Les Editions du Rouergue

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Entretien précédemment publié dans L’Indispensable n°2 en Octobre 1999.

Dans les lumineux locaux des Éditions du Rouergue, en plein cœur de Rodez, Olivier Douzou reçoit 1000 à 2000 manuscrits par an. Des livres jeunesse pour la plupart et quelques romans. Il prend le temps de lire chacun et répond à tous. Les élus comme Christian Voltz sont rapidement prévenus, les coups de cœur n’attendent pas. Certains restent en attente, l’indécision est parfois tenace. Mais la plupart repartent sans suite, incompatibilité rédhibitoire.
Depuis 6 ans, le catalogue des Éditions du Rouergue est certainement l’un des plus intéressants de toute la littérature jeunesse, à l’image du parcours atypique d’Olivier Douzou qui fait office à la fois de directeur littéraire et de directeur artistique : architecte à Montpellier avant de travailler dans le design et la communication à Paris. Il quitte tout et s’installe dans l’Aveyron. Il publie Jojo la Mâche, son premier livre et inaugure le secteur Jeunesse des Éditions du Rouergue qu’il prend en charge. Il a sélectionné et édité à ce jour plus d’une soixantaine de manuscrits dont la plupart sont de purs joyaux.
Ce qui frappe dans ce catalogue, c’est le refus des vieilles recettes éditoriales du conte populaire, l’absence de systématisme, la volonté permanente de surprendre, le désir que le livre reste un intense plaisir. Les choix éditoriaux semblent être pris en toute liberté. Cité nique le ciel de Guillaume Guéraud, un des rares romans publiés par le Rouergue est symbolique de cette indépendance lucide d’Olivier Douzou.

L’Indispensable : Quels sont vos critères de sélection ?

Olivier Douzou : Il existe surtout un critère de non-sélection : quand un récit commence par «II était une fois» ! Cela revient souvent. « Il était une fois » implique « une bonne fois pour toute ». Il n’y a qu’une histoire et c’est bouclé.
Ce que je cherche depuis le début pour tous les bouquins, c’est l’idée que chaque gamin puisse amener sa propre histoire en fonction de son âge, en fonction de ce qu’il fait. Un grand nombre de livres des Editions du Rouergue peuvent se lire dans tous les sens et à chaque fois l’enfant découvre un sens nouveau. À mon avis, ils aident plus les enfants à grandir que des histoires irrémédiablement finies une fois tournée la dernière page. Dans les livres, il y a toujours des éléments, des pirouettes, par exemple : on arrive en dernière page, et on se rend compte que l’on avait la solution du bouquin, une manière de l’analyser en couverture. Il y a beaucoup de petites subtilités comme cela.
Mais le plus gros problème que j’affronte au Rouergue ce n’est pas de refuser les projets qui sont mauvais, c’est de refuser ceux qui sont aujourd’hui taillés sur mesure pour le Rouergue. De nombreux manuscrits reçus cette année, auraient pu être édités par le Rouergue il y a un an. C’est normal. C’est le problème des Écoles. Maintenant que nous avons six ans d’existence, les gens se profilent pour correspondre aux Éditions du Rouergue. Beaucoup d’illustrateurs me proposent aussi des livres qu’ils ont déjà faits. Ça m’ennuie.
Je ne vois pas l’intérêt qu’ils peuvent avoir à faire les mêmes histoires, ni moi, à montrer les mêmes livres d’eux. Je trouve justement que nos collections sont intéressantes parce qu’à chaque fois, je peux montrer un peu de nouveauté. Je viens du milieu du design et ce qui m’intéresse c’est la nouveauté. Si nous ne faisons pas de livres nouveaux, nous n’avons absolument aucune chance d’exister. Il sort cinq mille titres pour enfants par an. Si c’est pour faire ce qui existe déjà, ce n’est pas la peine d’être éditeur.

L’I. : Il y a beaucoup de matières picturales dans l’ensemble du catalogue.

