The Hoochie Coochie

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The Hoochie Coochie (THC) vient de fêter ses dix ans. Définie comme une « maison d'édition artisanale », The Hoochie Coochie est arrivée environ dix ans après les « grandes » structures éditoriales de bande dessinée alternative (L'Association, Cornélius, Fréon-Amok-FRMK, Atrabile, Requins Marteaux...). Rapidement, elle a su s'imposer comme l'un des principaux représentants d'une nouvelle génération de la bande dessinée alternative française dans les années 2000.

Son travail a été consacré par deux prix de la bande dessinée indépendante à Angoulême  ; une première fois pour la revue Turkey Comix (dont le numéro 20 est sorti début 2012) en 2008 puis pour DMPP (dernier numéro sur Jacovitti et Mattioli, également paru début 2012) en 2009. Ces dernières années, THC a aussi publié plusieurs œuvres clés dans le paysage éditorial alternatif actuel : Jamestown, Les Déserteurs et Géants de Christopher Hittinger, Le fils de l’ours père de Nicolas Presl, Incidents et la série des Victor Anthracite de Gérald Auclin ; Hoïchi le sans-oreilles de Martes Barthori,  ainsi que Vous êtes ici de Yoann Constantin, Félicitations de Tim Danko, Francis Bear de Gregory Mackay, Poisson Gélatine de Tarabiscouille.
Nous interviewons ici les quatre membres du comité de lecture : Claire Beaumont, Gautier Ducatez (également membres fondateurs), Alexandre Balcaen et Romain Mollica.

Voitachewski : Le site de Hoochie Coochie vous présente comme « une maison d’édition artisanale » : qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Claire Beaumont : Artisanal par opposition à industriel. Donc, pas de publications en surnombre. Mais surtout, cela souligne un attachement à des techniques d’impression artisanales, tout particulièrement la linogravure. Nous avons commencé par faire toutes nos couvertures imprimées à la main (en 2007 et 2008 surtout), pour ne conserver que le Turkey Comix avec jaquette imprimée main ainsi que la linogravure intérieure.
La sortie du portfolio Géants de Christopher Hittinger à l’automne 2011 a relancé cet aspect artisanal de notre démarche et remis en avant notre goût pour les objets de belle facture.

Romain Mollica : Pour moi, cela signifie un suivi de la production très précis. De l’idée d’un livre jusqu’à son conseil ou sa vente. Avec également l’aspect fabrication manuelle qui rentre en compte. La lino rend les couvertures quasiment uniques.

Alexandre Balcaen : C’est notre « service marketing » qui nous impose de conserver l’accroche ! Il est vrai qu’on fait partie de ces quelques poignées d’éditeurs à s’emparer  de techniques d’impressions que l’on peut maîtriser par nous-même. Mais cela ne concerne au final que peu de projets, la majorité est tout de même confiée à des imprimeurs traditionnels. C’était plus valable au tout début, où le choix des jaquettes en linogravure nous permettait de rogner les budgets d’impression en ne prenant pas en compte le temps de travail artisanal et bénévole. On compte aussi imprimer des jaquettes en linogravure en tirages limités pour proposer certains livres avec un petit « supplément d’âme » lors de salons, festivals ou expositions. Deux livres pourraient être concernés dès 2013 et on devrait proposer un cahier imprimé en sérigraphie dans le Turkey Comix. Aussi, des fanzines émergent encore de temps en temps en périphérie de la structure. Enfin, la gravure est une pratique dont nous proposons la découverte lors d’ateliers publics.

Gautier Ducatez : C’est tout le problème d’une accroche où tu es contraint d’être extrêmement synthétique pour présenter les choses. L’artisanat est bel et bien chevillé à notre activité d’éditeur, dans la mesure où même en accélérant la cadence de publication, nous n’avons jamais fait sortir les procédés d’impression artisanale (gravure en tête mais aussi la sérigraphie) de nos activités. L’implication de The Hoochie Coochie dans une manifestation comme Pierre Feuille Ciseaux en atteste : Olivier Philipponneau et moi-même mettions nos compétences au service des auteurs présents pour les aider dans la confection et les tirages de leurs gravures[1]. L’appellation « maison d’édition artisanale » est un peu galvaudée, mais même pour les livres imprimés en offset, les contraintes d’utilisation de tons simples et d’aplats assez graissés liées à la pratique de la gravure ont vraiment influencé notre charte graphique et la plupart des couvertures (exceptions faites de Hoïchi le sans-oreilles, dont l’image de couverture a plutôt été travaillé comme une lithographie, procédé cher à Martes Bathori, et de Félicitations de Tim Danko, qui possède néanmoins un côté très organique de par l’image et le papier).

Voitachewski : The Hoochie Coochie & Turkey Comix : pourquoi ces noms ?

Alexandre Balcaen : Laissons donc le fondateur répondre à cette question. Mais la réponse pourrait être parce qu’on aime tous le blues, le mauvais whisky comme le Wild Turkey (même si aujourd’hui on préfère le bon) et fumer des joints (voir les initiales du nom de la maison). Des potacheries d’étudiants suffisamment discrètes pour pouvoir être conservées avec un programme éditorial plus « sérieux ».

