Vues Ephémères – Rentrée 2007

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C’est la rentrée ! L’été a remballé ses transats (qu’il n’avait d’ailleurs pas beaucoup sortis), les écoliers ont repris le chemin des classes, et nos amis les libraires se préparent à accueillir la déferlante annuelle des nouveautés de Septembre.
Occasion toute trouvée pour du9 de faire un peu le point sur le monde merveilleux de la bande dessinée, dans une année (scolaire) rythmée par deux grands rendez-vous : la rentrée (littéraire) en préambule à la ligne droite de Noël, avant de plonger dans le grand bazar d’Angoulême, et de conclure éventuellement avec la session de rattrapage du Salon du Livre.
La vie étant bien faite (et du9 également), les plus oublieux de nos lecteurs pourront toujours se rafraîchir la mémoire avec un coup de rétroviseur pour (re)découvrir douze mois d’actualité trépidante, de Septembre 2006 à Août 2007.

Et de découvrir qu’en douze mois, ce sont pas moins de douze nouvelles collections qui ont été annoncées.[1] Les collections, c’est quand même bien pratique : ça permet de faire de l’effet d’annonce, et si jamais ça ne marche pas trop, on peut les laisser mourir tranquillement. Car, tout obnubilé par la nouveauté et la marche en avant, il y a peu de chance que l’on vienne relever ces promesses non tenues, ces envies non réalisées, ces ambitions déçues.
On notera au passage le clivage évident avec les éditeurs dits «indépendants», pour lesquels les collections sont quasiment toujours associées à un format spécifique, leur concept éditorial se limitant alors à une variation mineure par rapport à une ambition plus globale.[2] Chez les grands éditeurs par contre, l’idée de collection s’associe imparablement d’une idée de segmentation — qu’elle se fasse au niveau du consommateur (garçons ou filles, enfants ou adultes) ou au niveau de la thématique (humour, science-fiction, policier, etc.).[3]
Soit d’un côté, l’envie de proposer un nouveau format aux auteurs pour s’exprimer différemment ; et de l’autre, la volonté de toucher de nouveaux consommateurs — deux approches radicalement différentes.

Douze mois qui se seront également montrés impitoyables avec les nouveaux magazines. Malgré tout le bruit fait autour de son troisième lancement, l’expérience Bang ! période Borg n’aura tenu que quatre mois. Par ailleurs, on gardera un silence presque gêné sur le sort de L’intention, hebdomadaire mort-né à trois numéros. Ne reste pour l’instant que Cargo Zone, fort d’un premier numéro estival d’un intérêt assez douteux.
Douze mois qui auront aussi vu la fin d’un autre concept périodique, à savoir la collection 32 du nouveau Futuropolis. Sur le papier, l’idée pouvait séduire (des séries bénéficiant d’une livraison régulière de 32 pages, pour 4.90€), mais pour reprendre les mots du communiqué de presse, «il faut bien reconnaître que les 32 sont restés dans leurs présentoirs». Trois semestres d’existence, trois épisodes parus pour les séries les plus avancées, et Futuro met fin à l’expérience.[4]
Alors que, il y a quelques années encore, l’album annuel était quasiment la règle, les temps ont visiblement changé, et il s’agit d’éliminer au plus vite les concepts qui ne feraient pas leurs preuves. Trois petits tours, et puis s’en vont.

Douze mois enfin, qui auront vu se confirmer une tendance esquissée ces dernières années, avec une rentrée d’autant plus littéraire que les éditeurs de littérature se lancent désormais résolument dans l’aventure. Ainsi Robert Laffont vient en Septembre rejoindre les rangs du Seuil et d’Actes Sud, en révélant une nouvelle collection consacrée à la bande dessinée.
Des arrivées sur le marché qui rendent de plus en plus délicate la position des éditeurs indépendants, qui se voient dangereusement exposés à cette nouvelle concurrence — une concurrence qui vient investir, avec des moyens autrement plus importants que les leurs, les espaces qu’ils avaient patiemment défrichés dans les librairies généralistes.

Nous voici donc repartis pour douze mois d’agitation, d’annonces et de promesses, de rachats et de restructurations — mais de livres aussi. Douze mois de lectures et de découvertes, de déceptions et de surprises, de bonnes et de mauvaises humeurs. Eh oui ! C’est la rentrée…

