Smart Monkey

de

Œuvre muette et animalière, Smart Monkey égrenne les mésaventures d’un petit singe pas vraiment adapté à la survie dans la jungle impitoyable — pas assez de muscle et trop de cervelle pour son bien. Bien sûr, qui dit muet et animalier évoque immédiatement le Gon de Tanaka Masashi, et il vrai que l’on retrouve ici quelques similitudes, quelques échos des aventures du petit tyrannosaure affamé et facétieux.

Mais la comparaison s’arrête au principe et à quelques scènes — là où Tanaka dépeint, de son trait précis et naturaliste, un univers finalement relativement dépourvu de violence, Winshluss y va de sa noirceur et aligne, d’une patte expressive et nerveuse, toute une galerie de créatures dentues, griffues et sans pitié. Gon était un prédateur en chasse, le Smart Monkey n’en peut plus de fuir.

D’autres réminiscences surgissent à la lecture — comme les échecs successifs du tigre malchanceux, qui évoquent un autre tigre, aperçu dans les pages du Nid des Marsupilamis de Franquin. Par ailleurs, le chapitre «parlant» qui clôt (d’une pirouette) ce récit n’est pas sans rappeler, dans le ton précieux et l’hypocrisie de certains personnages, les tribulations du Blotch de Blutch. Jusqu’à la couverture, qui se veut un peu vieillotte, et que l’on serait tenté de rapprocher d’une illustration de Benjamin Rabier.

Avec toutes ces références, l’ensemble constitue néanmoins un ouvrage intéressant, au rythme soutenu et à l’humour souvent grinçant. C’est léger, parfois sombre, souvent drôle … le voyage n’est peut-être pas inoubliable, mais l’on se laisse volontiers emporter.

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Chroniqué par en juin 2004