White Sonya

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Seconde collaboration de Charyn et Loustal après Les Frères Adamov (Casterman, 1991), White Sonya est un polar glauque assez décevant. Le style de Loustal a changé depuis quelques années, et sur ce plan White Sonya traduit une évolution annoncée dans Kid Congo, et très exactement figurée par le changement de « patte » du dessinateur entre les trois volumes de ses Carnets de Voyage (dont le dernier, 1998-1999, vient de sortir au Seuil).
Le trait de Loustal s’épaissit, la finesse de ses compositions d’ensemble s’estompe au profit de gros plans et de plans américains plus fréquents et moins minutieux. La rigueur de ses cadrages faiblit, de nombreux effets tombent à plat, comme si Loustal avait voulu reconquérir en vain une naïveté graphique qui vire au procédé (proportions approximatives, couleurs hâtivement plaquées, géométrisation bizarre des volumes et des formes).

De plus, Loustal choisit de rompre avec deux choix techniques qui faisaient le coeur même de la réussite des Frères Adamov : d’une part, il n’y a presque plus de récitatif dans White Sonya, alors que les textes en voix off accompagnaient constamment les épisodes muets des Frères Adamov, imposant au récit une certaine lenteur, obligeant l’oeil à traîner un peu sur les images. Sans ce recours au texte, les nombreuses séquences muettes de White Sonya tombent à plat, lisses, incapables d’arrêter l’oeil.
D’autre part, contrairement à son habitude, Loustal use énormément de cases verticales : de petits rectangles qui découpent les bandes en unités anecdotiques et saccadées, figeant le mouvement et saisissant toutes les étapes du scénario dans de minuscules illustrations.
Cette tendance de White Sonya m’a semblé, à la relecture, être à l’origine du malaise : Loustal illustre une histoire de Charyn sans s’y plonger, sans l’accompagner, sans paraître l’aimer ni la défendre.

A l’arrivée, on referme le livre sans avoir pu vraiment s’intéresser à cette jeune femme qui traverse en coup de vent la pègre new-yorkaise entre deux séjours en prison. C’est dommage, et c’est aussi un des dangers qui bordent constamment la bande dessinée : par excès de travail du dessin, perdre la narration et plaquer assez gratuitement des vignettes mortes sur une histoire déshéritée.

Site officiel de Jerome Charyn
Site officiel de Casterman
Chroniqué par en mars 2000

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