(syn)thèse

de

8 janvier 2011, La Sorbonne.

Superbe Ironie.
L’irresponsable le plus fulminant du Landernau de la bande dessinée se voit attribuer l’amphithéâtre Gestion pour la défense de sa thèse. Depuis vingt ans, cette thèse, c’est son serpent de mer, son hydre mythique, sa progéniture miraculeuse. La silhouette de Jean-Christophe Menu, devant le cénacle des rapporteurs, se trouve curieusement infantilisée. Oui, il est à jamais un enfant capricieux et têtu qui ne cède devant rien ni personne. C’est presque en balbutiant et le fard aux joues pourtant qu’il se présente devant ses juges bienveillants. Sa parole est fragile, faible, timide. Sa virulence bien connue est rangée dans son cartable d’étudiant. L’étudiant prend date avec ses maitres, ils se tutoient enfin dans les hauteurs de l’académie.
Dire qu’il est fier d’être là est trop faible. Il est fier de rendre hommage aux enseignants qui l’ont forgé et instruit. Autour, dans les gradins, le public est avide de savoir ce qui se cache derrière cet hydre dont on voit enfin la tête. Jean-Christophe Menu, voûté sur son texte, le présente fébrilement, d’une voix timide peu habitué aux ors de l’académie Ce sont ses juges qui vont définir au plus près son travail.
Parce que s’il est une leçon, une sentence à retenir de cette séance académique, c’est bien cela : c’est le lecteur qui éclaire l’œuvre, c’est parce qu’on est dehors qu’on voit ce qu’il y a dedans. Exposer, poser hors, regarder, changer d’angles. Définir par défaut, par expérience, par intuition, par hypothèse. Par soi. Chacun des rapporteurs nous a apporté une lumière bien particulière sur un objet dont nous connaissons à peine l’énoncé : «La bande dessinée et son double». Les éloges furent nombreux, et les propositions projectives plus nombreuses encore.

Pierre Fresnault-Deruelle, le premier orateur, a été le plus synthétique, le plus empathique. Il a récité une éloge bien sentie envers l’étudiant qui présentait là le fruit d’un travail imposant qui allie pratique, édition et théorie. Lui qui fût un des premiers universitaires à s’interroger sur le corpus de la bande dessinée renvoie la balle au praticien qui se pique de théoriser, il le félicite pour ses intuitions performatives. Homme du cénacle, le verbe haut et la voix claire, son oraison sonne comme celle d’un avocat bienveillant. Il tient littéralement la main de l’étudiant méritant.

Le second orateur, René Schérer, se distingue à bien des égards. C’est le sage, l’ainé, le vieillard éclairé, l’ancêtre. D’une voix cristalline que seul les jeunes enfants et les vieillards possèdent, il se lance avec aplomb dans sa lecture de la thèse. Fort d’une expérience et d’une érudition extérieure à l’objet d’étude, il passionne, et questionne, il prospecte joyeusement l’ailleurs proposé. Renvoyant à l’énoncé même de la thèse, à savoir «la bande dessinée et son double», il interroge avec justesse l’origine même de cette proposition. Comme Antonin Artaud (Le théâtre et son double), qui propose dans les années vingt (Labiche et consorts…) de mettre en lumière un théâtre des origines, un théâtre où la scène et le spectacle sont cruels et dangereux, où l’expression se fait cri, et où les acteurs mettent en jeu leur intégrité physique et abandonnent enfin les boulevards pour rejoindre la caverne du mythe, ne s’agit-il pas, pour la bande dessinée, de revenir à l’animalité (le dernier cri) ? Pourquoi l’enfant et plus tard l’adulte qui dessine se caractérise-t-il si souvent par un style animalier, et ce dès la naissance de la bande dessinée. Refus de l’humain, primitivité enfantine ? Le cri ? La rage ? la griffe ?
Cette question, aussi essentielle que passée presque inaperçue, diffuse, est posée avec force. Elle rejoint à merveille l’idée de déterritorialisation, de marges et de confins chères à Menu. Elle rejoint aussi cette notion, évoquée plus d’une fois : l’infantilisme nostalgique n’est pas la part d’enfance. Et la maturité n’est pas l’adultisme. Quant à Pasolini, cité lui aussi, son propos sur le cinéma et le réel sonne étrangement quand il se frotte au rapport du réel et de l’autobiographie. Qui fonde la réalité d’un dessinateur qui se dessine dans l’intime, sans distance, sans les béquilles de la fiction. L’autobiographie, souvent citée pendant cette défense. L’autobiographie en bande dessiné et l’Oubapo (ouvroir de bande dessinée potentielle, qui prolonge l’Oulipo), cité comme deux inventions (inventions ?)clefs dans le parcours de J-C Menu. Le Je et le Jeu, en somme.

Interruption de séance.

Troisième intervention. Après les avocats de la défense, serais-je tenté de dire, l’attaque. Thierry Groensteen s’y colle. Non pas qu’il renie le rôle de l’homme dans la bande dessinée, oh non, mais bien qu’il s’offusque de cet écrit par trop égocentré, égotique, autoréferentiel. C’est assez amusant, parce que plus d’une fois une ambiguïté va apparaitre : ce grand égocentrique, Jean-Christophe Menu, est pourtant quasi unanimement vanté comme un passeur, un découvreur de talent, un défricheur de l’autre. Mais pourquoi pas, au fond. N’est-ce pas ce souci maniaque de se constituer SON catalogue, Sa bibliothèque idéale, qui est à la base de son intransigeance et de sa curiosité (voire son cabinet de curiosités, comme le propose Fresnault-Deruelle) ?
Revenons à M. Groensteen et à son réquisitoire. Ou plutôt à ses arguties. Il s’agit presque du comique de situation, comme dans l’arroseur arrosé. Loin de nous éclairer sur l’exigence de rigueur qui personnifie tout bon chercheur, M. Groensteen s’est servi de sa lorgnette pour pointer divers détails factuels effectivement un peu approximatifs. Ce n’était pas là la hauteur de champ à laquelle on s’attendait, mais plutôt la vue myope d’un docteur de lois attaqué dans son fondement et qui se récrie. Comme me l’a glissé malicieusement mon voisin, l’argument principal de M. Groensteen était celui-ci : un égotiste, c’est quelqu’un qui ne parle pas de moi ! Ou qui en parle mal. Effectivement, il y eu débat sur le sens des mots hypercadre et multicadre, notions empruntées par Jean-christophe Menu au livre de M. Groensteen, Système de la bande dessinée. La suite ne nous a pas permis de déterminer qui s’était trompé, le lecteur Menu ou l’émetteur de l’énoncé Groensteen. La pertinence de M. Groensteen réapparaît quand il pointe la notion de langage constitué ou en devenir qu’est la bande dessinée. Il interroge aussi la notion d’avant-garde chère à Menu, alors que celle-ci est légèrement obsolète dans notre époque postmoderne (ou post post ?). Bien qu’il n’y eu pas d’attaque ad hominem, on sentît derrière cet échange un ressentiment imprécis extérieur au cadre de la thèse. Match nul.

Le dernier contradicteur ravît plus surement nos esprits gourmands de controverses. Là encore, l’attaque n’est pas frontale. Chacun des juges a reconnu les qualités objectives du travail de Menu, sa plume, ses intuitions, sa passion contagieuse et son érudition. Mais il faut aussi composer avec les habitus de l’académie. Emmanuel Souchier dissèque à son tour le modus operandi de Menu. S’il lui trouve les vertus littéraires et personnelles de la thèse d’un homme qui fait corps avec le sujet de son étude, il pointe douloureusement ce que ce modus operandi n’est pas : soit un travail qui pose non pas un Sujet, mais un Objet. Un objet à examiner sous toutes les coutures, sans affect, sans pré-requis, sans préjugés, comme une Chose étrangère à soi. Non pas qu’il regrette que Menu ce soit emparé à bras-le-corps de sa thèse (encore une fois, il est élogieux tant sur sa forme que sur son fond), mais précisément qu’il se demande pourquoi c’est une thèse universitaire, et non pas une parution littéraire, un essai. Quelle légitimité entend trouver Menu en venant proposer «La bande dessinée et son double» ici, à l’Université ? Sa question, maligne, suscite une réaction de la part de Jean-Christophe Menu que j’essaye de transcrire au plus près : «Pourquoi j’ai fait cette thèse ? pour rien ! Quand je commence quelque chose, je le termine.»
«Pour rien !» — on retrouve là le personnage don quichottesque, punkoïde, de Menu, le Meder n’en a rien à foutre, le gamin effronté. «Quand je commence quelque chose, je le termine». C’est Menu l’éditeur qui parle, l’autocrate, le visionnaire inspiré. La suite de sa réponse est sincère et humaine : «Je suis ici parce que j’ai un tribut à payer, un potlatch pour ceux qui m’ont modelé, ceux qui m’ont fait tel que je suis, vingt ans après, droit sur mes ergots.» C’est juste.

