« Dedans le livre » : entretien avec Arbitraire

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Presque par définition, l'arbitraire perturbe et introduit du hasard, du chaos, mais aussi une certaine liberté dans ce qu'il touche. Entre éditeur sauvage et professionnel, entre le fanzine photocopié et le dos carré-collé, Arbitraire assume une identité protéiforme, qui permet justement au collectif lyonnais de faire coexister différentes manières de faire et de voir. Sans imposer une ligne unique, et tout en modestie, Arbitraire travaille cependant à une politique éditoriale en actes qui tient autant de son organisation que des livres publiés et du temps donné à ceux-ci pour exister.

Juliette Salique et Renaud Thomas reviennent sur les débuts d’Arbitraire, sur les dynamiques collectives d’organisation, les moyens disponibles à la micro-édition et ses réseaux. Le premier numéro du ‘zine Arbitraire sortait en 2005, alors que paraissait le Plates-Bandes de Jean-Christophe Menu. Treize ans plus tard, la trajectoire d’Arbitraire témoigne de la pérennité d’une bande dessinée alternative qui s’est adaptée à la redistribution des cartes et a réinvesti de nouveaux territoires.

Benoît Crucifix : Je voulais commencer par revenir sur les origines d’Arbitraire. Qu’est-ce qui vous a rassemblés à la base ? Comment s’est constitué le collectif ?

Renaud Thomas : Ce qui nous a réunis, c’est de se retrouver tous dans une école de dessin formant notamment à l’illustration, à la bande dessinée et au dessin animé[1]. Les deux premières années sont très académiques, du dessin d’observation hyper technique, du modèle vivant, etc… On était quelques-uns à avoir surtout soif de bande dessinée, et même si on avait un cours dédié chaque semaine, c’était vraiment les bases, très classiques. On avait envie d’essayer plein de choses tout de suite, donc on se réunissait le soir après les cours pour faire de la bande dessinée collective, intuitive. Il y avait un côté un peu rigolard aussi, on buvait des coups, on discutait de plein de choses et on utilisait la bande dessinée comme super vecteur de blagues post-ado.

Benoît Crucifix : Sans véritablement avoir un projet concret.

Renaud Thomas : Oui, voilà. Et en même temps avec ce groupe, on avait des centres d’intérêt qui se tournaient plutôt vers la bande dessinée dite indépendante, alternative. On découvrait tout juste ça, on avait 18-19 ans et on était parmi les rares de cette école, ou en tout cas de notre promo, à être intéressés par ça. Il y avait beaucoup de gens qui venaient pour faire du dessin animé ou du jeu vidéo, ou de la bande dessinée plus classique.
Je me souviens avoir discuté la première fois avec la plupart des gens qui ont formé le collectif parce que je les ai entendus parler de choses qui m’intéressaient, de Winsor McCay à Joe Matt en passant par les Clash.

Benoît Crucifix : Du coup, ça s’est constitué assez spontanément.

Renaud Thomas : Oui, la constitution du groupe avec qui on faisait ces bandes dessinées collectives a été spontanée. Et puis un jour, vers la fin de la première année d’étude, Geraud a lancé « allez les gars, si on faisait un fanzine ? ». On avait donc tout l’été, chacun devait faire des planches, pour le coup chacun de son côté et en théorie moins à l’arrache. On a lancé quelques invitations à participer dans la classe, avec comme seule consigne de réaliser ses propres envies de bande dessinée sur un format A4, et puis on a rassemblé tout ça à la rentrée suivante sous le titre d’Arbitraire 1.

Benoît Crucifix : Et c’était en quelle année alors ?

Renaud Thomas : Il est sorti en octobre 2005. Juste avant, il y a eu cette histoire marrante : on rentrait ensemble après l’école en prenant le métro, et devant nous un mec en costard s’est mis à courir pour attraper son métro. J’ai vu un truc qui tombait de sa poche, il a réussi à sauter dans la rame mais il nous a laissé un doux billet de 20 euros. On l’a immédiatement utilisé pour imprimer les premiers exemplaires d’Arbitraire 1. Au début on en a juste fait quelques-uns pour nous et puis on s’est rendu compte que tous nos potes voulaient en acheter, donc on en a retiré. Finalement, on a vendu une centaine d’exemplaires du premier numéro, principalement à des connaissances. Ça nous a donné envie de continuer.
Dès le début, moi ça m’a intéressé d’aller chez l’imprimeur, le reprographe, et tenter d’en sortir avec un truc. On n’y connaissait rien, c’était très sommaire, des feuilles A3 sur lesquelles on avait collé des photocopies de nos pages et puis on plaçait ça sur la vitre de la photocopieuse. C’était juste agrafé, on ne savait même pas qu’on pouvait massicoter la tranche à la fin. Nos seules références, c’était les fanzines de chroniques d’albums punk qu’on lisait au lycée. Je crois qu’on ignorait qu’il existait plein de ‘zines de bande dessinée aussi, ou alors on n’en avait juste jamais vu en vrai.

