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L’homme du Ciguri

de

Notes de (re)lecture

Le Major sort de la case

Le dessin de couverture de L’homme du Ciguri est impressionnant. On y voit le Major Grubert, tracé dans un style réaliste impeccable, sortir d’un cadre, d’une sorte de fenêtre ouverte dans un mur indéfini. Comment ne pas y voir le cadre d’une case de bande dessinée ? Cette couverture nous montre donc le personnage principal s’extraire de sa case. C’est l’annonce possible de l’intention de l’auteur de «faire exploser les limites traditionnelles du récit» (comme diraient les ineffables Georges et Louis de Daniel Goossens), tout en s’inscrivant dans un graphisme d’une facture très classique

Narration divergente

Cette sortie du cadre s’affiche en couverture comme un avertissement au lecteur : Attention, cette émancipation est aussi une prise de risque, pour le lecteur, pour l’auteur, et pour ses personnages… tous vont se perdre dans des espaces aux trop nombreuses dimensions.
Les personnages s’égarent, tentent de communiquer, mais ils s’éloignent les uns des autres : Damalvina, Grubert, Sper Gossi et Batmagoo ont beau être les personnages d’un même récit, ils ne figurent JAMAIS ensemble dans la même case.
L’expérience de lecture est celle d’une narration éclatée, distendue. Les événements divergent, des pistes de compréhension s’évanouissent, les fragments d’histoire se juxtaposent sans jamais constituer d’image d’ensemble…
Quant à l’auteur…

Cohérence des fragments – décohésion de l’ensemble

L’unité de l’ensemble est toutefois assurée par la constante qualité graphique des images produites par Mœbius. Les cases restent facilement lisibles, tant dans la limpidité de leur dessin que dans le relatif classicisme de leur composition. Les perspectives sont régulières, les bulles sont nettes et agencées sans ambiguïté quant au sens de lecture, les cadres sont droits… On trouve même des séquences de plusieurs cases dont le découpage est très classique.
Finalement, Mœbius respecte très académiquement les codes d’écriture de la bande dessinée, en y ajoutant son exceptionnelle puissance graphique… pour mieux défier, avec un systématisme remarquable, les canons de la narration (vraisemblance, continuité, équilibre..)
L’homme du Ciguri est donc constitué de cases et de séquences construites de façon très orthodoxe, mais agencées ensemble de façon déroutante, à l’image d’une planète explosant en fragments dérivants, conservant chacun sa cohérence propre, mais s’éloignant inéluctablement les uns des autres.

Site officiel de Mœbius
Chroniqué par en juin 2013

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