J’évoque brièvement la dernière intervention de monsieur Jacques Cohen, paternelle et dithyrambique, hommage d’un professeur à son étudiant, un brin ennuyeuse dans l’éloge, comme ces sermons «à la papa» de fin d’études. Elle précède la seconde interruption. L’heure tourne, il faut délibérer. Quelle mention donner à ce doctorant inédit ?
Pendant une dizaine de minutes pour le public et sans doute ce qui parait une année d’attente de plus pour Menu, le jury se réunit à huis clos. Dans le public, on se donne rendez-vous pour boire une coupe de champagne (il faut bien ça après tel événement), les plus intimes félicitent le doctorant.
Le jury revient. Comme à la messe, quand les non-pratiquants ignorent le moment où il faut s’asseoir ou se lever, le public (majoritairement des dessinateurs), peu au fait des usages, est maladroit. Oui, il faut se tenir debout pour entendre la sentence suivante : «Le jury décerne à l’unanimité au docteur Menu la mention «très honorable, avec les félicitations du jury». L’accolade du jury, sympathique et conviviale, détend enfin l’atmosphère. L’élu est adoubé, et on retrouve sur son visage ce sourire enfantin déjà croisé. L’ovation finale et chaleureuse suite à la proclamation est méritée, parce que le docteur Menu nous réserve encore de belles années d’auteur, d’éditeur et de théoricien subjectif.
Bravo, monsieur Menu, vous ne serez jamais membre de l’Académie.

[Photos prises par June, dessin de Fabrice Neaud — merci à eux.]

Humeur de en janvier 2011
  • Côme Martin

    Suis-je le seul à être choqué de la décision finale du jury ? Non qu’il ne mérite sa thèse, son travail le prouve… Mais après avoir été attaqué par deux membres du jury sur le manque de sérieux et de rigueur universitaire de son travail, ce « à l’unanimité » me reste décidément en travers de la gorge. D’aucuns pourront dire qu’en tant que doctorant moi-même, je suis jaloux… Non, je trouve seulement que cela ne fait pas honneur à l’université, tout comme il ne lui fait pas honneur d’assigner au jury de Menu 5 personnes qui, sinon ses amis, sont du moins des gens qui lui sont proches.
    Enfin, de toute façon tout cela était sous le signe de la subjectivité, autant y aller jusqu’au bout !

    • Xavier Guilbert

      N’ayant pas pu assister à la soutenance de JC Menu, je ne puis juger, mais ayant eu à faire partie d’un jury de thèse (pour la première fois) il y a quelques semaines, je dois dire que je ne suis pas plus surpris que cela.

      Tout d’abord, on m’y a expliqué que les mentions n’existent officiellement plus (l’académie les ayant supprimées il y a un an ou un an et demi) et qu’on ne continue à les donner que par habitus. Ensuite, il semblerait que la gamme des mentions disponibles va de « honorable » (soit très médiocre) à « très honorable » (soit passable, mais avec de gros problèmes) puis à « très honorable avec les félicitations du jury » (et là, c’est bien).

      Dans le cas de la thèse que j’ai du juger, deux des membres du jury avaient de fortes critiques sur la méthodologie, l’angle abordé, et même certaines des conclusions, l’un d’entre eux allant même à poser la question de savoir si la thèse avait été soutenue dans la bonne discipline. Par contre, au moment de la délibération, tous s’accordaient pour reconnaître un travail sérieux, avec lequel ils avaient des désaccords, mais qui était indéniablement intéressant et novateur. Et les félicitations du jury ont été à l’unanimité.

      Ce qui veut dire que l’on peut faire valoir des points de désaccord, critiquer certaines approches, mais néanmoins reconnaître l’intérêt de ce qui est présenté. Et au final, accorder ce qui n’est, en définitive, qu’une médaille en chocolat. JC Menu est docteur, c’est un fait, mais je doute qu’il fasse beaucoup valoir sa mention…

      • christian Rosset

        Oui. Tout cela est parfaitement dit (et le compte-rendu de Christophe Poot est impeccable). Pour ma part, j’ai aussi assisté à plusieurs soutenances de thèse dans cette chère vieille Sorbonne. Et, à chaque fois, quand le travail est sérieux, ça se passe exactement comme ça. Le jury se répartit les rôles: les « gentils », les « méchants » qui, au fond, ne sont pas si opposés que ça – simplement, ça fait partie de leur travail que de souligner certaines faiblesses, de donner à entendre la voix de l’autorité universitaire, de défendre l’académie (pas si en péril que ça) tout en se réjouissant de ce qui est en mesure, non de l’ébranler, mais de la secouer, un peu. D’où l’unanimité qui ressort – en ce qui concerne mon expérience – à chaque fois. Les félicitations sont davantage liées à cette opiniatreté dans l’engagement, à cette fidélité à soi-même, dont Jean-Christophe Menu fait preuve à chaque ligne de sa thèse. Cela ne veut pas dire qu’elle est sans défaut. Mais les remarques des jurés ont montré, elles aussi, leurs limites. C’est Schérer que j’ai le plus aimé écouter, peut-être parce que sa culture est plus proche de la mienne. Et surtout parce qu’il ouvrait un espace de dialogue: ni laudateur, ni père fouettard bienveillant. « La bande dessinée et son double » est effectivement entre la thèse et l’essai. C’est écrit pour être publié, non dans le but de se lancer dans une carrière de prof d’université. À ses futurs lecteurs, maintenant, de relancer le dialogue.

      • Blackbolt

        Tout d’abord, on m’y a expliqué que les mentions n’existent officiellement plus (l’académie les ayant supprimées il y a un an ou un an et demi) et qu’on ne continue à les donner que par habitus. Ensuite, il semblerait que la gamme des mentions disponibles va de « honorable » (soit très médiocre) à « très honorable » (soit passable, mais avec de gros problèmes) puis à « très honorable avec les félicitations du jury » (et là, c’est bien).

        Je ne sais pas ce qu’il en est de l’Université au sein de laquelle J.C. Menu a soutenu don doctorat, mais les mentions subsistent (pas uniquement au titre de l’habitus) dans certaines Universités.
        Par ailleurs, la signification que vous donnez aux mentions diffère significativement entre les Universités et les matières. Pour certaines, les félicitations du Jury ne sont jamais données alors que dans d’autre l’usage en est plus fréquent.

        Je trouve étrange le déroulement de l’échange (en tout cas tel qu’il nous est rapporté). Généralement, les rapporteurs de la thèse rapportent puis vient une séance de questions auxquelles l’impétrant est invité à répondre. J’ai l’impression, au vu de ce compte-rendu, que les membres du Jury ont profité de cette soutenance médiatisée pour s’offrir une tribune. La photo que vous avez retenue pour illustrer l’article va bien dans ce sens (le Jury est face au public !?!)

        • June

          Généralement, les rapporteurs de la thèse rapportent puis vient une séance de questions auxquelles l’impétrant est invité à répondre.

          Oui, tel était bien le cas, schéma classique respecté : petite présentation (écourtée, évidemment), puis l’argumentation/commentaire/questionnement de chacun, suivi aussitôt par les réponses de JCM.

          J’ai l’impression, au vu de ce compte-rendu, que les membres du Jury ont profité de cette soutenance médiatisée pour s’offrir une tribune. La photo que vous avez retenue pour illustrer l’article va bien dans ce sens (le Jury est face au public !?!)

          Oui, et JCM de profil, assis à son petit pupitre, devant le Jury, entre eux et le public… J’ai trouvé ça curieux aussi, mais n’ayant assisté qu’à deux soutenances, j’ignore tout des conventions d’usage et cela ne m’avait pas choqué outre mesure, même si je trouvais dommage que la moitié du public (très nombreux) n’ait comme vision le Mont Vérité Capillaire du jeune docteur.
          Bon, l’important était ce qui se disait, après tout…

        • Jean-no

          Les mentions subsistent, à tel point qu’une directive réclame aux écoles doctorales de ne pas attribuer plus de 10% de très honorable-avec-félicitations-à-l’unanimité, m’a-t-on dit.

    • Jean-no

      Que des membres du jury cognent sur le doctorant n’est jamais mauvais signe : ils disent en quoi ils ne sont pas d’accord, mais ça ne les empêche pas de saluer le travail et ses qualités ensuite. La mention dépend beaucoup de la pugnacité du directeur de recherches à défendre le bout de gras pendant les délibérations.
      Que le doctorant connaisse son jury n’est pas vraiment anormal, au sens où dès qu’on est dans des sujets un peu spécialisés, il devient impossible, inimaginable de ne pas connaître les uns et les autres, d’autant plus que Menu n’est pas juste un étudiant mais est aussi un auteur, un éditeur historique et un pamphlétaire sur lequel le tout Paris a une opinion. Non ?

      • christian Rosset

        Oui. Bien dit. Enfin le tout Paris, pas sûr, mais quand même…

  • Allister B

    Je n’ai pas lu la thèse de Menu, mais j’ai assisté à la soutenance ; autant dire que tout ce qui suit n’est qu’un composé d’hypothèses au vu de cette soutenance, et qu’une lecture de la thèse pourra sans doute très vite rendre mes réserves hors de propos. Je précise avant tout que j’apprécie beaucoup le travail de JC Menu et de l’Association en général et que mes remarques sont ancrées dans le point de vue que j’ai eu sur cette soutenance en tant qu’élève en Master de philosophie à Paris 1.