Benoît Crucifix : A quel moment est-ce que vous êtes passé du fanzine à la revue ?

Renaud Thomas : En fait, ça s’est fait assez progressivement. A chaque numéro on essayait de nouvelles choses autant dans le fond que dans la forme, et déjà les auteurs publiés étaient plus nombreux. Le collectif s’élargissait et il y avait aussi des contributeurs un peu aléatoires, souvent des gens qu’on connaissait qui faisaient quelque chose ponctuellement. Et dans la forme, à chaque numéro on amenait un petit truc nouveau… A partir du numéro 3, la couverture était en couleur, après on s’est rendu compte qu’on pouvait couper la tranche pour que ça soit plus agréable à feuilleter. Au numéro 5, on a fait une couverture en sérigraphie parce que Vincent Pianina et moi, on a fait un stage au Dernier Cri dans le cadre de nos études. Après, on s’est mis à faire un dos carré-collé parce qu’on a reçu l’aide matérielle et les conseils de Terre Noire, qui étaient aussi à Lyon. Donc le passage du fanzine à la revue, si on arrivait à s’entendre sur ce que ça veut dire, il a été hyper dilué, au fur et à mesure des numéros.

Benoît Crucifix : Ça s’est un peu fait tout seul, mais il y avait quand même une volonté de sortir du fanzine photocopié ? Et en même temps vous en faites toujours.

Renaud Thomas : C’est pas que ça nous plaisait pas, mais il y avait une envie d’aller plus loin. Et puis quand tu es étudiant, tu as envie de développer tes capacités, essayer des choses.

Juliette Salique : Et puis une fois que tu sais faire une couverture en sérigraphie quatre passages pour un bouquin de cent exemplaires, tu te dis : maintenant je vais peut-être refaire du fanzine photocopié et piqué.

Renaud Thomas : Oui c’est ça, tu élargis le panel des potentialités. Et après tu pioches dedans selon ce que tu veux faire. Mais l’idée c’était pas de fuir à tout prix ce truc du petit fanzine photocopié.

Benoît Crucifix : Ça se ressent toujours dans votre catalogue, où il y a toujours beaucoup de ‘zines, de brochures ; et pas que des livres à dos carré. Ça fait un peu partie de l’identité de la maison.

Juliette Salique : Moi, ce que j’aime bien aussi là-dedans, c’est que ça permet de faire des livres pas chers. Du coup, ça compte. Je suis contente qu’ils se remettent tous un peu à faire des ‘zines et à les vendre en direct ou via Arbitraire sur les salons. Je sais pas quand on a eu cette idée de « ah mais en fait ils pourraient faire des fanzines et les mettre sur le site, et ce seraient eux qui géreraient en direct ». Finalement, le site centralise les infos, mais quand il y a quelqu’un qui achète les ‘zines d’Antoine [Marchalot], c’est pas sur le PayPal d’Arbitraire, c’est pas nous qui envoyons, c’est l’auteur qui s’en charge. Ça c’est assez pratique.

Renaud Thomas : En fait, c’est Pierre Ferrero qui a récemment sorti sa série de trois mini-zines réalisés à la suite d’ateliers qu’on a fait ensemble avec des jeunes. Puis Antoine Marchalot a suivi et c’est comme ça qu’ils se sont dit que ça valait le coup de mettre ça en avant sur le site internet, à part. C’est une sorte de collection dédiée aux ‘zines détachés des contraintes de la diffusion/distribution, avec un système proche de ce qu’on pratiquait au début.

Juliette Salique : Oui et puis c’est pas juste de la prépublication… y a des trucs qui vont rester juste du fanzine. Je trouve ça assez intéressant de leur part… C’est tellement rare de trouver des petits ‘zines, huit pages, qui existent juste comme ça pour être un ‘zine, c’est une démarche de plus en plus rare en ce qui concerne la bande dessinée. Et ça, c’est vrai que c’est quelque chose qui manque un peu, actuellement.

Benoît Crucifix : Et ce sont deux types de livre qui co-existent, présentés sur la même table.

Juliette Salique : Et avec la même légitimité. J’aime bien l’idée de présenter de la même manière un dos cousu carré-collé en couleur et un ‘zine de seize pages en noir et blanc qui coûte 3€.

Benoît Crucifix : D’autant plus que la scène du ‘zine a tendance à évoluer vers le beau livre, avec des brochures à 30€ …

Juliette Salique : Ça fait partie de nos petits agacements, en effet.

