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Illustration © Le Tampographe.

Vues Éphémères – Mars 2016

de

Je l’ai déjà évoqué ici : par principe, je refuse les services de presse. Plusieurs raisons à cela : la conviction que l’acte d’achat participe de notre rapport au livre, la recherche d’une forme de cohérence dans un certain militantisme au sujet de la création, l’expérience passée de livres reçus et jamais lus, et enfin le manque cruel de temps disponible, encore et toujours. Et depuis quelques années que j’explique tout cela, chaque fois que l’on me propose tel ou tel envoi, les éditeurs finissent par le savoir — voire même, pour certains, apprécier le geste.
Mais occasionnellement, il m’arrive encore de trouver dans ma boîte aux lettres un livre que je n’ai donc pas demandé. Un « service de presse spontané », pourrait-on dire. C’est assez rare[1], heureusement, car les livres en question finissent généralement sur la pile qui prend la poussière dans un coin de la chambre, juste à côté de mon « étagère de la honte » des livres achetés que je n’ai pas encore eu le temps de lire. Mais à la différence de ces derniers, en ce qui me concerne, aucune espèce de culpabilité pour ces envois promotionnels : ma position est des plus claires, et si les éditeurs s’entêtent, qu’y puis-je ?
Mais il faut croire que certains éditeurs s’entêtent plus que d’autres. Témoin ce livre que j’ai reçu ces derniers mois et qui, à ma grande surprise, m’était dédicacé par l’auteur.

Je n’ai jamais été un chasseur de dédicaces — pour moi, la dédicace a toujours été l’occasion d’un échange, d’un moment privilégié avec un auteur. Et de fait, lorsque mon implication dans du9 m’a amené à fréquenter plus souvent des auteurs, la question de la dédicace est devenue tout à fait accessoire.
Plus encore, ayant découvert (par exemple dans les pages du premier numéro de L’Éprouvette) le rapport très particulier que les auteurs entretiennent avec cette pratique, j’en suis venu à complètement l’écarter de ces rencontres. A tel point que, durant une discussion avec L.L. de Mars qui se proposait de me dédicacer le livre que je venais de lui acheter, je fus incroyablement surpris de l’entendre me dire que cela lui faisait plaisir, et — pire ! — qu’il aimait dessiner…
Cependant, si je partage avec L.L. de Mars une forme de « vécu » au travers, en particulier, des résidences PFC auxquelles nous avons tous deux participé, il n’en est rien de cet auteur dont j’ai reçu l’ouvrage dédicacé par la poste. Un auteur que je ne connais pas, que je n’ai jamais rencontré, et qui, pourtant, cherche à instaurer par ce biais (avec la complicité/à la demande de son éditeur) une forme de connivence de façade. Jusque là, le fait de recevoir un livre non sollicité ne relevait finalement que d’une démarche commerciale, impersonnelle et désincarnée. Avec cette dédicace[2], on bascule désagréablement dans une sphère qui se veut (faussement) amicale et intime, comme si cette proximité devait être de nature à forcer la main du critique récalcitrant.

A l’occasion du quinzième anniversaire du site, Gregg ouvrait son « Abécédaire dilettante » en écrivant : « du9 n’est rien d’autre qu’un collectif de lecteurs qui parlent de leurs lectures. Se revendiquer amateur, cela veut dire que nous n’avons rien à vous vendre. » Quatre ans plus tard, le constat n’a toujours pas changé. Qu’on se le dise.

Notes

  1. Trois ou quatre ouvrages non sollicités depuis le début de l’année, par exemple. Avec un livre reçu en double, provenant probablement d’un éditeur particulièrement enthousiaste.
  2. Et à la lueur de l’histoire toute personnelle de mon rapport à la dédicace, qui me voit peut-être réagir trop vivement à quelque chose que je me devrais d’ignorer.
Humeur de en mars 2016

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