#TourDeMarché (5e saison)

de

(note : cette rubrique reproduit sous forme d’article à fin d’archivage des fils thématiques publiés au départ sur les rézosociaux)  

Quoi, déjà vendredi ! ? Voilà donc un nouveau #TourDeMarché, qui va se pencher, cette semaine, sur la question de la production. C’est parti !
Le 27 février dernier, Livres-Hebdo publiait « Le bilan 2025 de la production de livres, secteur par secteur« , accompagné d’un imposant dossier chiffré. Miam. Le chapô indique : « La production de titres reprend la décrue que les éditeurs appellent de leurs vœux depuis des années mais qui ne s’était pas produite en 2024 (+2,1 %). Une consolidation qui traduit des mutations sectorielles. » Quelques lignes plus loin, on découvre la source de ces données, à savoir Electre Data Services — ce qui n’est pas très surprenant. en effet, comme on peut le lire sur cette page de présentation« La société Electre, filiale du Cercle de la Librairie est composée de trois pôles complémentaires : Electre Data Services, Livres Hebdo et les Editions du Cercle de la Librairie. » Quelle coïncidence ! Et de préciser : « Electre Data Services conçoit, développe et propose un bouquet de services autour de la base de données bibliographiques des professionnels du livre. » Sauf erreur, c’est également cette « base de données bibliographiques des professionnels du livre » qui est utilisée par GfK (ou NielsenIQ Bookdata, comme il faut l’appeler désormais) comme point de départ pour ses panels.

Ainsi, pour cette année 2025, Electre recense près de 64 000 nouveaux titres pour la production éditoriale française. Oui, c’est énorme et vertigineux à la fois. On retrouve ce décompte (made in Electre Data Services, donc) dans les Chiffres-Clés du Secteur du Livre publiés par le Ministère de la Culture, dont je reprends ici le graphique :

… où l’on constate que depuis 2007, on se situe au-dessus de 60 000 « nouveautés et nouvelles éditions » chaque année. Fin 2024, on recensait 887 882 livres imprimés disponibles et 401 588 au format numérique.
Alors que l’on souligne un contexte (bienvenu ?) de décrue, Livres-Hebdo évoque des « îlots de résistance » dans lesquels on retrouve le 9e art — mais à la Japonaise. En effet, « Le manga est en légère progression de +0,7 % à 3486 titres, poursuivant sa montée en puissance entamée en 2021 (2288 titres). La croissance ralentit cependant considérablement après les hausses spectaculaires de 2023 (+17 %) et 2024 (+10 %). » A l’inverse, « La production de bande dessinée franco-belge fléchit également avec un recul limité à -3,1 % (3646 titres), après avoir stagné en 2024. » Ce qui fait au total 7132 titres pour la bande dessinée dans son ensemble en 2025, contre 7226 en 2024 (-1,3 %).

Arrêtons-nous ici un instant, sur ce recul constaté qui correspond à 94 titres en moins sur une année, ce qui est finalement assez peu, d’autant plus sur un indicateur (la production) très particulier. En effet, les ventes sont, dans une certaine mesure, un indicateur de la santé du secteur — reflétant l’intensité de la demande, moyennant l’offre disponible et le contexte économique. A l’inverse, la production est un indicateur plus complexe à aborder, car résultant des actions simultanées (et diverses) d’un ensemble d’acteurs en nombre réduit, opérant selon des échelles et des modèles économiques parfois radicalement différents. Ou, pour expliciter cette phrase avec plein de termes compliqués : selon cet indicateur, Albert-René est un micro-éditeur qui publie à peine un ou deux bouquins par an (dont, en 2025, un truc qui s’appelle Astérix en Lusitanie, vous en avez peut-être entendu parler).

Sinon, je tique en lisant « bande dessinée franco-belge » pour désigner l’ensemble de tout ce qui n’est pas manga, et qui intègre nombre de traductions et d’ouvrage au format se détachant du classique 48CC. On peut d’ailleurs s’interroger sur le choix d’une segmentation aussi binaire, alors que GfK (NielsenIQ BookData, pardon) considère quatre segments (BD DE GENRES / BD JEUNESSE / COMICS / MANGAS), sans compter les sous-segments. Il serait intéressant de savoir à quel moment le manga a émergé comme un secteur à considérer à part, et de savoir quels ont été les critères qui ont présidé à ce traitement de faveur — éditoriaux ou économiques. Je l’ai évoqué plusieurs fois ici, la spécificité du manga réside en ce qu’il repose sur un rythme de publication trimestriel qui se démarque du rythme franco-belge annuel habituel (pour aller vite). Différencier ces deux productions me semble donc plutôt pertinent. (l’article de Livres Hebdo précise en note de fin que la présentation des données « est fondée sur la classification Dewey », c’est peut-être là que se trouve l’explication de cette segmentation)

Pour revenir à la production de bande dessinée, voici l’évolution des deux segments vus par Electre (« Bandes dessinées » et « Bandes dessinées, Mangas ») sur la période 2021-2025, où l’on observe la montée en puissance de l’offre en provenance du Japon.

Cependant, il faut relativiser cette progression, qui n’est pas le meilleur indicateur pour mesurer l’investissement réel des éditeurs sur le segment, segment qui, on le sait, se contracte depuis trois ans après avoir connu une croissance remarquable. Un meilleur indicateur serait le nombre de nouvelles séries lancées sur le marché français, plutôt qu’un chiffre de production global englobant les sorties périodiques de séries déjà établies.

Dossier de en mars 2026

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