Siris

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La bande dessinée québécoise reste mal connue en France. Elle a pourtant vécu une période intense aussi stimulante qu'en Europe au tournant des années 1980-1990: une vague underground passionnante, représentée (et un peu écrasée) par Julie Doucet s'est développée avec des profils aussi curieux que Richard Suicide, Henriette Valium ou Siris, bien connu pour ses histoires de Baloney, poule vivant dans les quartiers populaires de Montréal. La Pastèque vient de publier Vogue la valise, pavé autobiographique dans une approche un peu différente que ce que l'on connaissait. L'occasion pour lui de revenir à Angoulême, et pour nous de réaliser cet entretien brassant trente ans de carrière -- ainsi qu'un bout d'histoire de l'underground québécois.

Maël Rannou : Commençons par le commencement. Tu fais tes premiers pas dans le fanzine au milieu des années 1980. Tu étais membre de collectifs, de fanzines comme Tchiize ?

Siris : Tu parles de Tchiize ? C’est rare qu’on parle de ça, j’ai connu les gens dedans, mais j’ai pas publié pour eux, ça s’est arrêté trop tôt. Moi, tout a commencé quand je suis entré au cégep[1] en 1986. Je suivais des cours du soir en arts plastiques et en allant au magasin du lycée chercher des crayons, des choses à acheter, je suis tombé sur un fanzine qui s’appelait Krypton, dans un présentoir. J’avais découvert les fanzines l’année d’avant à un salon à Montréal, mais là je me disais : « Wow, ça c’est au Cégep, faut que j’aille y voir, je veux savoir c’est qui, je veux participer. » À l’époque, je faisais surtout de l’illustration.
Ils étaient deux, Grégoire Bouchard et Éric Thériault, qui sont toujours actifs dans le milieu. Je leur ai montré un scénario que j’avais fait, mais ils n’étaient pas trop sûrs, ils m’ont dit de retravailler deux/trois choses, c’était pas dans la poche. Je suis revenu avec un scénario, ils l’ont validé et je l’ai alors dessiné pour qu’il soit publié. Ce n’était qu’une planche, ça parlait de musique.

Maël Rannou : Tu étais donc plus illustration que bande dessinée à cette époque. Tu avais une culture de ces milieux ou pas du tout ?

Siris : Je lisais beaucoup en ce temps-là, je lisais Rock & Folk. Je trippais sur Ever Meulen, Joost Swarte, j’ai raté sa conférence à Angoulême, mais j’ai vu son expo à Paris au moins ! J’aimais vraiment beaucoup son dessin, ses constructions et ça m’a sûrement influencé dans la composition de mes planches. Au même moment j’ai rencontré un groupe qui s’appelait « L’Association des illustrateurs et illustratrices du Québec », j’ai découvert plein de gens qui dessinaient autrement que dans le monde de la bande dessinée, et je me suis dit : »tiens, on peut dessiner comme ça aussi ».
Puis tout s’enchaîne, au cégep on monte des expositions, on fait des lancements avec nos comics. Grégoire part, Éric prend la relève, puis il s’en va aussi. Il me demande « Veux tu continuer Krypton ? » Alors je reprends le fanzine pendant deux ans, toujours au cégep du Vieux-Montréal, je fais les lancements, c’est vraiment là que tout commence.

Maël Rannou : Krypton avait une ligne particulière. Le titre et ce que je connais des fondateurs fait penser à un fanzine axé science-fiction ou super-héros.