Gautier Ducatez : The Hoochie Coochie est un terme de blues qui désignerait une façon finalement assez lascive d’envisager les choses de la vie, Turkey Comix vient d’une bouteille de bourbon Wild Turkey que l’on éclusait avec Tarabiscouille en préparant le tout premier numéro. On trouve néanmoins deux références à l’Amérique avec ces noms. Ce n’est pas anodin, tant ma culture musicale et graphique s’est construite autour de ses apports américains (le blues donc pour la musique, les comics ET les comix pour la bande dessinée). Les noms sont restés malgré les influences très variées apportées par tout un chacun ensuite. Mais on n’a rien à voir avec la Turquie, même si c’est un pays des plus fascinants.

Voitachewski : Combien d’auteurs réguliers The Hoochie Coochie rassemble-t-il ?

Gautier Ducatez : La notion d’auteurs réguliers me semble bien difficile à définir. Trente personnes participent à chaque numéro de Turkey Comix, sachant qu’une grosse soixantaine d’auteurs est concernée par l’appel à contribution. Cette soixantaine de noms est relativement stable (on a des variations sur cinq ou six noms d’une année à l’autre). Une douzaine d’auteurs prennent part à DMPP, mais la plupart d’entre eux participent également à Turkey[2]. Et tous les auteurs qui ont publié un livre ont d’abord été publiés dans les revues. Je suis incapable d’être vraiment plus précis. En tout cas, depuis dix ans, 87 personnes ont participé à Turkey Comix.

Voitachewski : Hoochie Coochie a développé des activités oubapiennes, notamment regroupées sous l’initiative du « Laboratoire ». Où en êtes-vous ajourd’hui  ?

Gautier Ducatez : Les deux expériences liées au Laboratoire ont rejailli sur tout un tas d’autres activités et de projet que The Hoochie Coochie ou ses auteurs ont mené : l’implication dans Pierre-Feuille-Ciseaux bien sûr, le projet Rollmops d’Olivier Philipponneau et Renaud Farace, sans compter que Gérald Auclin n’a pas attendu l’existence du laboratoire pour créer toutes ces formes éditoriales ludiques qu’il utilise dans DMPP. Je crois que le laboratoire avait une raison d’exister lorsque l’on était plus jeune : une sorte de jalon où l’expérimentation pouvait être sanctuarisé. Maintenant, l’aspect expérimental des choses me semble soit complètement intégré aux processus d’écriture (Gérald Auclin, Olivier Philipponneau), soit s’être développé de façon plus extérieure (les travaux que nous avons réalisé lors de Pierre Feuille Ciseaux #2 et #3 avec Olivier, ce que je développe en ateliers pédagogiques, etc.).

Claire Beaumont : On peut aussi mettre en avant que le fait de lancer une collection comme Trois est une démarche qui n’est pas si éloignée du Labo… même si on n’est pas non plus dans l’expérimentation avec Trois.

Voitachewski : Justement, pouvez-vous me parler de votre nouvelle collection Trois, avec ses livres qui rassemblent des récits de trois auteurs ? Pourquoi avoir choisi ce format ?

Alexandre Balcaen : Elle est ouvertement inspirée de la collection de Drawn & Quarterly (« Showcase »), dont le concept nous a toujours séduit : un principe de collectif autour d’auteurs émergents  ou peu valorisés mais avec une sélection très réduite (pas plus de deux ou trois auteurs — nous, on en reste à trois par numéro, d’où le nom). Chaque auteur a la possibilité de s’épanouir sur un format assez important (de notre côté, on offre de 25 jusqu’à 40 planches) et le livre est vendu à un prix faible.
Nous n’osons pas nous aventurer sur le terrain du comix de 32 pages, très difficile à présenter en librairie (dès qu’il est en rayon, son absence de dos le rend invisible). Et étant donné que nous sommes diffuseur de notre catalogue, il est tellement plus facile de vendre un livre avec trois auteurs qui se soutiennent les uns les autres (et que tout le monde accepte finalement de prendre) plutôt que trois livres séparés d’auteurs que personne ne soutiendrait ! Il nous est apparu comme primordial de pouvoir soutenir ces formats « bâtards » (entre 30 et 40 pages) qui sont trop longs pour notre revue et qu’on estime trop courts pour un livre diffusé indépendamment.
Une autre de nos motivations, c’était d’encourager les auteurs qui ne signent pour le moment « que » dans Turkey Comix sur des formats courts  à passer un cap dans leur écriture, sans pour autant qu’ils soient forcés de se confronter tout de suite à un projet qu’ils devraient assumer avec leur nom seul sur la couverture.
Enfin, ce nouveau collectif nous permet de tenter des rapprochements d’écriture. Certains numéros seront vaguement thématiques ou auront une contrainte commune, d’autres fonctionnent uniquement sur un a priori — plus ou moins conscient — que les auteurs en présence ont à voir les uns avec les autres, qu’ils se connaissent ou non.
Quant au format, c’est qu’il est peu onéreux (c’est une collection dont un des buts est de permettre qu’un lecteur, motivé  dans son achat par au moins une des trois contributions, découvre le travail de deux autres auteurs, sans qu’il ait le sentiment de se ruiner).
C’est aussi un format très « standard » (homothétie de A4) : étant donné la diversité d’auteurs susceptibles d’y rentrer, cela correspondait à une contrainte. Le premier numéro prouve d’ailleurs que cela ne résout pas vraiment le problème : Tim Danko a fait une longue bande et des bribes de phrases ont sauté à l’extérieur des pages ou dans le pli, les dessins de L.L. de Mars sont reproduits un peu petit et manquent de blanc tournant…