    Les remarques de Groensteen ne portaient pas que sur des détails historiques : comme vous le dites, il s’est interrogé sur la question de la « langue » ; et je pense que c’est bien une question fondamentale. Les propos de T.G pointaient aussi du doigt le flou conceptuel de la thèse. La thèse de Menu a été présentée, par lui-même comme par son jury, comme grosso-modo une réflexion sur les potentialités de la bande dessinée. Pour cela, Menu a eu recours au terme de « langage », qui semble désigner pour lui ce qui est propre à la bande dessinée. Et le propre de la bande dessinée, Menu se l’est approprié dès son plus jeune âge, au point d’en faire sa « première langue ». Le jury a souligné le fait que Menu ne définisse pas ce qu’est une langue, et ne distingue pas la langue du langage. Or, cela me semble capital (cet article semble soutenir que les « attaques » du jury sont accessoires): prétendre que la bande dessinée est « une langue » ne peut se faire légèrement. Le fait que cela sonne bien ne suffit pas. L’esthétique, dès sa naissance, a eu tendance à rapprocher l’art et le langage (on va partir de Kant avec la communicabilité du sentiment de beau) au point d’assimiler art et langage (nécessité de l’intelligibilité de l’art symbolique dans l’Esthétique de Hegel). Or, cette assimilation tend à rationaliser l’art de façon excessive (au point peut-être de rapprocher art et science ? « une science bien faite est une langue bien faite » rappelle Condillac), de sorte que tout le travail d’un philosophe de l’art du XXème siècle doit être de dé-rationnaliser ce que suppose l’identité entre art et langage (on pense à Benjamin et à son exégèse ouverte supposée par l’allégorie dont le sens ne peut jamais s’épuiser, on pense aux œuvres d’art vues comme anachronismes).

    Or, Menu quand il parle de la bande dessinée comme d’une langue ne semble utiliser ce terme que parce qu’il est commode. Il semble, au vu de cette soutenance, qu’il ignore la lourdeur des termes qu’il emploie et je comprends que cela puisse agacer : comment d’un côté défendre l’idée que la bande dessinée n’est que rarement actualisée dans toutes ses potentialités et d’un autre côté l’idée que la bande dessinée est une langue, rationnelle, qui est donc la même chez tous ceux qui l’emploient (cela revient à vanter à la fois une bande dessinée sans essence et une bande dessinée homogène)? Et puis, est-ce vraiment pertinent de penser la bande dessinée, toujours en discours avec ses origines populaires, dans les termes de l’esthétique (cela étant Menu semble bien avoir dépassé les questions, toujours limitées, de hiérarchisation des œuvres et semble assumer le va-et-vient continu de la bande dessinée entre le populaire et l’artistique)?

    Néanmoins cette thèse a en effet l’air très intéressante voir passionnante en tant que témoignage. Il reste que conceptuellement, et c’était le rôle du jury de le souligner, elle semble être floue et peu profonde (et puis c’était bien rigolo de voir le vieux Schérer balancer de la phénoménologie à Menu, qui n’a rien compris). Je ne vois pas ce qui fait des interventions de Groensteen et de Souchier des « attaques » : le jury, en « adoubant » un soutenant, co-participe à l’existence de la thèse, et se doit aussi de l’assumer. « Grand jour pour la bande dessinée, mauvais jour pour la BD » s’exclame Robial à la fin de la soutenance…on pourrait se questionner : et pour l’université ?

    • christian Rosset

      Non, en effet, pas pour l’université. Mais on a tous compris que ce n’est pas le problème. Et aussi que Menu raisonne énormément en « artiste ». Il n’est pas un théoricien. C’est un intuitif. Et un combattant. Il est très cultivé, beaucoup plus que la moyenne de ses pairs, mais ni linguiste, ni philosophe. Par contre, il est un agitateur d’idées, un grand subjectif. Un auteur. Et il use de métaphores dont on comprend très bien l’usage et la pertinence. Donc, pour apprécier, il faut prendre distance, notamment avec le lieu où se passe cette soutenance! C’est presque une thèse pirate. Et je crois qu’elle n’a pas d’autre prétention que d’être l’approfondissement de ce « journal d’une existence de bande dessinée » d’il y a vingt ans. C’est déjà pas mal. Quant aux « reproches », je trouve que ceux qui s’occupent de bande dessinée sont décidément un peu en retard. Ces affaires d’avant-garde et de postmodernité, ça ne nous rajeunit pas. Le réflexion de Schérer sur « l’animal que donc je suis » de Derrida », qu’il frotte au concept de « devenir-animal » de Deleuze-Guattari pour s’amuser à voir ce qui peut se passer, de ce côté-là, avec les lapins de Menu, ça, c’était formidable! Pas forcément convaincant, mais inattendu et ouvrant des pistes (mais là il nous faut un philosophe, pas un fan de bd).

      • Allister B

        On est d’accord, la réflexion de Schérer s’avère (malgré lui ?) assez fertile : c’était inattendu. J’adhère aussi à votre remarque : on a bien affaire ici à une thèse « pirate » qui demande qu’on prenne de la distance avec le lieu. Et c’est bien justement ici ce qu’on pourrait appeler, selon le plan sur lequel on se situe, un problème ou un achèvement.
        Un problème : quand je lis dans l’Eprouvette un appel à une « érosion progressive des frontières », j’entends que les normes d’un domaine pourront faire l’objet d’une réflexion dans le cadre d’un autre domaine. Il ne s’agit donc pas de subvertir les normes d’un travail universitaire quand celui-ci a pour sujet la bande dessinée, mais bel et bien de les respecter. C’est la seule manière possible pour que l’échange puisse être fertile : en appliquant la rigueur de l’université et de ses exercices à des domaines qui lui sont plus ou moins étrangers, comme celui de la bande dessinée, alors chacun des deux partis sera susceptible d’apporter quelque chose à l’autre. Dans le cas de la soutenance de Menu, j’ai bien l’impression qu’il s’agit de quelque chose de pirate, qui demande, alors même qu’on entre dans la Sorbonne, de quitter les lieux! C’est bien dommage : ici, plus que jamais, Menu a montré que sa critique du « microcosme » de la bande dessinée ne pouvait avoir lieu que parce que lui-même faisait partie de ce microcosme : pour le connaître, il faut en être. Et le travail théorique s’est fait à travers le filtre de cette appartenance à ce microcosme, et non par le passage d’un microcosme (celui de la bande dessinée) à un autre (celui de la faculté). Quand est-ce que l’on pourra effectivement faire le grand saut entre la bande dessinée et ce qui lui est étranger ? La démarche de Menu est salutaire : elle appelle à voir ce qui est autre que la bande dessinée. Elle est aussi limitée : cet appel se fait sans sortir du cadre de la bande dessinée. Résultat : avec cette thèse, Menu aura sans doute l’estime du « microcosme lecteurs d’indé » mais sans doute pas celui de la faculté. Je me demande quand est-ce que prétendre aux deux ne paraitra pas farfelu.

        Un achèvement : cette thèse, formulée par Menu, ne pouvait être que ce qu’elle semble être aujourd’hui. Elle a bien l’air d’être en parfaite cohérence avec le reste de l’œuvre de Menu : formulée par Menu, l’homme-BD, elle ne pouvait pas être tout à fait une thèse, et c’est sans doute tant mieux dans le cadre de son œuvre.

        Grand jour pour l’œuvre de Menu, pour la bande dessinée, et donc oui, mauvais jour pour la BD : et puis c’est tout. Dommage.
        Le véritable problème c’est donc que certaines instances de légitimation dans la bande dessinée (comme Menu), qui appellent à se nourrir d’autres domaines, restent dans les limites de cette bande dessinée et formulent cet appel de l’intérieur. Je ne me vois pas proposer un mémoire à Menu, quoique j’aimerais bien travailler sur certains sujets ayant traits à la bande dessinée : je ne viens pas de ce milieu et je n’y suis pas né. Pourtant un véritable travail faisant le va-et-vient entre la théorie et l’exemple serait sans doute fertile. Mais cela semble bien trop fade pour un Menu, dont on dirait qu’il ne peut concevoir le dialogue entre bande dessinée et université qu’en faisant un double geste : une expression d’humilité sur le visage, et l’intégralité de Berck (« il est trop intellectuel !») de Gébé sous le bras.

        • Aba Sourdi

          Ce que tu trouves dommage me semble avant tout cohérent : Menu a toujours revendiqué le côté « contre-culture » de la bande dessinée. Cela m’aurait politiquement choqué que Menu s’inscrive dans un discours universitaire académique, car l’université on dira ce qu’on voudra mais c’est pas très 01.
          Le chemin que Menu creuse et qui est le plus intéressant, c’est l’interstice subtil entre le discours puéril-potache incapable d’analyse et le discours bourgeois-débandant de légitimation morne. Si la bande dessinée veut garder toute sa fraîcheur et son intelligence, c’est là qu’elle doit perdurer à mon sens.

    • christophe poot

      personnellement, je ne partage pas l’analyse de Menu sur bien des points. J’ai minimisé effectivement, même si je l’ai notée dans mon compte-rendu, le flou très dommageable de la question du langage.
      Quand je parle d’attaque, c’est au sens figuré.
      Et elles étaient bienvenues, ces attaques, pour éviter le consensuel mou.
      Quant à la question de l’université, je pense qu’elle survivra sans problème à ce petit accroc académique.