Siris : Au début ,c’était assez science-fiction oui, c’est vrai qu’eux sont à fond la caisse là-dedans. Mais c’était quand même un collectif varié. Quand j’en ai pris la responsabilité, ce n’était vraiment plus du tout ça : j’ai commencé avec une couverture de Richard Suicide où il sniffe le mot « BD » sur la couverture. Là, l’humour s’est vraiment imposé, l’underground, le monde de l’illustration. Et après j’ai fini par quitter le cégep et le fanzine, pour aller à l’université en design graphique. Je me suis mis à étudier le design, ce genre de choses, pendant un an et demi, et il y avait d’autres gens de l’extérieur de l’école qui faisaient un fanzine qui s’appelait Rectangle. C’était un fanzine sur le rock franco et la bande dessinée, la tradition Métal Hurlant, la période Bérurier Noir. On connaissait très bien les bands français, mais on avait aussi des groupes excellents au Québec.
Moi j’y faisais de la bande dessinée, les chroniques de bande dessinée, de l’illustration. Et quand ça s’est arrêté, j’ai rencontré un autre gang qui a lancé une revue, Mac Tin Tac, géré par Marc Tessier et Stéphane Olivier. C’était un comix comme un grand cadavre exquis sur trois numéros, mais avec un scénario : ils donnaient une partie à dessiner à quelqu’un, pis la suite à un autre, etc. C’est comme ça que j’ai rencontré ces deux-là.
Rectangle, c’était incroyable. On est venu me chercher à l’université parce qu’on avait vu mes travaux, ils m’ont dit « on a besoin de toi ». Wow, c’est flatteur, j’embarque ! C’était totalement l’esprit des magazines que je lisais, fallait que ça bouge. On communiquait aussi beaucoup avec des Français, des Belges, et en 1992 Marc Tessier et moi on est organisateurs du festival international de bande dessinée de Montréal. Là, je m’occupe du graphisme (à la mitaine parce que je suis très poche à l’ordinateur), Marc s’occupe de l’organisation. C’est la première fois que des gens venus de l’underground occupent de telles fonctions dans le petit monde de la bande dessinée québécoise, mais on est à un tournant là, ce n’est plus l’underground la mode, mais la « bande dessinée alternative ». Nous, on cherchait un peu les deux pôles.
Dans le même temps, on était devenus amis avec un band d’anglophones de Montréal, et ça c’est assez rare. Dans le monde de la musique, groupes francophones et groupes anglophones, ça se marrie pas ben ben. C’est Rupert Bottenberg, qui vient nous voir comme précédés par notre travail, c’est incroyable. Il nous invite dans une soirée « comic jam« , des bandes dessinées en direct où l’un commence et l’autre suit. On en fait chez eux, eux chez nous, et le tout se mélange là, mais solide. Eux sont là, quelques-uns vont dans Mac Tin Tac, on travaillera ensemble jusqu’à 2000.

Maël Rannou : Tu dis aussi avoir des contacts avec l’Europe, tu commences un peu à y publier.

Siris : Oui ! J’y suis allé plusieurs fois, un peu avec un groupe de rock qu’on avait pendant cinq ans (Les Michel), mais aussi pour la bande dessinée. En 1991, on va à Charleroi en Belgique, puis on va en France rencontrer El Rotringo, et c’est là que la poule a commencé. Quand il nous a vus, il a dit : « Salut mes poules » puis à chaque fois « Salut ma poule, salut ma poule ! » J’avais jamais entendu ça, je l’ai ramené avec moi au Québec et on m’a appelé « La poule », et maintenant c’est moi.
El Rotringo me publie un peu, je fais une bande dessinée-illustration dans le numéro de Sortez la chienne où il y a une couverture de Valium. Plus tard Mac Tin Tac disparaît, et moi je commence Baloney. Quelques pages paraissent dans La Monstrueuse, un fanzine de Blanquet avec Doucet, Valium et Suicide. Le Canadien anglo Rick Tremble aussi. Une superbe revue. En France j’ai peu publié après ça, Matthias Lehmann m’avait demandé des pages pour Rancune Comix un peu plus tard.

