Valentin

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Où il ne s’agirait pas de trouver son chat comme chacun mais bien plutôt du problème d’en avoir trouvé un sur un arbre perché et judicieusement prénommé Valentin qui plus est.[1]

Oui, Stéphanie avait bien aperçu le matou qui lui avait même d’un regard apporté le rouge aux joues, mais c’est le destin qui lui met entre ses mains l’animal en même temps qu’elle se cherche un dessein au sein d’un couple quelque peu en panne.
Puis tout va s’enchaîner comme on dit dans certaines chroniques de faits divers, le chaud, doux et ronronnant mammifère (carnivore), va s’imposer avec ces arguments qui manquent justement à l’autre animal domestique : l’homme, ici spécimen allergique au poil de la mignonne petite bête par-dessus le marché.
Miaulements contre éternuements résumeraient l’argumentation qui suit entre un couple qui ne se comprend plus, l’un tout à son travail comme un fuyard niant ce que la vie à deux impliquerait in fine, l’autre dans un désir d’enfant refoulé la poussant à une sur-attention domestique presque outrancière, maternant inconsciemment celui qui n’est plus un «bébé»[2] mais n’ose s’imaginer possiblement un père.
«Cat-alyseur» pour reprendre les jeux de mots qui font flores auprès des amateurs bilingues de félins domestiqués, car ce chat arrive comme tel et fait se dissoudre bien des liens qui semblaient pour la vie. Mais tout n’est pas simple heureusement et le si «cute» Valentin va se révéler avoir une vie double, voire triple, aussi étonnante qu’insoupçonnable.

Au tout départ scénario d’un film qui n’a jamais vu le jour du cinéaste et humoriste Yves Pelletier, l’histoire de Valentin bénéficie d’une construction cinématographique rodée qui se ressent mais ne pèse à aucun moment, en grande partie grâce à la rythmique et la légèreté du dessin de Pascal Girard. Des cases sans cadres dans des halos de couleurs aquarellées se succèdent comme donnant corps aux errements des protagonistes, tout aux limites de leurs champs perceptifs devenus trop confortables, apparaissant se limiter dans l’habitude et ne se partageant plus que dans le conventionnel, jamais dans la complémentarité et la découverte renouvelée plus ou moins consciente que cela supposerait.
Ce chat qui met en lumière — dans une autre forme de halo lumineux — par sa présence quasi (ou faussement) innocente, surexpose des personnages n’osant plus se projeter et se retrouvant soudainement aveuglés par ce surcroit lumineux, avant qu’ils ne s’habituent à ces nouvelles clartés et puissent enfin se retrouver.

Ajoutons pour finir que le rythme de la langue et de situations vernaculaires fait que cet album fait davantage ressortir manières, clichés, et peut-être recettes qui marquent un peu trop certaines productions de ce côté-ci de l’Atlantique. Valentin s’affirme par là, à la fois comme une excellente comédie sentimentale, mais aussi comme un parangon d’une école québécoise se montrant profondément originale, et dessillante à bien des égards.[3]

Notes

  1. Patron des amoureux si ceux-ci sont en plus ou moins grande entreprise.
  2. Mais qu’elle appelle comme tel.
  3. Notons aussi que, comme Harvey chez le même éditeur, Valentin témoigne de l’intervention réussie au scénario d’une personne extérieure (du moins à ma connaissance) au monde de la bande dessinée.
Site officiel de Yves Pelletier
Site officiel de La Pastèque
Chroniqué par en mai 2011

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