Benoît Crucifix : Une autre question que je voulais vous poser sur cet aspect c’est la place de votre formation en école d’art dans ce rapport au ‘zine ou au livre. Est-ce qu’on vous encourageait dans cette direction ? Est-ce qu’on vous donnait accès à du matériel d’impression et est-ce qu’on vous formait à certaines techniques ? Ou alors ça ne faisait pas du tout partie du curriculum…

Renaud Thomas : Non pas du tout, il n’y avait rien de tout ça dans cette école. Le seul truc qui pourrait s’en rapprocher c’était la journée d’initiation à la gravure (rire). Moi, c’est ce qui m’a motivé à m’intéresser aux techniques d’impression et à l’édition, c’est que je pouvais apprendre ça tout seul. Au final, les domaines qui me bottent le plus, et pour lesquels je passe le plus de temps, l’impression et l’édition, c’est pas directement le fruit de quatre années d’étude, c’est ce qu’on a fait en parallèle.
Après, c’est vrai que le truc de faire des beaux livres, c’est quelque chose qui m’intéresse parce que j’ai encore envie de continuer à élargir mon champ des possibles et que je suis super attaché à la recherche du meilleur rapport fond / forme. Parfois, j’ai envie de me faire violence et de m’en foutre, de me concentrer uniquement sur le fond, mais j’ai encore un peu de mal.

Benoît Crucifix : Complètement, sur ce lien entre le fond et la forme, ça vaut autant pour le fanzine cheap que le beau livre ; mais que du coup, on trouve aujourd’hui dans la micro-édition pas mal de projets où justement les techniques d’impression semblent suffire en eux-mêmes, ce qui sonne un peu creux.

Juliette Salique : Nous, nos débuts d’énervements, c’était lors de festivals où la plupart du public venait nous dire, enfin, ils touchaient les livres, puis nous demandaient « Han, vous l’avez fait comment ? vous l’avez fait où ? Et ça c’est quoi, de la sérigraphie ? vous travaillez sur une automatique ? ». Ce qui m’agaçait c’était cette impression que le contenu importait peu, comme s’il y avait un emballage intéressant avec rien dedans. Après, faut pas que ça devienne un argument pour pas faire des beaux livres.

Renaud Thomas : C’est dans ce genre de cas que je me dis qu’il faut aussi faire des trucs cheap, comme ça les gens regardent juste le contenu.

Juliette Salique : Oui, comme ça, on apprend à tourner les pages, à regarder dedans le livre. Ce qui est important c’est qu’il y ait une coexistence, une variété… Et même sur le temps de travail, quand tu fais des livres qui ont vocation à se retrouver en librairie, la planification de tout, la fabrication te met dans des échelles de temps à six mois… C’est contraignant et mieux vaut varier les plaisirs. Enfin voilà, moi ce que je trouve intéressant c’est qu’il y ait tout qui coexiste, à la fois sur la même table et avec une considération équivalente.

Renaud Thomas : Oui je suis d’accord.

Juliette Salique : Pour revenir là-dessus, l’argument du cheap va aussi de pair avec le prix final du bouquin. Parce que bon, personne ne gagne d’argent, les auteurs sont mal payés, on va pas refaire le débat mais bref personne a de rond, et quand tu commences à faire des fanzines à 15 balles les douze pages, faut pas s’attendre à ce que les gens découvrent ton travail, parce que eux aussi, ils ont pas de sous, mais c’est pas pour ça qu’ils sont pas curieux. Donc c’est important de pouvoir présenter des choses qui ont des prix différents, des ‘zines à 3-4€ pour que les gens puissent accéder à des choses qu’ils connaissent pas. Je me rappelle avant quand j’allais en festival, je passais sur les tables, j’allais acheter deux ‘zines par table pour découvrir des trucs, des artistes que je connaissais pas, parce que c’était possible, malgré mon tout petit portefeuille. Mais moins les gens ont de sous, plus les livres sont chers, plus on va aller vers des trucs qu’on connaît déjà, parce que c’est moins risqué pour l’équilibre entre dépense et bonheur. Du coup, le fanzine c’est la dernière petite chose qui peut te permettre de rentrer chez toi et de te dire, « Oh c’est qui cet artiste ? Je le connaissais pas, je vais suivre son boulot ».

Benoît Crucifix : Du coup, ça permet d’offrir une mise en bouche et de rediriger les lecteurs vers d’autres ouvrages. Au-delà de votre attachement au ‘zine comme objet de publication, il me semble aussi qu’Arbitraire s’investit dans la republication de bandes dessinées d’abord parues en format éphémère, comme pour leur donner une seconde vie — avec par exemple le Parzan de Bertoyas et le Gris de Olivier Schrauwen, ou tous les mini-comics de Dan Rhett.

Renaud Thomas : Oui, c’est peut-être mon envie de rendre visible en librairie des choses qui sont plus souterraines. Pour avoir des ‘zines de Bertoyas, faut soit habiter à Lyon, soit être un gros fan et le harceler, je pense que c’est très compliqué.

Juliette Salique : Oui, ça va dans l’autre sens aussi l’accessibilité. La volonté de faire des bouquins à partir de petits ‘zines qui sont restés très confidentiels et ont fini leur bout de chemin sous leur forme première.

Benoît Crucifix : Et en même temps, en festival, vous mettez sur votre table les ‘zines de Bertoyas. Ce n’est pas le même projet que L’Association, qui a republié Bertoyas en livre broché, intégré à une collection éditoriale, etc. Avec le Parzan, y a un projet de livre qui reflète bien la pratique de l’auteur.