Les sorties de Septembre 2007
Graham Annable – La force des chosesAtrabile, Collection Flegme
Edmond Baudoin – Travesti, de Mircea CartarescuL’Association, Collection Ciboulette
B-Gnet – RayuresSix pieds sous terre
Eddie Campbell – Alec 2 : Graffiti KitchenEditions çà et là
Robert Crumb – Mes problèmes avec les femmesCornélius, Collection Solange
Fabrice Erre – Le RouxSix pieds sous terre
Renée French – Toile de fondL’Association, Collection Côtelette
Amandine Giraudo – Gourmandine et le Monde des gâteauxLa Pastèque
Tove Jansson – Moomin vol.1 – Lézard Noir, Le Petit Lézard
Etienne Lécroart – Bande de sonnetsL’Association, Collection Eperluette
Mizuki Shigeru – Kitaro le Repoussant tome 3 – Cornélius, Collection Paul
Tori Miki – Intermezzo vol.3 – Editions Imho

Versions Originales
Nick Abadzis – Laika :01 First Second
Jules Feiffer – Explainers vol.1 – Fantagraphics Books
Frank King – Sundays With Walt & Skeezix vol.1 – Sunday Press Books
Harvey Kurtzman & co. – The Mad Archives vol.1 & 2 – DC
Jeff Lemire – Essex County Vol 2 : Ghost StoriesTop Shelf Productions
Hector Mumbly (aka Dave Cooper) – Bagel’s Lucky HatChronicle Books
Tyler Page – Nothing Better vol.1 : No Place Like HomeDementian Comics
Adrian Tomine – ShortcomingsDrawn & Quarterly

Collectifs
Mome Vol 9 – Fantagraphics Books

Revues
Comic Art #9 – Buenaventura Press

Requiescat in Pace
Annie Baron-Carvais (54 ans), auteur du Que sais-je ? consacré à la bande dessinée.
Phil Gascoine (73 ans), dessinateur britannique ayant travaillé, entre autres, pour Battle Action et dessiné des titres comme The Unknown Soldier et Punisher pour DC Vertigo.

AB-C : Hommage à la dame du QSJ
Annie Baron-Carvais a disparu mi-Août dans la ville des super-héros, et c’est pour moi une belle mais douloureuse épitaphe. Elle m’avait généreusement aidé pour organiser mon jury de thèse dont elle avait fait partie, et son bon déroulement lui doit beaucoup. On s’était par la suite rencontrés à diverses occasions, trop rares maintenant.
J’ai eu ce que je considère comme une grande chance dorénavant, celle de l’avoir vue début Juillet à Angoulême, accordant de son élégance coutumière ses nombreux charmes à la clémence du temps, me montrant les dernières épreuves de son Que Sais-Je ?, prenant rendez-vous pour se revoir en Septembre…
L’été se termine tristement, par un manque aussi injuste que soudain, et toutes mes pensées vont à sa famille et à ses proches. — Jessie Bi

Des Rois sans divertissement
De l’autre côté des Pyrénées, on ne plaisante pas avec la royauté. Alors que la couverture d’un numéro de Juillet de l’hebdomadaire El Jueves montrait le couple héritier croqué in flagrante, les deux auteurs du dessin (Guillermo Torres et Manel Fontdevila) ont eu affaire aux juges.
Si la peine maximale pouvait atteindre deux mois de prison, c’est finalement d’une amende de 3600€ dont les deux comparses ont écopé. Soit un peu plus que ce qu’envisageait le projet de prime à la naissance évoqué par la-dite couverture…

Notes

  1. Le Lombard / Portail ; Delcourt / Impact, Ex-Libris ; Taifu Comics / Shôjo, Josei ; Dupuis / Puceron, Punaise ; Le Seuil / Politics ; Soleil / Noctambule ; Paquet / Tékap ; Casterman / KSTR, Sakka Auteurs. Sans compter les expérimentations des Humanos avec la gamme Shogun.
  2. Ainsi, les formats «comics» apparus chez certains éditeurs (L’Association avec les Mimolettes ou Six pieds sous terre avec les Lépidoptères) mettent en avant des oeuvres plus courtes mais aussi plus légères, sans pour autant se démarquer trop significativement dans l’approche du reste de leurs productions respectives.
  3. A ce sujet, on pourra s’étonner du grand écart entre les communiqués de presse, annonçant ces nouvelles collections comme des espaces d’expression résolument novateurs, et la réalité des livres qui arrivent dans les rayonnages — arborant la plupart du temps des maquettes quasiment identiques à l’existant, les collections ne se concrétisant vraiment que dans les pages (virtuelles ou de papier) des catalogues.
    On s’étonnera alors moins du succès des manga, pour lesquels on n’a pas hésité, dès le départ, à affirmer la différence. Dans une production où tous les albums cartonnés finissent par se ressembler, desservie par une absence criante de critique, le petit format des manga a sans doute été déterminant comme repère pour les nouveaux lecteurs à la recherche d’univers autres.
  4. Tout n’est pas perdu cependant, puisque toutes les séries ainsi commencées vont être rééditées dans des formats plus classiques, 64 ou 96 pages, à un prix également plus classique.
Humeur de en septembre 2007

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