  • June

    Autant le dire, une fois pour toutes : oui, nous étions nombreux, ce jour-là, à estimer que l’incroyable travail de Menu n’était pas un travail de thèse classique, et que l’échine égocentrée (et donc ultra subjective ?) qui la tenait de bout en bout l’écartait d’un travail que quiconque venant d’autres sphères universitaires pourrait appréhender sans ciller.
    Oui, ça ressemble finalement à un essai, un formidable essai qui creuse bien des voies encore à défricher, qui recadre et/ou pose des débuts de pistes à creuser (il y en assez eu par le passé, on les connaît déjà), mais dans le cadre d’un gros travail qui englobe tellement d’angles de vues différents (mais toujours via le même prisme d’analyse : JCM au centre, comment pourrait-il en être autrement ?), et voir Groenstenn, en guise de critique constructive, exprimer sa déception de voir Menu présenter certains travaux de Villard de Honnecourt prétendument comme l’ultime racine originelle, en omettant de préciser que si Menu n’a jamais remis en causes les tonne d’enluminures et gravures qui vont très bien, merci, et qu’il précise plusieurs fois dans cette partie le fait d’avoir été touché par ces boulots « en tant que dessinateur« .
    J’ai enfin vu de quoi il retournait en ce qui concerne ce fameux picard grâce à « La bande dessinée et son double », et j’avoue ne pas avoir ressenti autant de satisfaction (mot utilisé par défaut) en consultant telles ou telles enluminures, censées répondre à toutes les conditions pour y voir de nobles et fières racines. Il ne me semble pas que Menu posait certains travaux de Honnecourt comme le nouveau référent historique, mais plutôt comme une découverte singulière qui la distinguait de ce qu’il avait vu et creusé dans ce registre. Ca et le coup de ce boulot de Spiegelman cité par JCM comme un travail sur deux planches alors qu’il en faisait trois… Ouais, bon, super…

    A ce titre, je rejoins Christophe, l’auteur de ce chouette texte qui m’a replongé dans cette belle journée, sur le fait d’avoir trouvé le vaillant Thierry Groenstenn, dont la valeur du travail n’est plus à citer, un tantinet tatillon.
    La seule vraie foirade de cette soutenance, pour moi, étant ce sac de noeuds autour des notions d’hypercadre/multicadre : si le livre de Groenstenn n’était pas clair, alors oui, Menu aurait dû/pu tâcher de défaire cela avec lui, les deux se connaissant depuis assez longtemps pour qu’on puisse imaginer le futur docteur passer un coup de fil, comme le disait Groenstenn.
    Mais j’ai beau chercher, c’est bien le seul truc qui a été relevé qui m’a semblé vraiment notable, et digne d’un « recentrage » du jury en ce qui concerne les approches « techniques » du travail de JCM.

    Cela, et comme le dit Christian Rosset un peu plus haut, les petites vagues autour de l’avant-garde, thème cher à JCM, mais qui se heurtait là à quelques décennies de critique de ces notions… et on peut imaginer combien il doit être dur de convaincre sur ces idées lorsque l’on vient avec un travail de thèse présenté comme un projet très personnel… Ca n’a pas manqué.

    Et les bestioles de Schérer, ca n’est pas allé assez loin à mon goût ! Il aurait fallu mettre Schérer et Menu autour d’une table et les faire parler de ça, pendant une heure, autour d’un verre : arrivé dans l’amphi, je me disais que ce vieux bonhomme semblait bien fatigué, à feuilleter le double-bouquin de JCM, comme s’il le découvrait… Mais dès lors que sa parole résonnait, mazette, quel beau moment ! Belle découverte que d’écouter cet homme, beau moment d’une journée riche en doubles.

    L’opiniatreté du Facteur Cheval, pardon, du Docteur Menu, a finalement payé. Il s’agissait là d’une journée marquante, et qui à l’image de la personne qui venait soutenir, était chargée de symbolique, évidemment. Mais c’était loin de n’être que ça, à mon goût.

    • christian Rosset

      Je reviendrai un de ces jours sur cette histoire d’avant-garde parce que – sauf erreur de ma part – je devais être quasiment le seul dans cette salle à avoir réellement participé quelques années à un mouvement « d’avant-garde » finissant (entre déc 75 et mi 79) et conscient qu’on était à la fin d’une époque. Il se trouve qu’une des personnes qui m’a accueilli dans ce « mouvement » quand j’avais 20 ans (et qui a bien pris distance depuis) était dans la salle. Son nom: Jacques Roubaud (la calvitie de dos, sur la photo là-haut, c’est lui). Le fait qu’il soit venu est déjà un événement. Je l’ai vu bondir quand on parlait de langage, de Pasolini, etc. Je l’ai senti s’agacer de ne pouvoir comprendre les marmonnements de JCM très mal sonorisé (et peu apte à la communication en public). Ceci dit, la présence sympathisante de celui qui a publié sa thèse sous le titre « La fleur inverse », un des bouquins les plus indispensables de ces trente dernières années, est pour moi un réconfort. La France est le pays qui a condamné Michel Butor et autres véritables génies de l’enseignement à aller voir ailleurs comment fonctionne l’université. Derrida a surtout enseigné aux USA, Butor à Genève, et j’en passe. Pays timoré, coincé, gangréné. Je n’entre jamais dans la Sorbonne sans avoir envie de la fuir. Je n’ouvre jamais un bouquin d’un grand penseur sans me rappeler à quel point le pauvre a dû se farcir les institutions de ce malheureux pays…

      • philippe capart

        Lors de cette séance les images n’étaient que littéraires et verbales…aucunes images plastiques. c’est pourtant le support essentiels de ce média « Bande Dessinée ». Le seul micro-évènement graphique fut quand Menu rompt le protocole et s’improvisa « Lightening sketcher » reproduisant sommairement un dessin de Villard de Honnecourt à la craie sur le tableau…devant un jury unanimement surpris de voir le dessin s’y invité. L’image semble encore bien marginale à la Sorbonne.

      • Fred

        Je reste un peu déconfit à la lecture de ce que je lis, qui comporte une belle part d’approximations sur ce qu’est l’université – on y trouve entre autres des mentions sur « l’académie » sans qu’on sache ce que recouvre cette notion floue qui n’a plus de sens institutionnel depuis fort longtemps, alors que les diplômes sont certifiés et définis non par les universités mais par l’Etat (ie le ministère), que les mentions continuent à exister (en France du moins, où a été soutenue cette thèse)… Quant aux commentaires navrants de Christian Rosset, c’est assez triste de voir que la recherche universitaire est à ce point méconnue et jugée aussi sommairement (ce qui permet certes cette posture bien avantageuse d’esprit libre – de fait, autant faire de nécessité vertu).

        • christian Rosset

          Vous lisez trop vite (ou manquez d’humour), mais ce n’est pas grave! La recherche universitaire, merci, je connais un peu, et ça prend même une part importante de ma vie de rester informé des travaux de ceux qui m’importent (Nancy, Didi-Huberman, par ex.; beaucoup de ceux que j’ai fréquentés ne sont plus en vie: Deleuze, Lacoue-Labarthe, Derrida, etc.; bien content d’avoir eu l’âge des études au moment où ils étaient là, disponibles). Mais ce n’est pas le lieu d’échanger à ce sujet. Je me demande bien d’ailleurs si la rapidité de ce mode de « conversation » sommaire peut donner quelque chose qui vaille la peine d’être conservé et je retourne à mes lectures qui, ce soir, sont plus poétiques que philosophiques.

          • Patrick

            D’un autre côté, une fois la thèse soutenue le samedi, une fois que la recherche universitaire a eu avancée, dès le lundi, le personnel de l’Association s’est mis en grêve du fait de problèmes qui semblaient couver depuis quelques temps, contre une réduction de moitié du nombre de salariés, contre le dysfonctionnement des organes de l’association… La grêve est reconduite une semaine après. La gestion de l’association « L’Association » semble poser quelques problèmes.
            Tout le monde est au courant ? Personnellement, j’ai assez peu d’informations à ce sujet mais ça m’intéresserait d’en avoir. Même si je ne suis pas membre de cette association, seulement un lecteur.

          • Aba Sourdi

            Oui, je trouve moi aussi assez symbolique le fait que la thèse de Menu soit présentée la semaine où ses défauts en matière de gestion humaine et financière explosent, on peut difficilement en faire abstraction et se borner à ne voir là que le « hasard »… Je pense que Menu lui-même, en grand mystique, saisit bien l’ironie du sort qui fait plus que jamais de ce travail de longue haleine un baroud d’honneur, une étincelle finale qui lui permet d’exprimer une bonne fois pour toutes la foi qui l’a animé durant toutes ces années, alors que ses maladresses et son égoïsme sont plus que jamais dénoncés. Et je dis cela sans animosité aucune je précise, ayant été nourri par sa pensée.

        • Jean-no

          @Fred : les diplômes sont certifiés et définis non par les universités mais par l’Etat (ie le ministère)

          Je dirais plutôt par les deux. On reçoit bien le titre de « docteur de l’université x ou y » en une certaine discipline, et le tout sous tutelle de l’état.

          • Laure Garcia

            A propos des salariés de L’Asso, il y a une pétition, et il est vrai que la thèse en même temps que la grève, c’est un sacré acte manqué réussi.

          • christophe poot

            c’est plutôt hors propos, qu’à propos….

          • patrick b

            Il faut décloisonner les cloisons !