Juliette Salique : Oui, c’est aussi qu’on n’est pas très corporatiste. On a plutôt tendance à mettre en avant l’ensemble des bouquins de « nos » auteurs, quels que soient les éditeurs.

Renaud Thomas : Oui, c’est ça, c’est une volonté de défendre avec nos petits bras son travail et de l’aider. D’ailleurs, je l’aide aussi à monter et mettre en page ses Kobé depuis que Lucas Méthé est parti de Lyon.

Juliette Salique : C’est vrai, il arrive à l’atelier avec ses pages sous le bras, « Euh, Renaud tu peux m’aider », et il pose une bouteille de pastis sur la table, « Ça va comme ça ? ».

Renaud Thomas : Et puis en deux heures, il faut que je scanne tout et que je fasse la maquette. Souvent je suis à fond dans autre chose, mais en même temps j’ai vraiment envie de l’aider parce qu’il faut que son boulot soit visible. Et puis on se marre bien quand il est dans les parages !

Juliette Salique : Mais il y a vraiment un truc avec Arbitraire que j’ai pas trop trouvé dans les autres maisons d’édition que j’ai pu croiser, où tu vas présenter que les livres de ta maison d’édition, tu vas mettre en avant le nom de ta maison d’édition, et c’est ça qui va compter par rapport au public. Moi, j’ai été un peu élevée à la 6 pieds sous terre avec l’idée qu’on défend le travail des auteurs, donc on leur disait d’amener leurs autres livres, leurs gravures et leurs sérigraphies pour mettre sur la table, pour pouvoir se faire un peu de thunes en les vendant en direct, et pas présenter que les livres estampillés du nom de notre maison d’édition. Et c’est vrai qu’il y avait des auteurs qui étaient un peu étonnés qu’on fasse comme ça.

Benoît Crucifix : Dans cette même idée, je trouvais ça justement intéressant que vous travailliez avec des collections, mais que celles-ci n’aient pas de chartes graphiques fortes qui les différencient et que finalement chaque projet est un peu individuel.

Juliette Salique : C’est parce qu’on n’a jamais réussi à se mettre d’accord.

Renaud Thomas : C’est vrai c’est une question qu’on s’est pas mal posée, notamment Antoine [Marchalot] — enfin je veux pas parler à sa place — mais je pense qu’il trouvait assez important pour une maison d’édition d’avoir une identité graphique forte comme Cornélius ou Matière, plutôt que de fonctionner comme les Requins Marteaux par exemple, avec des maquettes qui partent dans toutes les directions.
De mon côté — après, c’est peut-être un peu égoïste de ma part — le fait de vouloir essayer plein de choses, d’avoir envie d’utiliser mes idées de forme pour accompagner le fond pour chaque ouvrage en lui donnant une direction différente, c’est finalement juste une façon de me faire plaisir. C’est là que je mets ma part de création, dans la fabrication du bouquin, et c’est peut-être ça qui me permet d’avoir envie de continuer à en faire. Peut-être que si c’était hyper cadré et qu’il y avait juste à exécuter pour les faire rentrer dans un cadre existant ce serait pénible pour moi.

Juliette Salique : Je suis sûr que ça serait un coup où en fait on choisirait un truc, et puis au bout de deux ouvrages on choisirait un autre truc.

Benoît Crucifix : Il faut dire aussi que vous publiez des œuvres qui sont très différentes en fonction de leur format et de leur apparence, et que si vous deviez chaque fois accorder ça à une charte, il y aurait une forme de mise à mal du projet original.

Juliette Salique : Au-delà de ça, ne serait-ce que pour le logo, on a jamais su se mettre d’accord, chacun a sa proposition et finalement ça n’aboutit pas, et quand ça revient les propositions sont à nouveau différentes. Voilà en fait, c’est juste pas possible et finalement je trouve ça très bien : on se rend compte que c’est un échec, qu’on peut pas établir quelque chose qui soit cohérent graphiquement et qu’au final c’est pas grave. Ça se réinvente à chaque fois. Après, on essaye juste qu’il y ait marqué « Arbitraire », mais c’est l’auteur qui le lettre et le place comme il veut.

Benoît Crucifix : Ça reflète les origines collectives et la dynamique horizontale de départ.

Renaud Thomas : Oui, au début, pour revenir un peu à l’historique, quand on a fait ce fanzine qui est plus ou moins devenu une revue au fur et à mesure des années, on a eu envie de produire des petits livres en parallèle. Il n’y avait que des formes et des approches différentes, et chacun y allait un peu à l’intuition. Le fonctionnement de la maison d’édition à ses débuts était simple : chacun devait gérer son livre de manière autonome (ce qui n’empêchait pas l’entraide). Et puis ensuite le collectif s’est réduit, suite à des divergences, on n’arrivait plus à être aussi nombreux et rester d’accord sur les décisions à prendre. On s’est donc recentrés sur la revue histoire de faire quelque chose de plus collectif et de plus cadré.