Claire Beaumont : Nous avions un vrai désir de travail éditorial avec certains de nos auteurs, sans pour autant les sentir prêts à se lancer dans un ouvrage long.
Au moment où nous avons décidé de créer cette collection, nous étions quatre éditeurs et nos désirs ne se dirigeaient pas systématiquement dans le même sens : nous le constations à chaque nouveau chemin de fer Turkey Comix, et aux discussions parfois houleuses qui accompagnaient (et accompagnent encore !) cette étape du travail. Chaque volume de la collection Trois est dirigée par un seul éditeur qui travaille indépendamment des autres. Il me semble que cela nous permet de nous épanouir un peu plus dans cette activité d’édition à titre personnel.

Voitachewski : En 2002, que signifiait créer une nouvelle maison d’édition de bande dessinée indépendante ? Comment vous positionniez-vous alors par rapport à vos précurseurs des années 1990 (l’Association, Cornélius, etc.) ? Aviez-vous-même les mêmes références en tête ?

Alexandre Balcaen : Je n’étais pas là en 2002, mais d’après ce que j’ai compris, l’idée à l’époque c’était surtout d’avoir un truc à proposer pour aller squatter au festival d’Angoulême.
La maison s’est professionnalisée au fil du temps mais quand on a monté le nouveau comité de lecture entre 2006 et 2007, c’était bêtement parce que quatre ou cinq projets qui nous paraissaient plus que valables ne trouvaient pas nécessairement de débouchés chez les éditeurs en place. On s’est donc dit qu’on pouvait se donner les moyens de les mettre en œuvre, et c’est ce qu’on a fait (Jamestown, Poisson Gélatine, Victor Anthracite, Les Déserteurs, Incidents…). Turkey Comix a continué de progresser, DMPP est arrivé, puis de nouveaux projets et l’incroyable surprise de Nicolas Presl qui, suite à l’invitation de Gautier pour qu’il participe à Turkey Comix nous sort le manuscrit du Fils de l’ours père dont personne n’avait l’air de vraiment vouloir et qui était magnifique. Nous on était très intimidés mais on l’a fait : Claire, notre chef de fabrication de choc nous a sorti un objet-livre splendide et tout s’est très bien passé. Aujourd’hui, on commence à avoir un certain nombre de bouquins en cours et c’est vrai qu’on commence à se considérer comme un « vrai éditeur » avec une ligne qui s’affine. Quant à L’Association, Cornélius, Frémok, Atrabile, Les Requins Marteaux, et les autres grands indépendants que l’on connaît, c’est évident qu’ils ont toujours été — et restent pour certains — nos principaux modèles d’exigence, de courage et de capacité d’innovation. Malgré cela, on se réserve le droit d’avoir des partis-pris parfois différents des leurs.

Gautier Ducatez : J’ai commencé à regarder ces éditeurs avec des étoiles dans les yeux sur le tard. En 2002/2003, Cornélius était ma référence en termes de fabrication, L’Association avait Lapin. Je connaissais cependant mal la bande dessinée indépendante jusqu’en 2002 : les Freak Brothers chez Tête Rock, les Crumb en collection Solange et quelques livres de l’Asso et les Lapins que j’avais lu chez Tarabiscouille. Pour moi, la bande dessinée que j’appréciais le mieux en termes éditoriaux, c’était les recueils de Judge Dredd publiés dans les années 1980 par 2000AD[3] : format souple, un peu moins d’une centaine de pages, pas très beaux mais relativement résistants, en noir et blanc. Et puis, un jour, j’ai commencé à découvrir d’autres livres de ces catalogues (Fuzz et Pluck de Ted Stearn chez Cornélius : un livre génial à la fabrication des plus élégantes), j’ai découvert Fréon et Amok au moment où les deux entités se sont rejointes.

Claire Beaumont : L’Asso, Cornélius, c’était la classe. Nous, sans prétention, on s’est dit qu’on pouvait aussi se faire plaisir… nous avions à l’époque la version anglaise de Jamestown entre les mains et on s’est dit… et pourquoi on ne le publierait pas  ? Et voilà…
THC, c’est aussi un collectif, des gens, des personnalités, et des références qui leur sont propres. Je ne sais donc pas trop répondre à ta question en globalité…

Voitachewski : Dix ans après, comment qualifieriez-vous The Hoochie Coochie par rapport au paysage de bande dessinée indépendante français et international ? Quelles sont devenues vos références ?

Romain Mollica : Les autres éditeurs proches, ou chef de file seraient inévitablement l’Asso, Cornélius. Il y aurait aussi Atrabile et Les Requins.