          • JLouis

            Hors de propos? Vraiment? Voilà un point de vue qui vient parfaitement compléter ce compte-rendu hagiographique (et donc plein de justesse). Les dithyrambes que vous adressez au génie trouvent un délicieux appendice avec cette remarque méprisante pour la seule personne qui vienne étendre le débat par une information essentielle sur le personnage (mais c’est vrai que les luttes sociales ne sont rien à côté de l’Art — voir sur le sujet mon autre commentaire)

          • Anonyme

            Pardon de revenir sur ce point un peu connexe, surtout par rapport à la discussion sur l’Association et J.C. Menu mais oui en effet, on pourrait aussi le dire comme ça… Cela dit, les diplômes sont (encore) nationaux et être docteur de l’Université machin ou truc compte tendenciellement moins que le directeur de la thèse, sa publication ultérieure, la composition du jury, etc (ma formulation impliquait surtout l’idée de certification symbolique par l’Etat, au-delà des dispositifs universitaires « concrets » dont on ne peut de fait pas nier l’existence). Mon post visait surtout le caractère flou mais saturé de connotations négative de la référence à l’académie, pour souligner que préjuger positivement de la valeur d’une réflexion parce qu’elle en est rupture avec les critères universitaires est un peu léger (surtout que, puisqu’on touche à un domaine artistique, la notion d’académie convoque confusément l’idée d’académisme artiste, ce qui vient créer un amalgame assez douteux). Un travail universitaire est ni plus ni moins qu’un travail critique, qui analyse de façon raisonnée et systématique ses propres énoncés et ceux disponibles par ailleurs.
            Je réagissais aussi aux lieux communs sur l’université française soit-disant sclérosée. Ce n’est peut-être pas le lieu d’en parler, je le reconnais, mais dans ce cas autant nous épargner ce genre de contre-vérités.

          • christian Rosset

            Ni vérités, ni contre-vérités : plus d’un professeur en Sorbonne (ou ailleurs) se plaint de ce que la poussière continue à s’incruster. Mais il y a aussi ces lieux magiques où la parole circule – comme chez Deleuze à Vincennes. Et des cours écrits avec précision que le livre, aujourd’hui, met heureusement à disposition de ceux qui n’étaient plus (ou qui n’ont jamais été) étudiants (comme « L’animal que donc je suis » dont il a été question dans ces commentaires – grâce à René S.) Maintenant oublions tout ça, tournons la page, et, comme cette thèse est éditée, voyons si elle suscite des commentaires critiques intéressants.

  • JLouis

    Pendant que les groupies se roulent par terre devant leur idole et qu’elles glorifient cet « infantilisme nostalgique » qui pourrait presque prétendre à devenir la nouvelle incarnation du romantisme, les salariés se font copieusement piétiner par les rangers du Maître. Une forme de dédicace qui devrait les réjouir. Au lieu de ça, les ingrats réclament qu’on les écoute et s’offusquent que leur soit proposé de rencontrer un « psycho-sociologue » (sic) en lieu et place de leurs revendications. C’est un fait avéré, les salariés ne sont que des enfants capricieux dans des corps d’adultes. À ce titre, ils devraient pouvoir s’entendre avec le « Génie Infantile »…? Mais voilà, les enfants sont jaloux par nature, ils refusent de reconnaître la supériorité de l’un des leurs lorsqu’ils y sont confrontés. Pauvre J.C, incompris par ceux qui lui doivent salaire et reconnaissance (encore qu’il a toujours refusé d’être le patron officiel de L’Association — ne pas brouiller l’image du rebelle). En réclamant aujourd’hui plus de transparence et de respect, les salariés-voyous menacent une œuvre que vient tardivement consacrer cette thèse (c’est vrai qu’il a fallu avant cela s’occuper du mythe persistant des associés-fondateurs, tâche pénible et chronophage). Menu aurait du virer ces parasites plus tôt! Ils ont maintenant l’appui de nombre d’auteurs. Pire encore, un comité de soutien s’est créé qui réclame que la démocratie, dont La Mappemonde avait fini par débarrasser la structure, soit rétablie! Que le code du travail soit respecté! Que l’esprit collectif des origines soit restauré! Et tout ça, au mépris de l’Art! Heureusement, Menu est un vrai combattant, un révolutionnaire qui n’a pas peur de se salir les mains quand la cause est menacée. Il a donc réuni hier matin, samedi 22 janvier 2011, un commando de choc et a monté dans le plus grand secret, avec les vieux complices Patricia Perdrizet, Pacôme Thiellement, Étienne Robial et quelques plus récents camarades, une Assemblée Générale extraordinaire de L’Association dans un cabinet d’avocats installé rue de Varennes, dans l’immeuble mitoyen de Matignon (l’urgence ne doit pas faire négliger le prestige). Le but? Réécrire les statuts en douce, obtenir les pleins pouvoirs et avoir enfin les mains libres pour rééduquer les masses (salariales en l’occurrence). Malheureusement, le sort s’acharne… Un groupe composé d’adhérents, d’auteurs et de salariés, mis au courant de la tentative de putsch, a débarqué pour faire échouer cette courageuse tentative. Après la Côte d’Ivoire et la Tunisie, c’est un nouveau coup dur pour la bande dessinée!

    • christian Rosset

      Jean-Louis,

      je suis en grande partie d’accord avec toi, surtout sur cette glorification de l’infantilisme nostalgique que je vomis. Qui a lu ce que j’ai écrit sait à quel point je suis aux antipodes de cette chose si courante dans la BD.
      Mais deux choses: d’abord sur Pacôme Thiellement. Je n’ai aucune nouvelle de lui, directement, mais je suis certain qu’il vit très mal tout ça. Il vaudrait mieux le laisser en paix.
      Ensuite, il aurait été intéressant de discuter de la thèse de Menu avec des personnes qui l’aient lue. Et donc, j’aurais mieux fait de ne pas participer à cette discussion, puisque n’ayant aucun interlocuteur (j’ajoute que ç’aurait été pour moi un pur exercice de réflexion). J’ai joué à la provocation (et j’ai aussi quelques critiques sérieuses au sujet de l’université française, c’est vrai). Mais je vois bien que ce n’est pas ici le lieu.
      Et enfin, je suis d’assez prêt la situation en Tunisie et je m’intéresse aussi à celle de la Côte d’Ivoire. Désolé, mais je ne vois pas le rapport.
      Dans l’espoir que tout ça se dénoue intelligemment.

      • Gérald Auclin

        Christian, tu ne vois pas le rapport ? Ca m’étonne un peu. Il y a quand même un problème de position assez évident chez Menu. Un contradiction entre son discours critique (ou polémique) et la situation actuelle… qui prend une couleur particulière quand on se remémore les phrases de Menu sur l’absence (ou du moins la rareté) d’engagement politique dans la bande dessinée récente. Et ce, en citant comme exemple Gébé, Bittercomix et… les situationnistes surtout ! Affirmer des opinions « gauchistes » et se comporter en patron-voyou (car il faut bien employer ce terme qui sied très bien au cas présent) ça me semble pour le moins contradictoire.

        • christian Rosset

          Gérald, il ne faut peut-être pas répondre à chaque fois… Mais bon, c’est le jeu, fallait pas commencer… Je voulais juste dire: ne mélangeons pas tout. Ou, si tu préfères: restons modestes. Puisqu’on parle de lui, j’aimerais bien savoir dans quel état est Menu. Et tu vois, je fais comme s’il n’était pas là, comme s’il ne pouvait pas nous lire et nous répondre. J’aimerais bien avoir une preuve de vie – de vitalité. J’attends quelque chose comme un réveil ou des relevailles. Je crois que quand « on » parle de lui, « on » parle d’un fantôme. D’une ombre sur laquelle on peut tirer à vue. Il est peut-être docteur de l’université de Paris I, mais dans ma « clinique », il est un patient sans diplôme. Sinon, sur le plan politique, oui, c’est là où j’ai les plus grandes réserves. Mais on en parlera plus tard. J’ajoute juste, pour ceux qui dégainent plus vite que leur ombre, que j’ai fait mienne depuis longtemps la différence proposée par Deleuze entre la gauche et la droite (on trouve ça facilement sur le net, dans son abécédaire, allez-y voir, ça vaut la peine).

          • Gérald Auclin

            Christian, je ne voudrais pas te donner l’impression de tirer à vue sur Menu. C’est juste cette situation, et plus précisément ses derniers actes – et son silence qui va avec -, qui m’écoeurent et me désolent.

      • JLouis

        Salut Christian,
        je ne demande pas mieux que de laisser Pacôme tranquille. Je souhaiterais tellement qu’il ne soit pas aller se fourvoyer dans cette cochonnerie. Mais il était là, c’est comme ça. Peut-être qu’il regrette, peut-être qu’il ne savait pas, peut-être que ça a dérapé. Je suis prêt à tout entendre, aucun problème, je n’ai pas le goût des pendaisons quelles qu’elles soient. Et effectivement, même si la résonance n’échappe à personne, ça n’a rien à voir avec la Tunisie et la Côte d’Ivoire. C’est d’ailleurs ce que je dis, non?

        • Aba Sourdi

          Question tout con : de toutes façons, même si Menu prend les pleins pouvoirs et vire tout le monde, comment pourra t-il faire des livres avec ses seules petites mains tout seul dans un local ? Qui sera assez maso pour se faire embaucher en sachant qu’il n’est que quantité négligeable au service de l’Art ? Quels auteurs voudront encore être édités dans une telle maison ? Pardonnez ma naïveté hein, mais elle est sincère et lucide.