Maël Rannou : Baloney, c’est ton personnage fétiche. Tu vas en faire des comix autoédités, ou chez Zone Convective. C’est un poulet et un alter ego, et là tu parles vraiment des rues de la ville de Montréal, des paumés, des junkies… Quelque chose qui te rapproche du poète Denis Vanier ou de Richard Suicide, dont on parlait plus haut. Pour moi, vous êtes un peu les deux versants de la même pièce : deux pionniers de la bande dessinée underground québécoise qui, de ses Chroniques du centre-sud à ton Baloney, font la chronique du Montréal populaire.

Siris : C’est vrai que je ne l’ai pas dit, mais avec Richard on s’est rencontrés avec Krypton, mais on est devenu amis, on ne s’est pas lâchés depuis ce temps, même si des fois on ne s’est pas vus pendant longtemps. Il faut parler de lui, c’est inévitable : on parle des mêmes choses, avec un dessin différent, mais c’est tout. En 1986, quand j’ai emménagé à Montréal de la Rive Sud, j’ai pu me retrouver proche des gens du monde de la bande dessinée, communiquer. En 1991, j’ai déménagé sur la rue Cartier et avec un ami, Alain Huot, on trouve un appartement dans le même bloc, l’édifice où il y a Richard qui habite au rez-de-chaussée. Alain est dans Vogue la valise d’ailleurs, c’est celui qui me donne le goût, quand on est adolescent, de faire de la bande dessinée.
Bref, Richard et moi on était à un étage de un de l’autre, à un moment il était en dessous puis il monte au-dessus. Mais de la fenêtre, on avait toujours la même vue, pour s’inspirer on ouvrait juste la fenêtre, on passait la tête, on prenait des notes et on dessinait ce qu’on voyait de la rue. L’amitié se resserre et je sors Baloney n°1, on fait un événement où on est tous là, avec Marc Tessier, Alexandre Lafleur, très ami à l’époque avec Simon Bossé. Pour eux deux, c’est moi qui étais allé faire du repêchage au cégep du Vieux Montréal, j’avais vu leurs planches et waw, je les avais contactés. Simon il fait Mille Putois maintenant, il sérigraphie, publie beaucoup d’auteurs.
Donc en 1995, on lance le Baloney n°1, mais c’est un méga méga lancement, on est dix-sept ou dix-huit personnes, et on fait un tract avec l’annonce au verso et au recto une maquette pour annoncer les ‘zines des auteurs. Chacun avait dessiné une pub pour son fanzine dessus, et quand il le donnait à quelqu’un il disait « Hey, regarde en arrière, ch’suis pas tout seul, y en a dix-sept autres comme moi ». Et là, ça a ramené du monde, il y avait un line-up, une queue pour aller au bar, on n’avait jamais vu ça. On a même eu un article dans La Presse, j’étais couché sur un divan, lol avec bin des auteurs comme : Simon, Julie Doucet, Marc Tessier, Alexandre Lafleur…

Maël Rannou : C’est très important ce que tu dis, car on pourrait se demander si tout ces auteurs underground québécois de la fin des années 1980-début 1990 se connaissaient. Là, tu me parles beaucoup de Doucet, de Bossé, il y avait donc un vrai collectif.

