Mambo

de

Parler d’une des dernières danses à deux pour s’imaginer une vie à deux. Une danse à l’exotisme kitsch des années 50, déjà perçue comme telle dans des années 80 fans des fifties et aujourd’hui elles-mêmes kitsch.
Regarder l’avenir dans le retro, y avancer à reculons (on n’est plus pressé maintenant) dans le baroque d’un monde à deux générations de distances. Double foyer de vue pour un foyer en vue que ne partage qu’un tigre apprivoisé. Petula Peet est célibataire, son gros animal de compagnie est domestique. Elle se débrouille mais espère aussi «l’animâle», le «man» beau, lui laissant le «n» pour un aime, un «m» qui se danserait alors à deux. Mais le problème est cette fumeuse malédiction familiale, et le risque de métamorphose en gros tubercule farineux pour la belle pétulante.

Trop d’imagination ? Plus certainement trop d’imaginaires au point qu’ils informent ce monde, au point qu’ils fassent systèmes. Résultat : non pas un joyeux bordel, mais un joyeux mélo[1] où trop de personnages dans l’apparence (uniforme de soi) vont devoir se découvrir, pour ne pas dire renaître. L’exubérance, le burlesque ou l’excentricité seraient l’avers d’inhibitions apparentes et surtout trop apparentes. Bien évidement tout cela ne se dit pas, tout cela se vit et fait un rôle. Se faire limer les dents, quitter le costume, se sur-costumer pour sur-jouer la comédie du travail deviennent alors logiques, deviennent alors solutions. Déclarer sa flamme par un film aussi, puisque les mots n’ont pas d’apparences.

«Il faut le croire pour le voir» motive ce monde, qui à trop croire en a trop vu au point de ne plus se voir. Illusionnistes illusionnés, il y a pour eux heureusement le hasard des vies qui se croisent, l’inconscient de chacun et la nature qui submerge, qu’elle soit un beau jardin, un petit chat qui deviendra aussi gros qu’un tigre par l’amour qu’il fait naître ou bien une vache vêlant avec l’aide d’un homme et d’une femme. La vie s’affirme, elle se danse en miroir, danseurs face à face dans un morceau musical.

Claire Braud aime beaucoup la musique si on en juge par sa bibliographie. Mais ici point de biographie d’un genre musical ou d’une danse. Images et histoire font le mouvement, la musique est autre, est celle de l’auteure dans de belles allures,[2] qui avivent notre époque d’apparences. Un Mambo, une danse à quatre temps pour dire ce qui motive vraiment, ce qui fait moteur, et se jouer de la pesanteur pour lui donner un sens en tout sens.

Notes

  1. Mélo comédie.
  2. Seventies, semblant «parfois issues du meilleur de l’ancien Charlie-Mensuel» comme le dit l’éditeur.
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Chroniqué par en février 2011

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