          • JLouis

            Hmm… Je pense que vous seriez surpris par la quantité de personnes qui ne réfléchiraient pas comme vous et qui seraient prêtes à tenter l’aventure. Des groupies, des gens désespérés, ou d’autres qui approuvent les méthodes musclées. Un compte-rendu de la journée de samedi sera à-priori bientôt disponible sur le blog du comité de soutien: http://longue-vie-a-lassociation.mopi.fr

          • alexandre franc

            l’Association a enfin son site web.

        • christian Rosset

          Oui. On va en finir en soulignant quelques traits d’humour. Par exemple quand je parle de « ma clinique », c’est une forme d’humour. Mais un humour pas très français: plutôt anglo-saxon. Là-bas humour et humor, c’est le même mot (il y a quatre siècles, là-bas, la bile noire coulait à flot comme la Guiness). Je retourne à mon travail sur la mélancolie (mais pas de thèse en perspective, du moins pas dans notre beau pays).

    • christophe poot

      Ha bien, me voilà sous la statue du commandeur, en train de faire du lèche-majesté hagiographique. Je ne le pense pas. Par contre, votre intervention me paraît plus pertinente que la précédente, puisqu’elle est argumentée, et m’éclaire sur des points que j’ignorais. Cet excès de langage qui fait se pâmer les français et qui empêche d’être objectif tourne tout à l’aigre, à l’attaque à grands mots, à la surexcitation ostentatoire, à l’insulte. Non, je ne suis pas l’hagiographe de service, j’ai vu et témoigné du mieux que j’ai pu. Qu’une crise de régime (sic) explose un peu après, et me voilà transformé en collabo. soit. Bien faire et laisser dire.

      • JLouis

        Mon cher Christophe, vous me reprochez mon excès. Je vais faire mon Sophiste de niveau 1 en vous rétorquant que l’excès répond à l’excès. Par ailleurs, je ne crois pas vous avoir traité de « collabo » mais de « groupie ». « Collabo », si je ne me trompe pas, fait référence aux événements de la seconde guerre mondiale, une période sur laquelle j’ai trop peu de connaissances pour me risquer à tenter le jeu des comparaisons. Quelques sympathiques correspondants anonymes m’ont qualifié par email de « Goebbels » et de « nazi de gauche ». Il va donc falloir que je me penche sur cette période pour arriver à comprendre ce qu’elle pourrait m’apprendre sur notre monde actuel et sur moi-même.

  • Big Ben

    Je serais curieux de savoir combien de personne qui ont signé cette pétition l’ont fait en connaissance de cause et non pas en suivant, animé par une bonne conscience bien pratique, le réflexe de « défense du salarié ». A moins d’être absolument contre tout licenciement, par principe et quelle que soit la situation et le contexte.

    • Anonyme

      si vous souhaitez être informés, vous n’avez qu’à vous rendre aux réunions, ou rencontrer les salariés et les auteurs.

      Menu s’est licencié lui-même de l’Association pour pouvoir travailler sur sa thèse, en se versant cinquante mille euros d’indemnités, et en claironnant que par la suite il ferait des notes d’honoraires pour continuer d’être payé comme avant.

      Il y a deux ans il a tenté de licencier une salariée parce qu elle était enceinte, et comme elle le menaçait des prud’hommes il a du lui verser quatre ving mille euros de dédommagements.

      Menu n’est jamais présent à l’Association, ne parle pas à ses salariés, refuse depuis des mois d’écouter leurs doléances.

      Menu a organisé samedi dernier une assemblée générale illégale pour radier les membres d honneur de l association

      Menu envoie à ses employés des « psycho-sociologues » et refuse de leur adresser la parole.

      Menu reproche aux salariés de prendre la parole pour exprimer leur malaise, il est tout surpris que des grévistes aient besoin de s exprimer

      vous aussi manifestement

      Toutes ces informations sont très faciles à obtenir. Manifestement vous préférez regarder ailleurs.

      Croyez vous vraiment qu’un type comme Jean Louis tirerait à vue sur Menu sans motifs sérieux?

      • christian Rosset

        Qui signe « un inconnu » devient illico illisible. C’est d’une lâcheté inacceptable. À part ça les choses semblent s’arranger. Espérons que ce ne soit pas éphémère. Au plaisir de lire un de ces 4 une critique argumentée de tout ça (thèse et hors-thèse puisqu’il y aurait un lien).

        • christian Rosset

          Jean-Louis, Big Ben, Jean-no, etc, signent. ils assument et sont prêts à répondre. Même Céline quand il écrit une lettre de délation pour envoyer Robert Desnos dans les camps de la mort signe de son nom. Alors, signons tous ou ne soyons plus publiés.

          • Docteur C

            http://louisferdinandceline.free.fr/indexthe/desnos/diffama.htm

            Cette intervention est moralement discutable, mais pas à ce point de comparaison. C’est au pire de la vilaine diffamation sous couvert de l’anonymat, et pas une délation à l’occupant nazi (ce qui pour un collabo vichyssois patenté n’aurait finalement rien eu de très courageux). Ou alors j’ai manqué l’extrême finesse de l’humour anglais qui traverse cette dernière intervention (façon faux Guide Michelin de la littérature avec des dessins?).

            Félicitons-nous si la situation s’améliore, pour toutes les personnes impliquées, et pourvu que ça dure.

          • christian Rosset

            Céline: oui, exact. La lettre de délation « portant sur Robert Desnos philoyoutre » date du 7 mars 41. Elle a été publiée dans la revue Change (difficile à trouver aujourd’hui – pourtant quelle belle collection, surtout entre 1969 & 1979). À propos de L-FC, de FM et PhS: http://www.pourpoesie.net/index.php/tempestive/texte/101/

        • Matto

          Je ne vois pas en quoi signer « un inconnu » – je ne suis pas l’inconnu en question, je vous le précise au cas où- , est d’une « lâcheté inacceptable ». Après tout, vous signez Christian Rosset, mais rien ne me prouve que c’est bien vous. L’inconnu, au moins, je suis sûr de son anonymat. L’anonymat sur internet a ses bons et mauvais côtés, mais c’est aussi un droit.
          Quant à évoquer la lâcheté ou le courage, pfff…nous causons bande dessinée, là, nous ne nous apprêtons pas à manifester à Téhéran.
          Alors, un peu de décence, monsieur. Qui que vous soyez.

          • christian Rosset

            Oui, j’avoue, je me protégeais sous ce nom bizarre (Christian Rosset) pour ne pas avouer ma véritable identité : Fernando Pessoa.

          • Matto

            Votre humour fait que je ne peux pas vous en vouloir plus que cela. Je donne des leçons, mais je me rends compte que je me suis moi-même ridiculement emballé.
            Furieuse invention que cet internet.

    • Anonyme

      Je commencais à croire que j’était le seul que ce point inquiètais, merci BigBen.
      Je crois qu’il est temps de distinguer au moins 3 entités dans ce conflit: Menu (& son entourage), qui ne communique pas du tout, et se retrouve de fait dans le role du méchant (et qui est visiblement aux abois); les salariés qui demandent des explications et propose d’éventuelles solutions (c’est la moindre des choses), et enfin ce comité de soutien dont on ne connait pas grand chose (qui en tient la tête?) et dont la communication est (au mieux) maladroite.
      Si quelqu’un peut eclaircir tout ça, ça serai gentil.

    • JLouis

      C’est curieux de lire ça venant de vous. Et en même temps, c’est merveilleux. Je réalise que j’avais du comprendre de travers Comix Club. Je vais donc pouvoir m’y replonger comme si c’était tout neuf. Par ailleurs, vous avez probablement raison: les signataires de cet appel, à commencer par moi, sont des gens mal informés, sans caractère véritable, et un peu niais. Encore une fois, des enfants, quoi. Comme quoi, les membres du bureau avaient vu juste. Dernière chose: vous qui êtes bien informé, doté d’un solide caractère et critique en toute chose, que pouvez-vous nous apprendre sur la situation RÉELLE de L’Association? Cheers.

      • Aba Sourdi

        « L’horloge BigBen s’est enrayée » ça ferait un beau titre pour le ComixPouf ! Déçu, déçu…

        • Big Ben

          Trouve autre chose, Pasamonik l’a déjà faite.

    • Guillaume Dumora

      C’est un peu prendre les gens pour des cons que de les soupçonner de pétitionner à tout va, « animés par une bonne conscience bien pratique ». Franchement, qui connaît personnellement les salariés de L’Association à part les auteurs ? Qui s’en soucie face à un Menu bien plus médiatique, hérault de la bande dessinée indépendante ? Relis le texte de la pétition, Big Ben : il s’agit bien de dénoncer des méthodes, pas le principe d’une éventuelle réduction de voilure. Certes, Menu prend cher en ce moment, mais il l’a bien cherché : c’est pas faute de lui avoir fait des appels du pieds et des mises en gardes récemment…

      • christophe poot

        Je continue à estimer que ce n’est pas l’objet de mon article. Peu importe, la colère justifiée des salariés déborde et cherche à s’exprimer où elle peut, c’est légitime. Cher Jean-Louis, permettez-moi de me citer: »irresponsable fulminant, enfant capricieux et têtu, personnage don quichottesque, punkoïde, Meder n’en a rien à foutre, gamin effronté ». Ce sont quelques uns des termes que j’emploie pour décrire Menu dans cet article. Si vous y voyez l’expression d’un groupie, libre à vous. Le conflit avance, les informations circulent de plus en plus, un pourrissement total s’installe à l’association, et ce sont bien sûr les salariés qui sont en première ligne et qui trinquent (trois semaines déjà).
        Je vous suggère de nous informer des tenants et aboutissants de la situation tel que vous la percevez, avec tout ces enjeux, dans une communication claire et précise. Les rumeurs tuent les faits, et les faits sont graves.
        Une dernière chose: méfiez-vous, je suis un grand admirateur de votre travail d’éditeur, je risque de vous dresser une statue en airain.