Siris : Ha oui, on se connaissait tous et on s’entraidait. Quand un nouveau arrivait, on le présentait à la gang, on le supportait. Il n’y avait pas de snobisme ou quoi que ce soit. C’est sûr qu’il y a des styles qui s’accordaient moins, mais nous on était bien ensemble. Donc en 1995, je sors Baloney n°1 avec de l’argent que m’avance Marc. Je fréquente beaucoup la librairie Fichtre, c’est un peu le Regard Moderne d’ici[2], le point central de la bande dessinée à Montréal. On garde toujours un œil sur la production anglophone aussi, grâce à Simon Bossé qui parle bien anglais et est un peu notre tête chercheuse. 1995, c’est le référendum, mais nous on reste très amis[3]. Il y a Andy Brown aussi, qui a fondé Conundrum Press cette année-là, qui fait de très belles choses — il va d’ailleurs publier la version anglaise de Vogue la valise en 2018, c’est incroyable. Il y a toujours à cette époque Henriette Valium, Julie Doucet qui se promène en Allemagne, en France, aux États-Unis, c’est la star. Et elle nous envoie ses petits comix, Dirty Plotte, par la poste, nous on capote.
Tout ça, ça stimule la troupe, alors je vais vois Yves Millet de la librairie, pour qu’il me donne un coup de main. Il m’aide pas mal, moi je mets de l’argent de ma poche, lui il en met aussi de sa poche et en 1997 on sort Baloney n°2 chez Zone Convective. La troupe a bourlingué, on est un peu éparpillés, alors on décide de faire une grande expo collective comme celle de deux ans avant. On appelle ça Komicase, on se regroupe, on fait un super décor, mais ça marche pas très bien. La grande salle est un peu vide. On retente l’année suivante, mais ça ne prend plus. Et moi je quitte Cartier, je déménage avec ma blonde, Line Gamache[4], dans un quartier qui est aujourd’hui pas mal vivant, mais pas à l’époque. Moi, c’est toujours ça : quand je vis quelque part il n’y a rien qui se passe, et quelques années plus tard, quand je suis parti, ça devient vivant !
Alors on est parti en campagne pendant cinq ans, on a aimé ça, mais c’est dur la campagne. On loue une maison et là je me dis : « qu’est-ce que je vais faire ? » Alors j’essaie de vivre de l’illustration, je fais Max et Maurice en sept mauvais coups, qui est une adaptation en livre pour enfant des livres de Willem Bush.

Maël Rannou : C’est donc à cela que correspond ce « creux » dans ta production bande dessinée : tu t’éloignes un moment, y compris physiquement, du secteur. Et alors qu’on voit Valium être publié à l’Association, Suicide publier ses premiers albums diffusés (chez Conundrum Press et Pow Pow) je m’étonnais de ne rien voir de toi. Finalement, en 2010, La Pastèque sort le tome 1 de Vogue la valise, c’est très différent de ce que tu as fait jusqu’ici, même si on y retrouve un poulet.

Siris : Oui, c’est sûr que c’est un travail très différent, autobiographique en fait. Le début de ça, c’est un parisien Jean-Charles Sarrazin, qui est devenu un très bon chum, venu étudier en design graphique à l’UQUAM quand j’y étais, à qui j’avais raconté mon enfance et qui m’avait dit que j’avais un sujet, mais je me disais : « non, oublie ça… ». Quelques années plus tard, j’étais avec Marc Tessier. On se racontait nos vies et il me dit de même : « tu devrais le raconter en bande dessinée » — non non. Puis plus tard, c’est au tour de ma blonde, faque ça a fait son chemin parce que je remplissais une demande de bourse à cette période, il me fallait un synopsis. Les auteurs au Québec, ils réussissent souvent à vivre grâce aux bourses. Alors j’ai demandé et j’ai réussi à avoir la bourse, mais j’étais comme « bon », on est en 2004. Pis ma blonde a sorti un comix sur sa sœur déficiente intellectuelle, dont on s’occupe aujourd’hui, Bref, j’ai présenté Vogue la valise au festival de bande dessinée de Québec.
J’avais cinq pages de Vogue la valise alors je les ai photocopiées, j’ai donné ça sur le stand de la Pastèque, parce que j’aime beaucoup leurs travaux, et quand je suis repassé ils m’ont dit « On va le faire ». Ils m’ont proposé de faire le projet, à ce moment-là c’était un album de cent pages. Alors je les ai faites, mais j’ai dit à Martin et Fred[5] « Il m’en manque encore ». J’ai refait une demande de bourse. la première c’était pour 50 pages et j’avais fait le double, et j’en demandais encore ! Ça a viré à 200.
Le premier chapitre raconte l’histoire de mon père et ma mère qui se rencontrent dans une usine d’armement, en 1948, suivie des cinq enfants — moi, je suis le dernier, le bébé. Mon père est tombé dans un tonneau d’alcool, j’aime bien dire tonneau parce qu’il était vraiment dans le fin fond du baril ! (rire). Ce qui se passait, c’est que les enfants ils entraient et ressortaient, on était placés en famille, dans des familles différentes, ma mère réussissait pas nous récupérer, on repartait…