Alexandre Balcaen : On a publié Nicolas Presl (édité chez Atrabile), Martes Bathori (Les Requins Marteaux, Le Dernier Cri), L.L. de Mars (Six Pieds sous terre et autres), Bertoyas (Les Requins, Le Dernier Cri, L’Asso) et il faut voir les dossiers de DMPP aussi : Verbeek, grand-père de l’OuBaPo, Schlingo (Le Square, Futuropolis…), Hagelberg (encore L’Asso et Le Dernier Cri), Jacovitti et Mattioli (Artefact, L’Asso…). Sans parler des chroniques ! Une bonne partie de ce qu’on a envie de défendre se trouve là-dedans.
Mais nous on est les « petits nouveaux », on fait encore des bêtises en termes de fabrication ou d’éditorial, on a un catalogue un peu éclaté parce qu’on aime la bande dessinée au sens large et qu’on travaille essentiellement avec les gens qu’on suit depuis longtemps dans les collectifs et que ça part parfois dans tous les sens. On essaye d’être attentif à ce qui se fait à l’étranger, on achète des fanzines d’un peu partout, parce que ça bouge énormément en Europe depuis une dizaine d’année : en Allemagne, en Finlande, maintenant en Suède ; il y a des frétillements en Russie et puis le renouveau italien et américain ainsi que la bande dessinée alternative chinoise, les outsiders japonais… Tout ça nous parle énormément.

Claire Beaumont : THC a sa place je pense, une petite place, mais il me semble que nous prenons pas mal de risques, tout en restant fidèle à des auteurs que nous voulons suivre. On publie des livres qu’on aime, qu’on veut soutenir et qui peuvent apporter de la nouveauté dans le paysage éditorial. Par rapport à l’international… ? Nous sommes bien peu de choses…

Gautier Ducatez : Oui, au niveau d’un quelconque paysage national ou international, nous sommes des nains. Ce que l’on fait a une grande importance pour nous et pour nos auteurs, mais soyons lucide : The Hoochie Coochie s’arrête demain, il n’y aura pas grand monde pour en déplorer la disparition dans un premier temps, pour s’en souvenir dans un deuxième. Mais peu importe la dimension mythique de la maison d’édition, c’est ce qu’on apporte aux auteurs qui est important. J’ai parfois l’impression que l’héritage le plus embarrassant de l’Association est cette légende que ses fondateurs ont construite et entretenue (Menu en tête). Je ne dis pas que c’était une erreur intrinsèque, ou qu’il n’y avait rien à défendre, mais je crois qu’un jeune éditeur aujourd’hui peut plus facilement se passer de cet aspect. Ceci ne nous empêche pas d’avoir quelques grandes gueules, mais nous sommes juste un éditeur parmi d’autres qui ont émergé récemment et qui, grâce à de glorieux devanciers comme Atrabile, L’Association, Cornelius, etc. savent le respect consciencieux qu’ils doivent mettre dans leur travail. Pour en revenir aux références, je sais que la découverte des romans graphiques de Masereel, Nückel, Ward a été un apport d’extrême importance. Une revue comme Raw reste un sujet de curiosité aussi. Et l’épaisseur d’un catalogue comme celui de l’Association ne lasse pas d’intriguer (avez-vous relu Debbie Dreschler récemment ? Qu’est devenu Dylan Horrocks ?).[4] Et puis, les fanzines… Toujours les fanzines — c’est là où les risques les plus insensés sont pris… parfois !

Voitachewski : Quelles ont été les principaux événements de ces dix ans, dans l’histoire de The Hoochie Coochie et dans celle de la bande dessinée indépendante ?

Alexandre Balcaen : La mort de la bande dessinée indépendante ?  Blague à part, ce qui caractérise ces dix dernières années, c’est la fin de la « niche dorée » dans laquelle on a pu voir s’affirmer quelque chose dans les années 90. Les années 2000 me paraissent être les années du nivellement, où les œuvres les plus importantes peuvent passer complètement à la trappe parce qu’elles sont majoritairement confondues — voire dénigrées ! — par rapport à la grosse soupe que de plus en plus d’éditeurs nous servent (je caricature grossièrement mais il me semble qu’il y a un fond de vérité).
Les vrais évènements marquants, ce sont les grands livres, Jimmy Corrigan, quinze ans de Bitterkomix en un remarquable recueil en français, L de Benoît Jacques, Marko Turunen, Kekkonen d’Hagelberg, Match de catch à Vielsalm, ce genre de choses[5].
Et les évènements marquants auxquels on a échappé — pour le moment — c’est la mort des « grands petits éditeurs ». Mais on n’est pas passé loin et on n’est pas à l’abri.