        • chris64

          Il est effectivement urgent de penser aux salariés et je penses que tous ici sommes de cet avis !
          Nous avons tous à notre niveau et en étant passé à Angoulême vu le stand et essayé de soutenir ces femmes et hommes.
          Cependant, aujourd’hui, si je comprends bien c’est d’argent dont ils ont besoin alors je suggère une action (et je ne précise que je ne suis pas du milieu mais simplement un amateur de livres) : pourquoi ne pas profiter de la formidable concentration d’auteurs d’Angoulême pour leur proposer de participer bénévolement à un Fanzine ou journal (peu importe) où chacun pourrait y mettre un dessin, un strip, une planche (ou plus) puis l’imprimer à moindre frais et le mettre en vente sur le blog pour récolter un financement pour leur cause. Ce serait, je penses, dans l’esprit de ce que fut l’Association à l’origine et permettrait de faire rentrer une somme confortable pour les salariés. Il suffit de prévendre ce journal et de passer par le relai des libraires et professionnels qui soutiennent leur cause.

          Bon voilà !

      • Big Ben

        Je me pose juste la question de savoir comment on peut signer cette pétition sans savoir ce qu’il en est réellement de la situation financière de L’Asso. Moi je n’en sais rien, et je doute que les 1200 signataires aient tous un état des comptes précis. C’est quand même le principal argument de la pétition, que je viens de relire. Je me suis donc abstenu de signer. Après un bref passage à Angoulême, et quelques discussions, il me semble qu’il s’agit d’un conflit de personnes, et d’une communication rendue très difficile dans la structure. Menu a certainement une grande part de responsabilité, mais je ne crois pas que cette pétition atteigne son but. De l’extérieur ça donne l’impression d’une curée sur le mode « gentils salariés » contre « patron-voyou », je trouve cela assez caricatural, et surtout cela donne lieu à des déballages et des commentaires fort malveillants, qui me choquent par leur indécence, surtout quand ils proviennent des « amis » (ou ex-amis, je ne suis par à jour de toutes les inimitiés).

        • adherent1166

          Il est évident, dans un groupe de, quoi, 10 personnes,
          que les « conflits de personnes » sont un aspect majeur.
          Qui pourrait être ici surpris?

          Aussi, tout comme Big Ben, je souhaiterais qu’on parle
          faits et chiffres plutôt qu’autre chose. J’ai eu
          exactement la même hésitation devant la pétition: ne
          comprenant pas ce dont il s’agissait, n’appréciant pas le flou
          entourant par exemple les propositions alternatives
          des employés, je n’ai pas signer.

          Aucune donnée financière, chiffrée, n’est sortie. Alors que Menu devrait en avoir quelques unes sous le coude. Alors que les employés de l’Assoc’, s’ils représentent 100% des troupes, devraient en disposer également. Combien rapporte le catalogue de l’association? Combien coute l’impression, la distribution, la structure (salaires, loyer, etc.)? Ne me dîtes pas que vous n’en avez la moindre idée: ce serait admettre que vous êtes idiots.

          Et dans le même ordre: quel bilan financier aujourd’hui? S’il y a nécessité à réduire les coûts, de combien? Licencier est une solution, mais quelles sont les autres: en quoi consistent les propositions alternatives des employées?

        • JLouis

          Désolé pour cette réponse tardive. Je devrais laisser courir. Mais je retrouve dans ce commentaire tous les classiques du déni: dire qu’on ne sait pas pour laisser comprendre que les autres ne savent pas plus; ramener le problème à un conflit de personnes pour le minimiser; plaider le flou pour nier les faits (l’AG illégale, ça ne correspond à rien?); déplacer le problème en déplorant sa perception par l’extérieur; invoquer la malveillance, etc. On dirait le communiqué de presse d’un politique venant au secours d’un collègue surpris en plein dérapage.
          Ceci étant dit, je comprends aussi votre réaction. Car elle ressemble à celles que j’ai pu avoir par le passé. On n’a jamais envie de reconnaître qu’une personne qu’on admire et dont on se sent proche puisse merder à ce point-là. Malheureusement, c’est le cas ici. À titre personnel, je n’en tire aucune conclusion sur la suite des évènements. Je préfère rester optimiste sur la capacité de Menu à réagir.

    • Jean-no

      Mais justement, ce que dénoncent les salariés de l’Association, c’est qu’ils ne se sentent pas informés correctement. Et cette demande d’information et de clarté dans la « chain of command » est forcément légitime. Ensuite, chacun pourra aviser, non ? Du coup, eh bien je signe !

      • adherent1166

        C’est une blague ?

        Comment les salariés, représentant 100% du personnel, pourraient-ils ignorer les données financières (ventes, coûts, frais de structure etc.)?

        Même s’ils ne les avaient pas « officiellement », il ne leur faudrait qu’un effort fort modeste pour les estimer.

    • June

      Angoulême est terminé, le problème demeure, il est de taille, et le temps qui passe ne sert pas la cause : on peut imaginer que chacun sortira encore plus abimé par cette mélasse, passé à la double caisse de résonance que sont internet et le festival charentais.
      Pour autant, il suffisait d’aller voir les « salariés » (que je préfère appeler « les gens de L’Asso », comme quoi ca n’est pas facile d’évacuer la part d’affect dans cette histoire) sur le stand de L’Asso (d’une tristesse infinie même si certains auteurs y ont joué le jeu en prenant le temps de rencontrer leurs lecteurs, de leur expliquer la situation, de leur dédicacer leurs livres) pour apprendre qu’une discussion avait enfin eu lieu, et que même si ca n’est qu’un début et qu’il n’y a pas de quoi se rouler par terre de satisfaction, c’était, dans le contexte, « déjà ça de pris ».
      Cette situation semble crisper bien des gens, ce qui prouve que nous sommes nombreux à ressentir un profond attachement à cette structure, à ceux qui « font » L’Asso. Espérons que les aspirations idéalistes que nous sommes nombreux à partager puissent se concrétiser, que la situation s’éclaircisse enfin.
      S’il y a un eu un « début » de résolution de cette crise, espérons que sa suite arrive vite. Pour le frigo probablement bien triste de ces grévistes comme pour l’avenir de nos bibliothèques : « Mambo » de Claire Braud et « Le Royaume » de Ruppert & Mulot, deux des bouquins les plus convaincants ramenés du séjour charentais, en ce qui me concerne.

  • f*Parme

    Pour arriver à trouver une issue à la situation de l’Asso, il faudrait trouver un médiateur. Un intermédiaire neutre. Parce que là, il y a trop d’affectif et c’est destructeur pour tout le monde. Tout le monde sait que Jean-Christophe est autodestructeur, mais n’allez pas dans son sens, vous ne l’aiderez pas, au contraire, vous allez l’achever.

    « Œil pour œil et le monde sera aveugle » et ça fera le bonheur des détracteurs de la bande dessinée alternative.

    f*

    • christian Rosset

      OK. Rendez-vous en Suisse. Contre le trop plein affectif : la neutralité? Non: l’intelligence (ouf, c’est une qualité qui anime les « casques bleus » qui font office depuis un moment de médiateurs – et ça semble marcher, alors: chut! Wait and see).

    • Mathias Rocher

      Non mais là, franchement, ça me fatigue de tout ramener toujours à des querelles de personnes, à l' »affectif ». En tant que lecteur des livres et revues de l’Association, j’ai signé cette pétition, non pas parce que je serais « anti-Menu » (au contraire) mais par solidarité avec les salariés et par souci pour l’avenir de l’Association, que jadis j’ai cru naïvement être un exemple de probité et de démocratie à mille lieues de la dictature entrepreneuriale. Quel aveuglement ! Ce qui se passe c’est que les salariés de l’Association sont en grève pour empêcher des licenciements clairement abusifs, et que aussi bien les salariés qu’une majorité des auteurs et une bonne partie des adhérents réclament un retour à une situation normale sur le plan légal, à commencer par convoquer enfin une AG. Nommer un « médiateur » ça serait aller à l’encontre de cette volonté légitime de démocratie.

      • June

        Personne ici ne semble nier qu’il y besoin d’un vrai travail de reprise en main en ce qui concerne le « légal », et il y a du pain sur la planche.
        Mais en ce qui concerne la « médiation », ne serait-ce pas une bonne idée s’il s’avérait que « les deux camps » avaient émis l’envie d’être accompagnés à la « table de négociation » ? J’ai du mal à voir ce qui est contraire à cette volonté légitime de démocratie, et au contraire, s’il s’agit d’aider à appliquer plus sérieusement, avec davantage de rigueur, des choses délaissées depuis trop longtemps, qui s’en plaindra ?
        C’est bien là que l’affectif a bien davantage de place que tout le monde ne l’aurait préféré : si les « deux camps » n’arrivent pas à démêler leur pelote de merde, c’est plutôt sain qu’ils s’entourent, je trouve. En prenant soin de verrouiller les choses afin que ces situations pourries, nourries par l’affect (justement), ne se reproduisent pas.
        Il me semble que l’on observe que ce sont des choses qui portent leurs fruits, et si ca permet à L’Association de s’en sortir, et au passage d’avoir surmonté une crise qui aurait pu lui être fatale, je vois pas trop où est le problème. Mais tout cela n’appartient qu’à eux, alors patientons, et observons (et croisons les doigts).
        Et réjouissons-nous,la grève est levée.
        A défaut d’organiser une boum dans les locaux d’actuabd, on peut au moins attendre patiemment que les choses se fassent au mieux, rapidement, même si tout cela ne va pas s’arranger en deux heures.