Maël Rannou : C’est d’ailleurs ça, la valise du titre. C’est amusant, mais au début je m’attendais à une histoire d’immigration : le Canada, la valise en carton…

Siris : Bé, promené d’une maison à l’autre, au fond, c’est l’histoire d’une immigration à l’intérieur de ma ville ! Je pense que t’as quand même un effet proche, baladé sans savoir où tu vas, c’est carrément déstabilisant. Après, étant le petit dernier, je suis celui qui a le moins écopé. Les quatre autres ont été pas mal bardassées… Bref, le tome 1 est sorti en 2010, il est sorti tranquillement et je suis passé à la suite.

Maël Rannou : Tranquillement, il a quand même été très bien reçu : nommé aux Bédélys, aux Joe Shuster Awards dans la catégorie « Créateur Exceptionnel de Bandes Dessinées » !

Siris : Oui, c’est vrai quand même, ce n’était pas que des petites nominations, mais je n’en ai gagné aucun. Tu devrais être mon agent ! Je me suis mis au tome 2 donc, et j’ai fait 223 pages de plus. J’ai vraiment plongé dans mon univers, dans la famille où je suis resté onze ans. Finalement, avec tout le retard, La Pastèque a décidé de faire une intégrale d’un coup. C’était trop long pour eux d’attendre trois ans entre chaque livre. Mais c’est pas mal beau comme ça, je dois dire !

Maël Rannou : Deux choses qui me frappent avec Vogue la valise, c’est que jusqu’ici tes récits les plus longs faisaient dix pages, là paf, 340 ! Et aussi graphiquement : toi qui vient de l’underground, là on a une épure dans le dessin. C’est sans doute aussi lié à la longueur et au temps qui a passé, mais ça montre un vrai tournant dans les deux cas.

Siris : C’est vrai, il y a un côté ligne claire avec un peu de brut en plus. En fait, avant on disait : « Siris il fait des poils », parce que je mettais plein de petits traits, de détails, de petites lignes. Je ne sais pas trop ce qui s’est passé, mais j’ai passé le rasoir. Ce n’était pas plus rapide de dessiner comme ça, j’ai étudié les expressions pour aller droit au but, tout en gardant mon style.
C’est très important pour moi, parce que quand j’avais quinze ans j’avais mon ami Alain, qui est dans le livre, qui faisait de super bandes dessinées avec des couleurs, j’étais impressionné. Un jour, j’ai fait une affiche pour l’école avec des dessins qui ressemblaient un peu à ses personnages, il n’a pas aimé ça du tout. C’était toute une histoire alors à ce moment-là. J’ai dit : « plus jamais je fais des dessins comme ceux des autres », et j’ai travaillé fort pour avoir mon style. Alors je sais pas si ça a beaucoup changé, mais j’espère qu’on reconnaît encore ! Ce sur quoi j’ai passé beaucoup de temps, c’est le découpage, les dialogues.

Maël Rannou : Le découpage est très efficace, et aussi très simple. Je me souviens de dessin de toi avec des pages élaborées, éclatées en différents morceaux, là il n’y a quasiment pas de jeux comme ça.

Siris : Il y en a un peu là-dedans, mais je ne peux pas me permettre de faire ça là, c’est trop long et puis ça sort du récit. Quand c’est court je peux m’amuser avec ça là c’est pas le moment. Je fais tout le dessin, la couleur sur Photoshop, il faut des formes assez simples.