Gautier Ducatez : Un peu difficile de répondre à cette question ne serait-ce que pour un besoin de recul peu évident à avoir, d’autant que ta question est double.
Pour The Hoochie Coochie, je dirais qu’il y a l’acte initial : le premier Turkey Magazine en janvier 2002, puis le premier Turkey Comix en mars de la même année. Le passage à la couverture en gravure à l’été 2003. L’arrivée de Baladi et de Gregory Mackay dans le Turkey Comix n°15 en 2006. Les premiers livres véritables (Jamestown de C. Hittinger et Poisson Gélatine de Tarabsicouille) en 2007. Le prix de la BD alternative pour Turkey Comix et l’arrivée au catalogue de DMPP en 2008, le prix de DMPP en 2009. Les succès consécutifs de Les Déserteurs de Christopher Hittinger et Le Fils de l’ours père de Nicolas Presl en 2009 et 2010. Depuis 2011 et la sélection à Angoulême du Fils de l’ours père, il y a aussi l’installation « pour de bon » de The Hoochie Coochie dans le paysage éditorial. Dans ce sens, un livre comme Incidents nous a beaucoup apporté étant donné les nombreuses expositions que nous avons été amenés à réaliser autour de ce livre. C’est d’ailleurs intéressant qu’une reconnaissance tangible passe par le fait de trouver une forme de prolongement à un livre. Les deux embauches successives (moi en 2010, Alexandre Balcaen en 2011) et les problèmes que cela peut poser et qui force un peu le changement de point de vue. Enfin, cette année, il y a déjà le fait d’avoir dix ans, et les publications de Renégat de Baladi et Le temps est proche de Christopher Hittinger, premiers véritables gros tirages (1500 et 2500 exemplaires), ainsi que d’un point de vue technique, la sous-traitance de la distribution par les Belles Lettres DD.
Si on en vient à parler de la bande dessinée indépendante, ça devient encore plus pléthorique et compliqué. Je vois autant du très bon que du moins bon. Pour le très bon, il y a eu l’année de L’Eprouvette de l’Association qui a eu entre autres mérites, celui de poser les bases pour une réflexion éditoriale à mener. Il y a aussi le développement de manifestations novatrices autour de la bande dessinée, Périscopages et Pierre Feuille Ciseaux aux premiers chefs, mais vues les difficultés rencontrées pour maintenir ces manifestations, là, on rejoint le moins bon. Il y a aussi dans le très bon, une prise de conscience du patrimoine en bande dessinée, enfin relayée par des instances culturelles qui n’appartiennent pas qu’au monde de la bande dessinée, et enfin, une remise en question de l’exposition de bande dessinée. Ces deux derniers points ne sont uniquement le fait de la bande dessinée indépendante, mais beaucoup d’initiatives en partent, et il me paraît important de souligner autant le désenclavement heureux que cela entraîne, que la faculté des petits éditeurs à penser leur métier. Je suis peut-être un peu lapidaire, mais je crois que c’est vain de vouloir être exhaustif sur une pareille question au milieu d’un entretien déjà long.
Pour le moins bon, en tout cas, il y a ce combat lassant contre la paresse intellectuelle. Chez nombre de libraires (et en particulier chez des « spécialisés BD »), on voit que ce qui est appelé « indépendants » concerne tout ce qui n’est pas un album de bande dessinée sous sa forme classique, mais toutefois réalisé par un auteur occidental. Les choix de mise en avant s’apparentent encore très souvent à cette sempiternelle vision récréative de la bande dessinée, alors que la bande dessinée me paraît évidemment plus intéressante quand elle ébranle le lecteur. Mais bon… Je ne peux pas demander à tout le monde d’être aussi râleur et radical. Je constate cependant qu’il m’est difficile de me procurer Nègres Jaunes d’Yvan Alagbé (publié au Frémok) en province. C’est inquiétant.
On continue pour le moins bon ? Alors, la décennie est bien sûr dominée par le phénomène Persépolis qui aura fini par faire autant de bien que de mal à la bande dessinée d’auteur. La manne et l’audience que ce livre a apportées, a permis un réel développement de la bande dessinée moderne dans les années passées, mais a aussi amené un certain nombre de suiveurs peu scrupuleux à tenter de se faire du fric avec la bande dessinée. L’élan n’est plus là aujourd’hui, nombre de profiteurs sont repartis vers de nouvelles bulles spéculatives, mais il reste cette situation économique qui donne des sueurs froides à plus d’un éditeur aujourd’hui. Sans compter que la question d’une rémunération décente des auteurs n’est pas tout à fait réglée, à mon sens.
Le dernier point qui m’agace, et qui est un combat très actuel, est le fait que la bande dessinée numérique a le potentiel de fondamentalement bouleverser cet art, mais qu’on ne l’envisage en France que trop souvent comme une histoire de licences et de gros sous pour éditeurs industriels, alors qu’il y a tant à faire. Là-dessus, je peux même dire que The Hoochie Coochie est complétement défaillant. C’est promis, on se rattrapera (sans faire rentrer les pages des Déserteurs dans un écran d’IPhone bien entendu) !

Claire Beaumont : On a réussi à truster DMPP, ce qui nous a valu le prix de la BD alternative deux ans de suite ! Un événement très marquant arrive en mai 2012, avec le passage en distribution.
La sortie du Fils de l’ours père nous a également permis d’être un peu plus « connus » et reconnus. Je me demande si cela n’a pas été un tournant. Et surtout, il y a effectivement eu l’embauche de Gautier Ducatez, puis de Alexandre Balcaen qui a pas mal changé la donne : on n’a plus de contraintes économiques avec deux  employés qu’avec des bénévoles…

Romain Mollica : Le Prix de la bande dessinée alternative à Angoulême, inévitablement, qui arrive au moment où les premiers livres paraissent. Le fait de réimprimer un livre est aussi un événement important car cela montre que c’est un bon choix. Même si cela peut être une contrainte économique.
Plus globalement, pour la bande dessinée indépendante, je dirais (en tant que libraire) que le fait que les éditeurs soient aujourd’hui représentés par des structures de diffusion/distribution généralistes peut montrer une certaine forme de reconnaissance du côté des professionnels.
Il y a la parution de titres emblématiques (Pinocchio de Winschluss, le boulot de Joe Sacco…) qui explorent des formes et des sujets inédits en bande dessinée.