        • f*Parme

          La démocratie est faite pour les démocrates, pas pour les autocrates. La médiation n’est pas une solution autocratique, n’est pas une tutelle, c’est de la diplomatie pas de l’arbitrage. Maintenant on peut être autocrate de gauche ou de droite et préférer les conflits qui entretiennent les illusions.
          Patientons…
          f*

  • Big Ben

    BANDELETTES

    QUEL AVENIR POUR L’ASSOCIATION ?

    Commentaires sur la grève des salariés

    par Jean-Christophe Menu,
    Editeur de L’Association.

    http://bit.ly/bandelettes

    • Carminatti

      Merci pour ce lien qui nous fait entendre la voix de Menu et nous éclaire sur une chose : la ligne éditoriale à tenir pour l’Association. Soit elle correspond à la volonté de Menu de « recentrer sur ce qui est fondamental : recherche et innovation » et auquel cas il est difficile de faire vivre 7 salariés avec cet objectif, soyons réalistes. Soit elle correspond… à quoi, au juste ? A la ligne éditoriale d’une maison d’édition plus ouverte, plus consensuelle… plus « commerciale » ? Peut-être ce que souhaiteraient les salariés pour maintenir à niveau une économie vacillante depuis le départ des « grosses locomotives » et un marché du livre effrité. Désolé d’être pessimiste, mais c’est bien sur cette ligne éditoriale à tenir que va se jouer l’avenir de l’Association et je ne vois pas comment Menu pourrait cohabiter avec l’exigence des salariés qui souhaiteraient « influer sur l’éditorial ».

    • mr_megot

      Oui, je trouve que Menu est relativement convaincant dans ce texte, et même touchant, en un sens.
      Il est fort possible que ce monsieur soit parfaitement imbuvable, et qu’avoir des relations de travail avec lui soit pour le moins difficile, mais tenter de le faire passer pour une ordure capitaliste mue par l’appat du gain, ca n’est pas très crédible…

    • JLouis

      J’ai lu ce texte et je l’ai trouvé très triste. Je ne parle pas des petits mensonges que Menu accumule inutilement, ils ne sont pas dignes de lui (affirmer que la tentative d’AG n’était pas illégale, c’est un peu fort de café. Illégale, malhonnête, elle l’était, absolument, totalement, d’où qu’on la regarde). Non, je parle de l’énergie qu’il déploie pour ne rien régler. Encore une fois, il aurait suffit de s’intéresser aux autres et de leur parler pour que rien de ce qui menace L’Association aujourd’hui ne soit advenu. Menu le reconnaît, il n’est pas doué pour les relations humaines. C’est le seul tort qu’il s’attribue dans ce texte. Mais il le fait pour évacuer le problème, pour dire qu’il est comme ça et qu’on n’y peut rien (il parle ailleurs de « torts partagés », superbe sophisme pour dire que rien n’est véritablement de sa faute). Tout cela manque de mesure et de hauteur alors que la situation réclame de tous des efforts difficiles.

      Le texte véhicule un égocentrisme très « menuesque », mais il le fait avec une insistance étrange, qui m’a mis mal à l’aise. C’est peu dire que j’ai été déçu de trouver dans des lignes que je pensais destinées à rechercher une forme d’apaisement des postures très éloignées de la volonté de dialogue. Le plus choquant étant son incapacité à se poser la moindre question qui sorte du périmètre de son nombril et à se dépeindre de manière très efficace, très réfléchie, très orchestrée, en éternelle victime. Ce n’est pas nouveau, je sais, mais de voir les mêmes ficelles produire les mêmes résultats me laisse comme deux ronds de flan. Car il est évident que cette lettre est une réussite et qu’elle atteindra son objectif. Elle propose, par ses simplifications et sa personnification extrême, la version à laquelle tout le monde aura envie de croire. Je dois l’admettre à contre-cœur, c’est très fort (je ne veux pas écrire « bien joué »).

      Évidemment, je lis aussi dans cette lettre, en creux, l’annonce de représailles sur des salariés auxquels il est évident que Menu ne pardonnera rien et auxquels il attribue tous les torts (il est vrai que leur dernier communiqué était bien maladroit). Telle que je vois la situation aujourd’hui, j’ai du mal à imaginer les deux parties se retrouver et travailler ensemble. Je pense que d’ici à deux ans, la totalité de la « masse salariale » aura quitté L’Association, volontairement et dans le plus complet silence. Car, ça aussi je le lis dans la lettre, si Menu a appris quelque chose de cette crise, c’est bien que le caractère humain est un obstacle à la réalisation de ses envies. Et qu’on ne l’y reprendra plus. Finalement, celui qui répète une énième fois qu’il ne sera jamais patron (alors que la lettre est aussi une longue énumération de toutes les décisions qu’il a prise en totale contradiction avec cette posture un peu creuse), celui-là laisse entendre qu’il le sera désormais totalement, se coulant dans ce que le rôle a de moins intéressant, un exercice du pouvoir sourd et aveugle. Petite parenthèse: il n’est peut-être pas accidentel que tous les anciens salariés de L’Association se soient reconnus dans les problèmes soulevés par la « masse salariale » actuelle. Mais, comme le fait remarquer un adhérent sur le blog du comité de soutien: « moi, adhérent depuis le 20ème siècle, je n’ai jamais eu pour ambition de nourrir un coursier ou un comptable devenus inutiles. Mais d’aider à faire des livres. » Face à une opinion à ce point « décomplexée », comme on dit en ces temps sarkozystes, je dois dire que j’en arrive presque à douter de l’intérêt de mon métier; je me sens comme déconnecté.

      La lettre de Menu, je le répète, est un modèle du genre. Elle anesthésie le lecteur par des majuscules, des assertions, des chiffres*, des émotions, des paragraphes qui, savamment disposés ensemble offrent un spectacle séduisant, tableau de transparence et de clarté qui s’évanouit dès lors que l’on s’approche pour s’intéresser aux détails. À ce niveau, c’est presque de la prestidigitation.
      Après un tel tour de force, je dois le dire, je ne crois plus à la supposée « innocence de ce grand enfant ». C’est trop magistral, trop propre, trop bien fait. Il est désormais clair pour moi, et ce constat va me déprimer durablement, que ce garçon n’est pas seulement un grand éditeur et un grand auteur, mais aussi un grand manipulateur. Ce qui, je le comprends, ne gênera pas grand monde. Au contraire, certains y trouveront même une raison supplémentaire de nourrir leur admiration. La mienne, en revanche, va avoir du mal à s’en remettre.

      Je le reconnais, cette histoire me laisse dans une profonde amertume. Mes convictions sont ébranlées, je ressens une forme de vacuité. Pire que tout, j’ai le sentiment d’avoir perdu quelqu’un. C’est sûrement que je suis devenu un vieux con. Tant pis pour moi.

      *: chiffres que je pense facilement contestables, du haut de ma petite expérience de gestionnaire.

      • Matto

        JLouis, se passionner, lire, dessiner, écrire, éditer, en ces temps de totale « décomplexion », ça a plus de sens que jamais.
        Je ne trouve pas le texte de Menu si convaincant, il ramène tout à sa personne, comme si l’existence de l’Association n’était due qu’à son seul fait, à son seul sacrifice, soit-disant. Je sais que plus c’est gros plus ça passe, mais je veux croire en l’intelligence des gens.
        Bien que déçu, à l’extrême, je ne me résous pas à haïr Menu. Je le crois égaré, aveuglé, en pleine crise de mégalomanie. Nous manipule-t-il ? oui, certainement, il faut le reconnaitre. Mais il se fait aussi du mal à lui-même, et il ne s’en rendra compte que trop tard.

        Vous avez, j’en suis sûr, bien du pain sur la planche. Gardez courage, alors, vieux con ! même si le coup est rude.
        Et surtout, continuons à faire notre possible pour les salariés, pour l’Association.

    • comité de soutien

      Bonjour à tous,

      Nous sommes heureux de vous annoncer l’ouverture d’une grande vente aux enchères de dessins originaux au profit des salariés de L’Association. Pour mener à bien cette opération, un site dédié vient d’ouvrir dont voici l’adresse: http://www.soutienasso.fr

      À partir du lundi 21 février 2011 à 17 heures, y sera mis aux enchères un dessin par jour. La vente de ces oeuvres, généreusement offertes par des auteurs proches de l’Association, servira à soutenir financièrement les salariés de la structure (l’avocat coûte cher, les photocopies aussi; vous trouverez plus d’informations sur le site).

      Plus d’une vingtaine d’auteurs y participent déjà, et la manifestation durera tant qu’il restera des dessins et des clients.

      Venez nombreux !
      À très bientôt.

      Le comité

      PS: Il est recommandé de diffuser cette information. Merci!

  • Laurence

    Il a raison d’être fier de ses professeurs et de lui-même. Je trouve que sa présentation, son look n’est pas très approprié pour une thèse.http://www.crpce.com