immersion. «Il a le regard tellement doux que j’explose presque.» «Le même regard dans l’œil d’un humain : je lui offre mon âme garanti.» Son effet est immédiat dans l’image : le gris du quotidien est contaminé par un orange lumineux.

La fin est un peu rapide, mais on comprend que la nouvelle amie d’Hélène, Géraldine, lui apporte une complicité qui lui donne confiance en elle. Et que son imagination de «plante grimpante» lui servira à devenir écrivaine, plutôt qu’à cultiver son malheur.

Site officiel de La Pastèque
Chroniqué par en mai 2013
  • Jacques Boulerice

    Non seulement la chronique donne le goût de lire le récit, mais aussi le plaisir de relire les propos de Stéphanie Lamothe. C’est limpide et fort sensible.
    JB

  • Daniel

    Une lecture un peu rapide mais un ton tellement juste. Une belle façon de raconter la violence de l’enfance.