Benoît Crucifix : Ça, c’était toujours pendant les études ou…

Renaud Thomas : Ça, c’était quelques années après être sorti de l’école… Il y a toute de même une collection de petits livres qui est née à ce moment-là, un peu dans l’esprit « Pattes de mouche » mais en plus grand… Il y a eu cinq, six ouvrages différents. C’est ensuite le Codex Comique qui a été le premier ouvrage d’un auteur qui n’était pas dans le collectif. J’ai bossé sur ça avec mon frère et deux-trois personnes qui ont donné des coups de main.

Benoît Crucifix : Et c’est venu d’où, ce choix de publier le Codex Comique, d’aller chercher un auteur qui n’est non seulement pas dans le collectif, mais qui en plus écrit en anglais et n’est pas traduit en France ?

Renaud Thomas : Publier des gens extérieurs aux collectifs, on le faisait déjà dans la revue. Pour le Codex, j’étais d’abord tombé sur les fanzines de Dan [Rhett] dans une librairie à New York et je m’étais dit que ce serait bien de publier ces pages dans la revue, mais le format ne correspondait pas, donc on a commencé à échanger et finalement il a fait des pages exprès pour Arbitraire 10 et 11. En parallèle, on s’est dit que tous ces fanzines pouvaient faire un livre, et on a commencé à bosser là-dessus. En restant dans l’esprit du collectif qui voulait que celui qui a envie de faire un projet s’en occupe, et que les autres étaient là pour donner un coup de main si besoin.

Benoît Crucifix : C’était très horizontal finalement comme fonctionnement ?

Renaud Thomas : Dans la théorie, oui.

Juliette Salique : Moi je suis arrivée au moment où le Codex est sorti.

Renaud Thomas : Oui, Juliette a emménagé sur Lyon, on la connaissait par le biais de festivals, et de la résidence Pierre-Feuille-Ciseaux

Juliette Salique : On s’était rencontré grâce à June [Julien Misserey].

Renaud Thomas : Tout est grâce à June.

Juliette Salique : Du coup, ouais, il y avait un truc horizontal, mais c’était quand même déjà Renaud qui s’occupait principalement de pas mal de choses… Tout dépend des volontés, y en a qui veulent être auteurs, y en a qui veulent plus s’embarquer dans la fabrication des livres et participer à l’édition, mais voilà, ça botte pas tout le monde. Du coup, tu crées un petit monstre, et y a plein de monde, mais c’est toi qui t’en occupes, tu lui donnes à manger tout le temps, les autres sont pas assez là à ton goût, mais ils avaient pas demandé non plus, à la base, à être embarqués sur un truc si intense. C’est surtout une question d’intérêt et d’envie ; c’est sûr que c’est plus à cause de toi qu’Arbitraire existe tel quel.

Renaud Thomas : Au début non en fait, mais au niveau de la revue, c’est assez vite moi qui me suis mis à caler les dates et à donner les impulsions, gérer le plus gros de la technique et de l’administratif. Après, il y avait évidemment toujours des échanges. Par exemple, proposer des invités, tout le monde l’a fait à un moment ou à un autre.

Juliette Salique : Oui, sur l’horizontalité c’est surtout vis-à-vis de la place que tout le monde a le droit de prendre, quand il le veut.

Benoît Crucifix : D’accord, oui c’est une politique d’horizontalité, mais rien n’empêche que dans la pratique, ça ne soit pas complètement mis en application, ça n’invalide pas pour autant le fait que ça reste ouvert.

Juliette Salique : Moi en tout cas, ça me posait pas de problèmes.

Renaud Thomas : Oui, ça m’est très certainement arrivé de m’accaparer certaines tâches pour que ça soit fait de la manière que je voulais, et que ce soit bien fait dans les dates. Du coup, je pense que j’ai ma part de responsabilité dans le fait que certains aient l’impression que ça ne servait à rien de s’investir plus. Un petit cercle vicieux bien connu de tous les control freaks. C’est pas une bonne façon de garder une horizontalité.
Mais aussi, avant que Juliette arrive et qu’elle passe de la promo/communication au travail d’édition, j’avais pas l’impression de travailler avec une autre personne qui voulait être éditeur. Tout le monde était avant tout auteur et bossait un peu pour la maison d’édition en plus, parce qu’il fallait le faire et parce qu’on était dans cette dynamique-là.

Benoît Crucifix : Et à ton niveau, Renaud, c’est à quel moment que ce rapport d’implication s’est installé, où tu t’es vraiment senti éditeur plus qu’auteur peut-être ?

Renaud Thomas : Dans les dernières années à l’école je pense, et puis surtout après mon stage au Dernier Cri. Ça m’a beaucoup influencé, bien conforté dans cette voie-là. Ça m’a ouvert les portes de l’énergie de l’édition (rire). Je suis dans une période où j’ai envie de me remettre à dessiner plus régulièrement, mais je sais que je me ferai toujours plus plaisir en tant qu’éditeur qu’en tant qu’auteur.