Voitachewski : Aujourd’hui, comment survivre dans le paysage français quand on est une petite maison d’édition ? Comment gérez-vous l’impression, la distribution, etc.

Alexandre Balcaen : Bénévolat, bénévolat et encore bénévolat. Et les subventions publiques de la région, du CNL, les aides à l’emploi, les indemnités du chômage, les quelques centaines de lecteurs qui suivent encore un peu la création.

Gautier Ducatez : Publier bien, publier peu, ça me paraît la base. Bien sûr il faut défendre chaque livre jusqu’au bout de ce qui est humainement possible. Je n’ai pas de recette plus miraculeuse que celle-ci.

Claire Beaumont : Pour l’impression, il est surtout difficile d’estimer les tirages. Nous avons eu de nombreuses réimpressions à faire car trop peur de se retrouver avec trop de stocks sur les bras. Mais une réimpression génère un gros effort financier car le livre se vend moins que s’il s’agissait d’une nouveauté, surtout dans le paysage actuel où les livres ont une durée de vie de plus en plus courte en librairie et où les libraires indépendants — ceux qui nous font vivre — ferment les uns après les autres, surtout en province.
Je suis très attachée au fait de ne pas envoyer nos livre à imprimer en Asie ou même dans pays d’Europe de l’Est dont on ne connaît pas assez bien les conditions des travail des employés et qui génèrent des frais d’expédition (et l’impact écologique qui va avec) que je ne soutiens pas.

Gautier Ducatez : On maintient encore notre diffusion, notre catalogue n’étant pas encore pléthorique, cela nous permet de continuer à bien faire vivre des ouvrages de fonds comme par exemple Les Déserteurs qui est donc paru en 2009 quand même. Un jour, on ne pourra plus faire ce travail et on sait qu’on passera la main, sans lâcher celle des libraires tout à fait pour autant, car c’est important une fois de plus d’accompagner le plus loin possible ses livres.

Romain Mollica : A noter également que les couvertures ainsi que l’insertion des gravures, pour la revue, se font « à la main » pour chaque exemplaire. Cela permet de repérer les erreurs d’impression.
Je dirais que le plus difficile pour une jeune maison est de se rendre visible dans les librairies. A moins d’avoir des moyens pour jouer d’entrée dans la cour des grands, les débuts sont difficile. Nous n’étions pas pressés et les choses avancent lentement parce que nos moyens humains et financiers sont limités.
Il faut avoir le temps de faire des livres et de les faire connaître. Le plus difficile est d’échapper aux contraintes financières. Il y en a toujours mais il faut trouver un fonctionnement qui soit le plus léger possible. D’où le fonctionnement en association depuis le début pour Hoochie Coochie. Ce qui est le cas de beaucoup d’autres maisons je pense : association, bénévolat, débrouille. Ce qui n’empêche pas un professionnalisme affirmé quand on voit les bouquins produits et la manière dont on a évolué.

Voitachewski : Comment se déroulent les décisions éditoriales ?

Gautier Ducatez : Il y a deux choses : les revues et les livres. Pour les revues, Gérald Auclin est seul maître à bord de DMPP, tout au mieux, nous lui servons de conseillers, et c’est très bien de la sorte. Turkey Comix fait l’objet d’un choix collégial entre Alexandre, Claire, Romain et moi, c’est moins simple car il faut s’entendre à quatre pour une sélection (on ne publie qu’à peu près la moitié des contributions reçues) et le chemin de fer, mais c’est un fonctionnement qui a fait ses preuves et qui tient bon l’épreuve du temps.
Pour les livres, le cas général est le suivant : Alexandre et moi recevons, étudions et approuvons ou non les projets en amont. Si au moins l’un de nous deux est favorable à une publication, nous faisons remonter les projets au comité de lecture constitué de dix personnes plus nous deux, et un vote est effectué. Le comité implique des bénévoles et des auteurs de The Hoochie Coochie, ce qui est totalement en adéquation avec notre structure associative. Il y a bien entendu les cas particuliers (la collection Trois abordée plus haut et certains projets qui sont trop à part ou pas assez avancés pour que je m’étende ici là-dessus).

Alexandre Balcaen : Ce comité de lecture comprend dix personnes, qui sont en fait l’équipe de bénévoles sans lesquels The Hoochie Coochie n’aurait jamais pu tenir et se développer. Ça nous a paru normal de les intégrer au processus éditorial après tout ce qu’ils nous ont donné en termes d’encouragements et de force de travail. Ça facilite aussi les échanges en interne parce que comme dans toute structure collégiale, on n’est pas à l’abri de graves engueulades. Avoir autant de monde derrière nous nous paraît susceptible de nous aider à temporiser en cas de crise.