O. D. : Ce que je souhaite, c’est faire des bouquins où nous montrons aux enfants que l’on peut raconter des histoires avec des images, des dessins, des pictogrammes, avec le discours de la bande dessinée, l’huile, l’acrylique, la photo. Nous éditerons aussi des bouquins sur l’informatique avec des images de synthèse…
N’importe quel support visuel qui est une image, comme la lettre, comme le mot, peut stimuler l’imaginaire. Avec
certains éditeurs, nous affirmons qu’il existe de nouvelles manières de raconter les histoires, de nouveaux sujets, de nouvelles images. Il y a des aspects nouveaux du monde, que les enfants connaissent et ont envie de retrouver dans les livres.
J’ai également une grande trouille, c’est de voir les livres vieillir. Alors je suis très vigilant là-dessus ! Le fait que je me sois entouré de jeunes auteurs me permet au moins de croire que je fais du neuf.

L’I. : La bande dessinée Bolas Bug de José Parrondo, ou encore son Kikekoi, ont été refusés par d’autres éditeurs. L’édition pour la jeunesse ne reste-t-elle pas frileuse ?

O. D. : Je ne trouve ni audacieux d’éditer Parrondo, ni frileux de ne pas l’éditer ! Je trouve bien de le publier, c’est tout. Je suis heureux de le faire parce que c’est merveilleux. Le simple plaisir de l’éditeur, c’est de faire exister les oeuvres des auteurs. Et je suis ravi de faire exister cette bande dessinée-là.
Je sais que depuis que Parrondo travaille au Rouergue, il a été courtisé par des maisons d’éditions jeunesse assez célèbres. Avant il ne l’était pas ! C’est le lot d’auteurs au Rouergue. Une très grosse maison d’éditions m’a dit il y a un an exactement, que c’était bien qu’il y ait des maisons d’éditions comme le Rouergue, en proue dans la création et dans l’innovation. Mais merde ! les risques, normalement, ce sont les gros qui doivent les prendre… beaucoup plus que les petits !
Il n’y a pas de grands groupes derrière notre structure. Il n’y a personne pour nous rattraper en cas d’erreur. Nous éditons nos livres avec l’argent que nous rapportent les précédents. Si cela ne marchait pas, vous l’auriez su depuis longtemps. Je ne crois pas être en pointe dans le livre jeunesse. J’édite juste des livres différents, avec des auteurs que j’aime. Rester consensuel ne m’intéresse pas….

L’I. : Comment prenez-vous conscience de l’accueil de vos ouvrages ? Qu’est-ce qui vous permet de dire que c’est vraiment ce qu’attendent les enfants d’aujourd’hui ?

O. D. : Si je me situe en fonction des attentes, je fais du Walt Disney. Ce n’est plus de l’édition, c’est du merchandising. Je cherche un effet de surprise par rapport à la collection, à chaque fois. En fait, les enfants sont dix fois plus libres que les adultes. Faire de l’absurde choquera les adultes, alors que c’est l’univers des enfants. Parrondo crée de l’absurde. C’est invendable ! sauf pour les gamins.
Je ne teste pas un bouquin, ni sur mes enfants, ni dans les classes (même aux débuts avec le tout premier livre que j’avais fait pour ma fille…). Quand ils sont faits, je ne les ouvre plus. Je ne leur montre même plus. Mon fils m’a glissé un jour : «II y a les livres de papa, mais le soir je veux qu’on lise les livres de pas papa.» Par contre, je vais assez souvent dans les classes ou dans les salons, et c’est génial.
Pour moi le livre idéal, c’est le livre qui, quand tu le lis dans une classe, amène dix mille questions qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. A la Comédie du Livre de Montpellier, une femme m’a confié en parlant de Jojo la mâche : «c’est le seul bouquin qui m’a permis d’expliquer la mort de mon mari à mon enfant.» C’est certainement ce que l’on m’a dit de mieux sur mes livres.
Je suis allé également à Garche rencontrer des enfants. Ce sont des myopathes ou des mômes qui sortent du coma. Je leur ai montré les trois premières pages d’un livre que j’allais faire. Un gamin a deviné la fin alors que dans les mêmes conditions, un adulte ne la trouvera jamais. C’est pour ça que je veux poursuivre ce contrat avec l’hôpital de Garche à Paris, pour aller voir les enfants qui ont le plus besoin qu’on leur raconte des histoires et que l’on s’amuse avec eux.

L’I. : C’est en respectant vos rêves d’enfant que la communication passe si bien avec eux ?