Benoît Crucifix : Je voulais aussi un peu parler du changement induit par votre passage à la distribution.

Juliette Salique : Ah c’est terrible, on s’est vendus au grand capital, mais qu’est-ce que c’est chouette de pas avoir à faire les cartons, appeler les libraires, les relancer pour les impayés… La dernière tournée qu’on avait faite pour Arbitraire 12, on était montés tous les trois à Paris avec Pierre [Ferrero], on avait notre diable, on allait dans les librairies avec en métro, et on espérait qu’ils allaient nous en prendre dix, et ils ne nous prenaient qu’une poignée d’exemplaires. On avait eu une journée de la lose, et on avait notre sac plein et nos cartons et on avait posé quatre livres sur la journée. Tu comptes la SNCF ou l’autoroute (merci Vinci), la RATP, un resto, au final la part de 60 % sur le prix du livre qui revient au diffuseur-distributeur, tu les as bien payés à des entreprises privées, alors que maintenant, on peut rester chez nous en pantoufles. Et du coup, il y a une espèce de motivation redirigée sur du façonnage, sur la fabrication des bouquins, et on se fait plaisir. Moi l’administratif, ça va, je suis une grosse fan des tableaux Excel et tout ça, mais faut quand même pas pousser. Et puis on n’a pas les compétences, on n’est pas des commerciaux, on sait pas faire, on est nuls quoi. Et donc, moi perso, même en étant arrivée sur le tard, je trouve que ça a été la libération.

Benoît Crucifix : C’est chez Makassar que vous êtes passés ?

Juliette Salique : Oui, dans ce contexte de surproduction, c’est important pour nous d’avoir un peu de visibilité en librairie, et pas que dans les grandes villes… comment on décide qu’un public va rencontrer le livre. Mais on avait pas envie d’aller vers un truc qui nous dépasse. Et donc, on a rencontré un premier distributeur qui nous disait qu’il fallait qu’on sorte un livre tous les deux mois si on voulait être visibles en librairies, qu’il fallait pas faire des bouquins en dessous de 1500 exemplaires sinon ça allait pas. Et on se disait, par exemple pour Bertoyas, si ça intéresse déjà 600 personnes, c’est top. Ça ne nous intéresse pas de faire des livres juste pour qu’ils soient montrés en librairie et puis renvoyés direct au pilon pour devenir de la matière première recyclée. Mais voilà, on nous disait qu’il fallait que les libraires entendent parler de nous tout le temps et on n’avait vraiment pas envie de fonctionner comme ça. Au fur et à mesure des discussions qu’on a eues, on s’est rendus compte qu’il y avait certains trucs sur lesquels on voulait pas transiger : le nombre de parutions à l’année, par exemple, on voulait être libre de faire quinze livres ou d’en faire zéro, on voulait être libre du tirage, enfin c’était les deux trucs sur lesquels on a décidé qu’on ne ferait pas de compromis. Et Makassar nous a laissé ça.

Renaud Thomas : Ils ont aussi l’avantage de pratiquer un pourcentage fixe comprenant la diffusion et la distribution des exemplaires vendus. A l’inverse, certains vont prendre une marge à chaque étape. Bon, c’est un peu technique, mais par exemple si tu fais un placement à 1000 exemplaires et que t’en as 600 en retour, tu vas quand même payer le pourcentage pour la distribution des 1000, ce qui fait que tu peux être dans certains cas extrêmes à te retrouver en négatif et perdre de l’argent.
Quoiqu’il en soit, depuis qu’on travaille avec eux, on a un peu de gestion, de comptabilité à faire, produire des factures régulièrement et surtout présenter nos livres environ six mois à l’avance. C’est un cadre un peu rigide qui peut parfois peser un peu, mais il sera toujours moins contraignant que de tenter de gérer un dossier de bons de dépôts chez 60 libraires, et pour certains de leur courir après pendant des années pour être payé.

Juliette Salique : Et si on veut sortir un bouquin à 50 exemplaires et le proposer qu’en ferme aux libraires, le distributeur est ok.

Renaud Thomas : Oui, ils ont l’habitude de travailler avec des petits éditeurs, à notre échelle. C’est d’ailleurs le seul lien entre toutes les structures diffusées, parce que niveau catalogues par contre, c’est le grand écart…

Juliette Salique : En bande dessinée il y a ou il y a eu Vide Cocagne je crois, Les Rêveurs, Hécatombe, Drozophile… mais ils diffusent beaucoup d’éditions politiques, du manga de cul aussi.

Renaud Thomas : Le fond est diversifié, mais c’est adapté à la taille des éditeurs.

Benoît Crucifix : Et ça colle bien à votre approche, parce que ces dernières années finalement vous ne publiez pas beaucoup de livres, mais il y a un vrai travail de mise en valeur pour chaque ouvrage. Ça permet aussi au livre de rester plus longtemps en librairie.