Claire Beaumont : La mise en place de ce comité a de plus réinscrit THC dans un mode associatif. Il y avait à l’époque un choix à faire : soit on continuait à évoluer comme une entreprise, soit on remettait les choses à plat pour mettre le collectif en avant. On a choisi la seconde option et c’est une formidable décision sans laquelle l’avenir de l’asso aurait à mon avis été très incertain.

Voitachewski : Ces quelques années, The Hoochie Coochie a beaucoup évolué et a fait beaucoup parler de lui avec quelques excellents livres de jeunes auteurs qui ont beaucoup fait parler d’eux (de Nicolas Presl, Christopher Hittinger, Gérald Auclin). Quel est l’impact de cette reconnaissance croissante ? Comment pensez-vous évoluer ? Allez-vous multiplier les publications ?

Alexandre Balcaen : Beaucoup dans le microcosme… L’impact commercial, c’est qu’il est plus facile d’atteindre les libraires quand on a un livre qui récolte de la presse ou des sélections en festival. Mais  ça reste aussi à relativiser, on souffre encore d’un certain mépris de certains points de vente, sans doute parce qu’ils sont débordés par une production qui leur paraît complètement illisible.
L’impact « sensible », c’est que des auteurs dont on admire profondément le travail nous montrent du respect et nous témoignent de la confiance. Et quand je dis ça, je parle autant d’auteurs « extérieurs » à la structure que de ceux qu’on a commencé à publier et qui pourraient très bien décider d’aller voir ailleurs ! Aujourd’hui encore, ça nous arrive de tomber des nues quand on nous propose un projet : «quoi ? ce projet-là est pour nous ? ? Pas possible ! Formidable !»
On a augmenté la production en 2011 (de 3/4 livres par an à 7/8 livres par an) et on compte s’y tenir, parce que les projets sont là et qu’on est désormais deux permanents plus la dizaine de bénévoles fortement engagés dans le projet. Mais c’est la limite, on ne peut humainement pas aller plus loin. On va donc se tenir à ce rythme. Sous réserve que les finances suivent évidemment, ce qui est loin d’être gagné.

Gautier Ducatez : On a la chance d’avoir pu convaincre des auteurs de la stature de Matti Hagelberg ou Alex Baladi de travailler avec nous, ça, c’est autant l’impact de la reconnaissance que de liens humains importants et entretenus au long des années. Mais nous sommes toujours attachés à publier de jeunes auteurs talentueux. En ce moment, je suis très excité notamment par les travaux de Boris Hurtel et des frères Leglatin. A peu près personne ne les connait, et pourtant… Donc on évoluera avec nos auteurs, leurs projets et si nous avons planifié quelque chose, c’est de rester curieux et attentif. Une fois de plus, je pense fondamentalement que notre reconnaissance est toute relative, et alors que la mise en lien avec Matti ou Baladi se fait tout naturellement, ce qui me préoccupe d’avantage, c’est de préserver et entretenir l’environnement de confiance qui donne envie à nos auteurs de continuer à travailler avec nous. Je pense ici à Gérald et Christopher qui ont chacun trois titres au catalogue. C’est révélateur de ce climat, pour autant une envie d’aller voir ailleurs à un moment donné me semblerait normale. Toutefois, il faut qu’on mette tout en place pour que ces relations auteurs/éditeurs soient pleinement satisfaisantes le plus longtemps possible.

Claire Beaumont : L’évolution doit se placer en termes d’intransigeance qualitative, pas quantitative. Publier plus, pourquoi pas si nous en avons besoin pour faire vivre nos salariés, mais je préférerais qu’ils trouvent des ateliers ou des conférences rémunérés plutôt que de tomber dans les travers de la surproduction.

Romain Mollica : L’impact on peut le voir sur le nombre de librairies qui ont commandé Le fils de l’ours père ou Incidents sans qu’on les démarche. Cela montre que des personnes viennent leur commander ces livres et qu’il y a un début de reconnaissance qui nous échappe, est moins directe  ; et surtout que les livres circulent, sont lus, conseillés…
L’autre impact est le fait que nous ne pouvions plus gérer la distribution, le flux physique des expéditions, et qui nous a fallu travailler avec un distributeur important. Cela montre que nous pouvons envisager des tirages un peu plus élevés pour certains bouquins car ils seront dans un réseau plus large.
L’évolution sera constante je pense. Le rythme de publication ne devrait pas s’accélérer avant quelques années je pense. En tout cas ce sera progressif.
Une évolution logique serait de publier des titres traduits ce qui démontrerait que nos choix, notre travail, notre réseau, nos connections se diversifient et parlent à d’autres personnes.

Voitachewski : Quels sont vos projets actuels ? Comment voyez-vous The Hoochie Coochie dans cinq ans, dix ans ?

Alexandre Balcaen : Là, on a un programme à peu près en place pour jusqu’à fin 2013. Réussir à l’assumer est pour le moment ma seule préoccupation.