O. D. : Je suis très gamin et je reste fidèle à mes rêves. Il y a un côté amusement, un côté provocation, un côté insolent… et c’est vrai que je sens les enfants plus réceptifs que les adultes. Je pourrais faire des fringues pour enfants, alors qu’en créer pour adultes ne m’attire pas du tout. Pour les adultes je trouve cela trop strict. Il y a un an, je me suis lancé dans une collection de lunettes pour les enfants. Nous sommes en train de monter les prototypes. Mais je sais que je ne pourrai pas faire de lunettes pour les adultes parce que c’est un milieu moins ouvert, avec lequel j’ai beaucoup moins de complicité.

L’I. : C’est une façon d’éduquer les parents, en les informant : «attention ce qu’aiment vos enfants, c’est ça» ?

O. D. : «Un écrivain adulte qui écrit pour les enfants a aussi été un enfant». Cette phrase d’Eve Guetta est vraiment belle. Dans les illustrations de Frédérique Bertrand, il y a l’épaisseur des souvenirs de son enfance, même si elle le refuse. Elle a des souvenirs énormes. Quand elle dessine une salle de classe, elle te colle au fond de la salle. Vous vous voyez en train de foutre des coups de stylo sur la gomme, ou en train de chopper la chaise de celui de devant pour essayer de le faire tomber et qu’il se relève tétanisé. Elle vous rappelle votre vie d’enfant. C’est bien d’attraper les adultes sur leurs souvenirs.
La magie des enfants par rapport aux adultes, c’est qu’ils font semblant de croire. Loup, l’un des titres les plus vendus de la collection, est un livre où, à chaque relecture, même s’ils connaissent la fin, les enfants font semblant de ne pas la connaître sinon cela ne marche pas ! Combien de fois un enfant regarde le même film ? Cinquante fois ! T’iras foutre un adulte cinquante fois devant le même film ! ! ! Il ne pourra pas s’empêcher d’anticiper sur les dialogues et de raconter la fin de l’histoire. La fin, il la connaît !
C’est toute la différence entre l’enfant et l’adulte. L’adulte est incapable d’oublier. Il y a forcément une connivence entre un auteur et un enfant à ce niveau-là. C’est du ressort de la complicité sur des thèmes qui les touchent.

L’I. : L’École des loisirs, a édité un roman sur l’inceste à destination d’un jeune public. Est-ce possible au Rouergue ? Il y a-t-il de la censure au Rouergue ?

O.D. : Je n’ai pas d’a priori. Si un auteur m’écrit un très bon bouquin sur l’inceste à six ans et qu’il aide les enfants à en parler, je serais ravi. Les petits bonshommes sur le carreau ont fait parler les gens sur la misère, Navratil fait parler les gens sur la mort et sur la séparation. J’aimerais bien un très bon livre qui dénonce le Front National et la montée du racisme, j’aimerais beaucoup, mais je n’ai pas reçu de manuscrit assez fort pour cela. J’éditerai un livre sur ce thème quand j’aurai trouvé une bonne manière de le traiter.
Pour aborder Les petits bonshommes sur le carreau, l’angle est fort parce que la clé est universelle. Tous les enfants ont dessiné sur les vitres. Ce bouquin est l’histoire d’un gamin qui dessine sur une vitre et qui, à travers son dessin, voit d’autres personnages. Si on me présente un projet sur la xénophobie qui soit aussi fort, je le fais sans hésiter.
Je souhaite que les livres soient des amorces de débats, et un petit tas de poudre, pour que les gens puissent s’ouvrir un peu. Si les sujets sont graves, les gens les accepteront plus facilement. Mais il faut trouver les mots justes. Vous ne pouvez pas être haineux. Il ne faut pas répondre à la haine par la haine. Il faut être plutôt pirouette. Et être pirouette, je n’ai pas encore trouvé.
Ce sujet est pour moi extrêmement difficile. Je le cite parce que je trouve cela vraiment grave. La pédophilie, nous pouvons en parler… les enfants, ils savent. Tous les enfants d’une famille normale sont prévenus. Aujourd’hui il reste un vide, et cela me ferait vraiment plaisir d’éditer un bouquin qui aide les enfants à savoir ce qui se passe en France.
La censure, il n’y en aura pas.

L’I. : Vous n’avez pas peur que les adultes aient un phénomène de rejet vis-à-vis de ce genre d’ouvrage ?

O. D. : Bien sûr. On m’a objecté qu’il est terrible de faire un bouquin pour les enfants qui soit aussi triste que Les petits bonshommes sur le carreau. Ce à quoi je réponds que la petite marchande d’allumettes a vécu. Elle est morte calcinée et gelée !

