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Les cahiers Japonais

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Un regard émoussé n’y verra certainement que l’énième livre de neuvième chose sur le pays du soleil levant, le nouvel avatar d’un japonisme récurrent depuis 150 ans, s’égayant sur les terres plus contemporaines des cultures populaires.
Faisant preuve de plus d’attention, d’autres yeux comprendront que « cahiers » ne veut pas dire carnets, qu’il n’y aura eu rien à remplir de là-bas, mais bien au contraire seulement l’essentiel à y rassembler. Il ne s’agira donc pas ici d’un de ces livres de voyage trop nombreux, additionnant croquis ou esquisses pétris d’esbroufes auto-complaisantes de faiseurs dignes de la place du Tertre, et ne différant en rien de poses touristiques devant un monument ou un paysage.

Le voyage ici est avant tout à rebours. Le dessin n’y est pas la trace signant l’insignifiance littérale d’un moment géographiquement déplacé pour quelques jours, mais bien l’acte expressif attentif et précis revenant sur l’expérience et l’apprentissage permanent d’une vie, dans un contexte culturel d’une altérité fondamentale. II y a 25 ans, Igort venait au Japon pour y travailler, invité par l’éditeur Kôdansha. Une collaboration qui durera onze années.

Si Les cahiers japonais mesurent le temps passé à celui d’un homme, ils font aussi l’ébauche d’une histoire, où l’on comprendrait une rencontre de deux bandes dessinées, avec son corollaire de traditions, spécificités éditoriales, narratives, etc. Igort portraiture autant lui-même qu’une génération à la rencontre d’une culture, motivée par des lectures, des films, des arts picturaux et les échos de l’Histoire. Un arrière-fond culturel qui, en allant à la source, s’affine, se précise et s’agrandit dans une ère encore hors du réseau des réseaux, de son abolition des distances.

Peut-être ce goût d’alors pour le Japon qui deviendra si important par la suite et fera de ce pays le deuxième « soft power  » , sera analysé dans cette période d’ébauche par de futurs historiens et dans le cas particulier de la neuvième chose, comme une quête vers une de ses dernières sources inédites en occident, préservée avant tout par la distance provoquée par ces signes en traduisant les voix qui l’anime ? Ce pays de l’autre bout du monde aura été comme l’image rassurante ou trompeuse d’une altérité qui demeurait féconde dans une conjugaison au futur de la modernité, alors que le même généralisé du « globalisme » marchand commençait à s’imposer, en limitant cette dernière à un simple précédent exploitable.

Site officiel de Igort
Chroniqué par en novembre 2015

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