Gautier Ducatez : Nos projets actuels sont Renégat de Baladi, un livre extrêmement important dans la bibliographie de cet auteur prolifique. C’est un livre qui parle de la piraterie au XVIIIe siècle et Baladi fait remonter les racines de cet intérêt à son enfance. L’écriture de ce livre l’a mobilisé exceptionnellement longtemps (les premières discussions à ce sujet entre lui et moi datent de 2008), et nous avons la volonté de bouleverser le traitement éditorial qui a jusqu’alors été réservé à Baladi. Je ne remets pas en question le travail des éditeurs principaux, je dis juste que ce livre est particulier et qu’il ne pouvait rentrer dans aucune collection standardisée, ce qu’on a la possibilité de proposer à cet auteur. D’autre part il nécessite un accompagnement hors livre très important : on met en place une exposition autour du livre, on compte mobiliser drastiquement la presse autour de ce projet, etc. Baladi est à mes yeux l’un des auteurs les plus importants de ces vingt dernières années, pour autant, il est trop ignoré en regard de son immense talent.
L’autre gros projet est le nouveau livre de Christopher Hittinger sur le Moyen Âge. Christopher a cette faculté incroyable de réinventer son dessin et sa narration à chaque nouveau projet tout en restant cohérent. Autant dire qu’il nous faut lui proposer la forme éditoriale pleinement adaptée à ce renouveau incessant, et que c’est un challenge incroyablement périlleux et excitant.
Enfin, se profilent le livre des frères Leglatin et le Turkey Comix n° 21 (déjà !), qui devrait marquer une nouvelle étape dans la maturation de cette revue. Je ne préfère pas en dire trop pour l’heure.
Dans cinq ans ? Dans dix ans ? Si on est en vie, c’est déjà bien. Si on arrive à maintenir notre ligne et notre intransigeance, c’est encore mieux et c’est à peu près tout ce que je souhaite à The Hoochie Coochie. Le moment qui finira par arriver et qui sera bizarre et très dur à gérer, sera le jour où l’on se réveillera en se disant que Turkey Comix a été une superbe revue, mais qu’elle a vieilli et qu’il serait sage d’y mettre un terme, car on n’y découvre plus rien. En attendant, s’il y a bien une personne sur qui il ne faut pas compter pour lui donner une date de péremption, c’est moi !

Claire Beaumont : Mon rêve : que THC détiennent tous les moyens de production, de diffusion, et de distribution… un doux rêve utopiste.
Actuellement, plein de projets d’expos, des sorties de livres prévues. Je travaille sur le Trois #2 aussi. Le Turkey 21 pointe le bout de son nez, Gérald travaille sur le DMPP… C’est la folie et c’est génial !

Romain Mollica : Il y a quelques bons bouquins qui sont sur le feu qui sortiront, d’autres qui ne sont pas encore aboutis mais dont l’idée est bien précise. Dans cinq ans je pense que la structure aura peu évoluée : les deux revues auront peut-être un peu évolué, le catalogue aura grossi et se sera probablement enrichi de choses du genre portfolio ou autres travaux d’impressions artisanaux et originaux. Dans dix ans ce serait faire trop de prédictions !

[Entretien réalisé par emails en mai – juin 2012.]

Notes

  1. Olivier Philipponneau fait partie de ses volontaires cités qui constituent l’équipe de Hoochie Coochie. Il tient un blog.
  2. DMPP est la revue lancée et dirigée par Gérald Auclin, absorbée par Hoochie Coochie en 2008. DMPP a reçu le prix de la bande dessinée indépendante à Angoulême en 2009, soit un an après Turkey Comix.
  3. 2000 AD est un célèbre magazine britannique publiant principalement de la science-fiction. Des auteurs tels qu’Alan Moore, Neil Gaiman ou encore Warren Ellis et Grant Morrison y ont fait leurs armes.
  4. Frans Maserel (1889 – 1972) était un graveur sur bois flamand ; auteur notamment de La ville, Mon livre d’heures, Le Soleil, Idée… La plupart de ses œuvres n’ont pas été traduites. Otto Nückel (1888 – 1955) était un graveur – illustrateur allemand. La plupart de ses œuvres n’ont pas non plus été traduites. Raw est bien entendu la célèbre revue d’Art Spiegelman  ; Debbie Dreschler l’auteure (américaine) de Daddy’s Girl et de Nowhere. Enfin, Dylan Horrocks est l’auteur (néo-zélandais) de Hicksville.
  5. Jimmy Corrigan est le premier ouvrage de Chris Ware a avoir été traduit en français ; Bitterkomix est une revue sud-africaine publiée par Conrad Botes et Joe Dog dont une anthologie a été publiée en 2009 par l’Association ; L a également été publié chez l’Association ; quant au Finlandais Marko Turunen il est (notamment) l’auteur d’Ovnis à Lahti. Autre Finlandais, Matti Hagelberg a publié Kekkonen chez l’Association. Match de catch à Vielsalm est édité chez le Frémok et est issu de la rencontre entre des auteurs de bande dessinée et des artistes souffrant d’un handicap mental.
Site officiel de The Hoochie Coochie
Entretien par en juillet 2012
  • David

    Une interview fleuve très intéressante. Je découvre cette structure d’édition associative, et me rends compte que je suis passé à côté de tous les auteurs qu’ils présentent. J’ai beaucoup de pain sur la planche.
    Merci.
    :^)

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