L’I. : En tant qu’auteur comment fonctionnez-vous avec les différents créateurs avec lesquels vous avez travaillé ?

O. D. : Eux m’envoient leurs images et j’écris en fonction. C’est souvent l’image qui stimule le récit.
Il y a un type qui fait des dessins de personnages malingres dans des décors immenses. Je lui ai proposé un récit sur les superhéros parce que ces images sont une caricature des superhéros. Je me mets au service de l’auteur. J’essaie de le mettre dans les meilleures conditions pour que lui, puisse faire son boulot.
Les histoires sont toujours liées à la manière dont les gens dessinent. C’est toujours dans ce même souci de faire exister les projets. Récemment, je suis allé à Paris dans une chambre de bonne pour rencontrer un illustrateur qui m’avait envoyé un tout petit dessin… en fait, il m’a montré d’autres productions absolument magnifiques.

L’I. : L’étincelle se fait comment ?

O. D. : Frédérique Bertrand, une artiste avec qui je travaille énormément, m’a envoyé de tout petits gribouillis. Un jour, lors d’un salon, alors que je la rencontre pour la troisième fois, je lui conseille de s’essayer à la peinture. Je lui propose un sujet, et elle en fait Dans le frigo. Depuis elle travaille pour tout le monde. Elle est vraiment très forte. Il y a aussi les petits détails qui font que vous accrochez avec les artistes. Ils vous en envoient une tonne et vous percutez sur ce qu’ils ont mis au dos de l’enveloppe. Il faut toujours rester curieux.

L’I. : Qu’est-ce qui faisait que dans les chansons de Thomas Fersen, vous avez pensé qu’il pouvait écrire un livre pour enfants ?

O. D. : Il y a dans ses textes dix mille images qui viennent à l’esprit. Qu’est-ce que je pouvais faire avec lui ? Qu’il écrive des textes où l’on retrouve autant de passages pour l’imaginaire que dans ses chansons. Il m’a dit : «Moi, j’ai toujours eu envie de faire des livres pour enfants. Tu es le premier à me le demander.»
En fait, il a pris une de ses chansons, Bucéphale, et des photos de Doisneau suffisamment décalées pour que l’on puisse encore rêver. Dans les archives de Doisneau sur les chevaux, sur quarante photos seulement cinq ne correspondaient pas, les trente-cinq autres convenaient parfaitement. Il a ainsi illustré sa chanson de façon très fine.
De la même manière, dans la série grands plaisirs, je suis allé voir Mariscal. Mariscal personne ne lui demande de faire des bouquins pour enfants. Mariscal, cela fait quinze ans que je connais et que j’aime. Un jour, j’ai pris rendez-vous avec lui. José Parrondo m’a accompagné. Il adore Mariscal. Nous sommes allés ensemble à Barcelone. Mariscal a vraiment été très sympa. Je veux associer des auteurs de cette envergure au projet d’édition. Mariscal accepte de participer à la seule condition que je lui expédie les cassettes vidéos de Jacques Tati. Ce que j’ai fait.
Mariscal, soit il vous demande trois millions pour vous faire un bouquin, soit vous arrivez et vous faites comme moi, vous lui dites : «écoute,j’aime bien ce que tu fais depuis trop longtemps. C’est dommage que tes illustrations, que Los Garrigis, n’existent pas en France, nous ne les trouvons pas. Si tu as envie de faire des livres pour les enfants et d’être avec nous, ce sera vraiment bien… Seulement, tu le fais au même tarif que les autres auteurs parce que les stars, je m’en fous. On ne va pas faire de l’édition à deux vitesses, cela ne m’intéresse pas». Il m’a répondu : «pour quand ?»

L’I. : Comme quoi la sincérité cela paie !