Renaud Thomas : C’est grâce à Juliette, ça.

Juliette Salique : Oui, le but c’est de faire des bouquins à vendre sur le plus long terme possible. Moi ce que j’aime bien, c’est bosser avec certains auteurs et d’enrichir leur travail, et de pouvoir montrer tous leurs livres quand ils ressortent quelque chose de nouveau. Comme pour Oriane Lassus par exemple, où à la sortie de Quoi de plus normal qu’infliger la vie ?, on a systématiquement mis en avant Ça va derrière ? et Immobilerie Pointure[2]. Autant sur nos stands en festival que dans nos échanges avec la presse et tout en mettant en avant ses originaux et sa manière de travailler et de considérer son propre travail. Ça nécessite du temps, et de l’organisation pour pas que les livres se bousculent les uns les autres en librairie et dans la tête des gens qui pourraient en parler.

Renaud Thomas : Ça a juste un peu changé notre façon d’aborder le calendrier de publication, à devoir prévoir plus à l’avance les ouvrages sur six mois au lieu de trois mois.

Juliette Salique : Moi ça me rassure, mais c’est vrai que toi, on sentait que ça t’ennuyait un peu de devoir garder les livres reçus dans les cartons un mois et demi avant de les sortir, afin de pouvoir les présenter en amont aux commerciaux et qu’ils aient le temps de faire leur travail d’information aux libraires, de gérer les placements en librairie en amont de la sortie du livre.

Renaud Thomas : Non, je trouve pas que ce soit idéal de devoir laisser ce qu’on vient de faire prendre la poussière quelques mois dans un coin (rire). Mais c’est vrai que quand on a repris début 2015 après une longue pause, il y a eu la sortie simultanée de quatre livres, qu’on a amenés à Angoulême et qui sont parus en librairie après, étalés tout le long de l’année.

Benoît Crucifix : Il n’y a pas que le festival d’Angoulême, vous êtes forts présents sur les salons de micro-édition. Qu’est-ce qui importent pour vous dans ces évènements ? Et je pense aussi à l’implication d’Arbitraire dans l’organisation du Grand Salon de la Micro-édition ? Quel rôle ça a joué dans votre identité collective ?

Renaud Thomas : Les salons de micro-édition sont souvent plus riches que ceux de bande dessinée en rencontres, en échanges. Il y a une recherche de « transversalité » des pratiques, quitte à frôler le pot-pourri. C’est dans cette optique-là qu’on a monté le Grand Salon de la Micro-Édition, dans lequel certains membres d’Arbitraire ont pris part à l’organisation. L’idée était de mélanger les gens qui font de la bande dessinée avec ceux qui font des livres de photos de street-art, de la poésie, du dessin trash, du texte d’information politique, avec des concerts, des expos, des projections, des ateliers pour les petits et grands, de la bouffe à prix libre. C’était dense, mais je crois qu’on a fait notre maximum pour montrer au public le plus large possible que ces choses-là étaient dignes d’intérêt.

Juliette Salique : Pour ma part, j’ai appris pas mal de choses dans les festivals de micro-édition, ou les petits salons de bande dessinée d’auteur. J’ai jamais eu de formation ni de pratique artistique, je suis arrivée là un peu par hasard. Donc participer à des choses comme Pierre Feuille Ciseaux[3], le Grand Salon de la micro-édition, Périscopages, c’était un peu apprendre la vie pour pas cher. Par exemple, je suis assez nulle en musique, je sais jamais trop où chercher, et je fais un peu tout à l’envers en découvrant des groupes parce que des artistes présents dans ce type d’événements ont fait l’affiche, ou parce qu’ils sont programmés dans les festivités en question. Et puis, c’est dans ce genre de cadre que j’ai découvert ce que sont la gravure, l’eau forte, la sérigraphie, la linogravure… Bref, toutes les techniques de création et d’impression que la plupart de mes camarades avaient découvertes à l’école… Le côté « pot-pourri » dont parle Renaud a le mérite d’ouvrir des possibles.

Benoît Crucifix : Là, on a beaucoup parlé de votre rapport au fanzinat et de la structure de la maison d’édition, et j’aimerais peut-être reparler plus de votre approche esthétique de la bande dessinée et de ce qu’il y a dans vos livres au final. Même si le catalogue est assez hétérogène, on retrouve certaines tendances, notamment le travail autour de la contrainte : les derniers numéros de la revue sont particulièrement axés là-dessus, et puis plusieurs d’entre vous ont participé à Pierre Feuille Ciseaux. Quel est votre rapport à ce genre de travail collectif finalement ?