Maël Rannou : Tu disais ne pas être doué à l’ordinateur, mais ça, tu y arrives du coup ? Tu as fait les couleurs seul ? C’est vrai que ça ajoute aussi beaucoup à la lisibilité, je ne connaissais que les couvertures des Baloney en couleurs.

Siris : Oh oui, je les faisais à l’acrylique, mais ce serait très long ! Je tiens à faire mes couleurs moi-même, c’est trop important pour moi. Pour que je laisse quelqu’un les faire, il faudrait que je tombe vraiment en amour de son travail et veuille qu’elle fasse son job sur mes pages. Alors j’ai appris assez sur Photoshop, je fais pas d’effets compliqués, mais une couleur qui accompagne ça.
J’avais déjà fait une histoire pour Cyclope, j’avais fait une histoire dans le numéro 2 qui avait un thème sur l’enfance, j’avais fait une histoire en couleur acrylique. Ayoye c’était super long ! Mais ça a mis la table en quelque sorte.

Maël Rannou : Le livre est sorti en fin d’année 2017 au Québec, et en janvier 2018 en France, il est là, plus de dix ans de travail. J’ai vu que tu en avais déjà un autre de prévu. Comment on sort d’un tel projet, pas trop vidé ? Tu as aussi les premiers retours.

Siris : Comment on sort de d’ça ? On est soulagé ! Vraiment, je suis content, c’est terminé, c’est là. Mais je ne me suis pas pressé, je me suis dit qu’une fois imprimé ce serait trop tard pour venir corriger alors j’ai pris mon temps. Même sur le PDF je faisais encore des corrections, j’ai même repris des pages du premier volume.
Pis là, c’est terminé, alors je suis sur un nouveau projet avec mon ami Marc Tessier au scénario : un projet sur Dallaire, chez La Pastèque, c’est tout autre chose encore. C’est la biographie de Jean-Philippe Dallaire, un peintre québécois anti-état, anti-religion, même s’il a été sauvé par les dominicains. C’est un projet qui me tient très à cœur aussi, et là ça ne fera « qu’une » centaine de pages. Les gens sont là en me disant « Siris est de retour », mais en fait j’ai jamais arrêté, j’ai juste tenté dans l’illustration, mais ça a jamais marché.
C’est là où on est rendu, et là on est en mode promo, le livre est là. Les lecteurs me disent qu’ils ont trouvé que c’était fluide, j’ai pas plus beau compliment pour moi, là. J’ai fait comme j’ai pu, j’ai préparé mon projet, j’avançais, je disais une chose, il fallait donc que j’en dise une autre, il me manquait des pages, j’en rajoutais. Donc j’ai avancé comme ça, je me suis fait complètement dépasser par moi-même et ça a fait le livre !

[Entretien réalisé à Angoulême le dimanche 28 janvier 2018.]

Notes

  1. Parcours d’études entre le lycée et l’université sans équivalent en France.
  2. Fichtre eu un rôle majeur dans la bande dessinée québécoise, comme librairie mais aussi comme lieu de rencontre, d’exposition et d’édition, et nombre d’auteurs québécois y ont aussi trouvé un emploi ponctuel plus rémunérateur. La librairie a fermé en mai 2010 après 14 ans d’existence.
  3. Le référendum sur l’indépendance du Québec a été très clivant entre anglophones et francophones.
  4. Autrice et dessinatrice, Line Gamache a publié plusieurs bandes dessinées et livres pour enfants.
  5. Frédéric Gauthier et Martin Brault, éditeurs des éditions de La Pastèque.
Entretien par en mars 2018
  • Siris La Poule

    Comme je suis content de cette entretien Ca coule bien, pourtant j,était lendemain de veille lol!! Merci mon Maêl je suis très toucher de cette intéret envers la bd Québécoise et tu ma impressionner tu en connais un sacrée boutte sur notre culture bd d’ici ! et merci a toute l’équipe de l’avoir mis en ligne. tantôt je vais aller le partager !! bonne continuation a toute la gange du9. 😀