O. D. : J’aimerais aussi travailler avec un autre créateur, c’est le flamand Ever Meulen. La Belgique est quand même un pays dans lequel les éditions du Rouergue jouissent d’un écho énorme. Cela me fait extrêmement plaisir, parce que ce sont des gens qui sont restés avec une culture de l’image considérable, alors qu’ils n’ont pratiquement plus d’éditeurs.
À Bruxelles, il y a de nombreux endroits où l’on peut se balader et trouver nos livres. Quand je vois la Belgique à travers Hergé, quand je vois le livre de Benoît Peeters, je me retrouve en Belgique. Tu ne peux pas être insensible, parce que ces types, ils ont connu Hergé. Des libraires vous ouvrent des rayons alors qu’ils ont connu Hergé.
Pour moi, Hergé est un géant, même si son travail est une synthèse de tout ce qui s’est fait de mieux avant. Je ne peux pas l’occulter parce que c’est un héritage énorme. Cela correspond au moment où j’ai découvert Tintin chez mon oncle, je les lisais dans un appartement, le plafond était à trois mètres au-dessus de moi. J’étais tout minot et j’étais avec des mômes encore plus petits. J’étais tout petit et je me suis projeté dans une image encore plus petite.
C’est l’époque où j’ai commencé à comprendre que l’on pouvait lire les images comme on lisait un texte. J’ai pensé : «là, j’ai des images, là, du texte et puis je lis avec les images ce que je n’arrive pas à lire avec le texte et inversement. Il y a des fois des rapports entre les deux, ce sont les onomatopées ou les petits signes d’expression comme le serpentin au-dessus de la tête.» Hergé est ma première référence iconographique.

L’I. : Après Bolas Bug de Parrondo , y aura-t-il une collection de bandes dessinées ?

O. D. : Parrondo à travers ce qu’il fait, pour le personnage. Je ne vais pas chercher à avoir huit imitations de Parrondo. S’il n’y a que José Parrondo qui fait de la bonne bande dessinée pour les Editions du Rouergue cela suffit largement parce que s’il en fait une de mauvaise, je ne la prendrai pas.
Quand Parrondo fait un tableau, il y a une histoire. Je me suis même demandé pourquoi ne pas en faire des livres. Ce sont ses œuvres complètes, elles s’appellent le Petit Parrondo 1, Petit Parrondo 2. Donc, tant qu’il aura des idées… Les livres de Parrondo me branchent vraiment parce que je crois qu’il est à lui seul un univers. Il faut savoir qu’il est également musicien. Il compose de la musique qui ressemble à ses dessins. Chez lui, son environnement est comme ses dessins. Il y a partout, bien rangés, des jouets, des robots…
Il y a des facettes de Parrondo que je retrouve chez moi. Il est une extrémité de ce que j’aurai pu être, une caricature d’un de mes côtés. C’est forcément quelqu’un que j’aime beaucoup. Et c’est un type qui a un travail d’une telle liberté !
En ce moment, nous travaillons avec et sur les panneaux de signalétique. Les gamins scotchés à l’arrière de la bagnole voient des signes partout, une barre blanche dans un rond rouge, un triangle avec un piéton qui passe… Ils se demandent ce que c’est. Cela fait partie de ce qu’ils doivent apprendre. Et dans ce bouquin, nous faisons des panneaux détournés en leur expliquant : «là, il faut faire attention aux soucoupes volantes.» Effectivement, ce panneau peut exister autant que celui avec une bande blanche sur fond rouge. Comme le môme découvre tout, tout est nouveau pour lui. Donc, tout est normal. Ce qui est nouveau pour un adulte est normal pour un gamin.
Là, Parrondo a fait un boulot qui m’a beaucoup séduit. À tel point que j’étais prêt à dire aux autres éditeurs : « Pourquoi vous ne le prenez pas, vous qui faites de la bande dessinée ? » … J’étais un peu révolté ! C’est à la suite de cela que j’ai décidé d’éditer de la bande dessinée. Mais je n’avais vraiment pas envie d’en publier. Il y a suffisamment d’éditeurs intéressants qui en font, qui la connaissent dix fois mieux que moi, qui connaissent les auteurs.
Parrondo est un type qui a passé près d’une année à bosser sur ce projet, qui a fait cent pages sur sa bande dessinée et qui n’a pas trouvé d’éditeurs. Si vous êtes du côté de l’édition, vous aimez, vous éditez. Voilà comment Bolas Bug est rentré au Rouergue. C’est un coup de cœur. Je ne vois pas pourquoi je m’emmerderai à fonctionner autrement que par coups de cœur.

Propos recueillis par Bruno Canard & Franck Aveline.
Précédemment publié dans L’Indispensable n°2 en Octobre 1999.

Site officiel de Le Rouergue
Entretien par en octobre 1999

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