Renaud Thomas : On a toujours aimé le travail collectif sous contraintes, réminiscence de nos années d’étude. Quand il y a eu le premier Pierre Feuille Ciseaux, on a reçu le programme à l’avance à l’atelier et on a tout de suite envoyé un mail en disant à l’organisateur que ça nous parlait beaucoup et qu’on aimerait venir en tant que fanzine lors du week-end de restitution. Et donc June, qu’on ne connaissait pas à l’époque, nous a gentiment dit qu’on pouvait débouler. L’expérience de travail que l’équipe de ChiFouMi a mis en place, dans un lieu pareil, nous a scotchés. Lors de la deuxième édition, on a été invités à animer un atelier de bande dessinée collective pendant le week-end de restitution de PFC, ce qui nous a permis de mettre un cadre à notre propre pratique collective, pour l’ouvrir au public. On a même depuis proposé des ateliers à destination des enfants avec de la bande dessinée sous contraintes.
Dans notre catalogue, la pratique collective se retrouve surtout dans la revue, avec des expérimentations en groupe, qu’on se mette tous autour d’une même histoire ou que certains collaborent en petits groupes ponctuellement. Le problème de cette pratique de la bande dessinée, c’est que c’est très difficile à présenter après. Avec Oriane Lassus, j’ai par exemple passé presque trois mois en résidence dans le but de chercher le maximum de façons différentes de collaborer en binôme en bande dessinée. On a dessiné des dizaines de planches. C’était super enrichissant mais c’est impossible à montrer…

Juliette Salique : Je pense finalement que cette envie de bosser ensemble venait de s’être ennuyé en école d’art et d’avoir voulu essayer des trucs ensemble, à côté.

Renaud Thomas : C’est cool que notre force, finalement, c’est de s’être ennuyé (rire).

Benoît Crucifix : Je me demandais comment vous voyez votre identité éditoriale ? Bien sûr, ça part d’un groupe assez hétérogène, où on retrouve quand même certaines références communes, un certain type d’humour, mais comment avez-vous réalisé les choix éditoriaux pour la publication d’autres livres, comment ça se passe pour le développement du catalogue ?

Juliette Salique : Je sais pas si on va réussir à se cantonner à une ligne éditoriale.

Renaud Thomas : Pour l’instant, on fait un peu une pause mais on a aussi vachement de projets potentiels, avec des pistes lancées avec tel ou tel auteur, même si ça reste très vague.

Juliette Salique : Moi, ce qui m’avait vachement plu quand je les ai rencontrés, c’était cet attrait pour la fiction, et cet espèce d’humour absurde, engagé mais bien débile. Dans les envies, je suis assez littéraire, et peut-être du livre politique, on est pas mal à avoir un intérêt pour ça, dans les thématiques qui se dégagent quand on discute des bouquins.

Renaud Thomas : Notamment aussi quand on parle de la suite de la revue. Quand il y aura assez d’énergie, assez de personnes, on pourra relancer la revue, mais faut que ça vienne d’un élan collectif et que tout le monde ait vraiment envie de mettre la main à la pâte. Les idées qu’on a c’est peut-être d’aller vers quelque chose d’un peu plus combatif. Moi, je verrais bien un mélange de textes un peu théoriques sur la bande dessinée, avec des textes plus politiques, avec de la bande dessinée expérimentale, un truc un peu comme ça qui rassemblerait tout.

Benoît Crucifix : Quand je parlais un peu de ce qui rassemble les auteurs du catalogue, il y a ce rapport à la fiction et à la narration, mais sans être non plus dans le récit plus « littéraire » qu’on attend souvent du roman graphique. Et en même temps, vous n’êtes pas non plus dans l’abstraction et le dessin non-narratif, qui devient de plus en plus présent dans la micro-édition. Il y a un attachement comme ça à la forme courte, au gag, comme chez Oriane Lassus et Antoine Marchalot, et aux récits un peu déviants comme dans ton travail Renaud.

Renaud Thomas : Oui, je suis assez d’accord, il y a aussi l’idée de l’absurde et d’un univers graphique autonome qui s’exprime tout seul, ce qui fait aussi le lien avec Dan Rhett et Bertoyas.

Juliette Salique : Je suis pas sûre, mais je trouve ça assez poétique. J’ai l’impression de voir tes personnages des Puissances de l’avenir prendre leur autonomie et rencontrer Norak, sous une grosse queue de bulle de Marchalot, bim, haha.

Renaud Thomas : Quel mot t’as dit là, poétique ?

Juliette Salique : Non, non pas du tout.

Renaud Thomas : On a un peu nos différends sur la poésie.

Juliette Salique : Oui, moi j’ai décidé que la poésie c’était chiant et lui que c’était cool.

[Entretien réalisé à Angoulême en janvier 2017, retravaillé par e-mail à l’hiver 2018]

Notes

  1. L’école Émile-Cohl à Lyon.
  2. Ça va derrière ? (Warum, 2012) ; Immobilerie Pointure » (SuperStructure, 2013).
  3. Pierre Feuille Ciseaux est une résidence commune réunissant des auteurs de bande dessinée autour de pratiques de création collective, organisée par l’association ChiFouMi. La première rencontre a eu lieu en 2009 à Arc et Senans.
Entretien par en mai 2018

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