Hicksville

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Imaginez une ville perdue au fin fond de la Nouvelle-Zélande. Une ville loin de tout. Une ville où tous les habitants partagent une même passion — la bande dessinée. Une ville où le facteur reconnaît préférer les mini-comics aux super-héros mainstream. Une ville incroyable. Bienvenue à Hicksville.
Mais bien peu de gens viennent à Hicksville. Quelques rares curieux s’y aventurent, et le plus souvent, y restent. Mais personne n’en part définitivement. Après quelques années au dehors, on y revient, forcément. Personne n’en part, sauf Dick Burger. Burger, c’est le créateur prodige, le renouveau du comics, Jack Kirby et Todd McFarlane puissance dix, version Steven Spielberg. Tout ce qu’il touche devient or, Holywood le courtise et les plus belles femmes sont à ses pieds. Et il est originaire d’Hicksville
Leonard Batts est journaliste pour le « Comics World Magazine ». Son grand projet, c’est une biographie de Dick Burger, une biographie pour laquelle il va remonter aux sources, et s’aventurer en terra incognita, direction Hicksville, histoire de découvrir les racines d’un talent. Et ce qu’il va découvrir est tout autre …

En plus de deux cents pages, Dylan Horrocks se lance dans une grande déclaration d’amour. Amour de la bande dessinée sous toutes ses formes, depuis les super-héros les plus body-buildés jusqu’aux mini-comics artisanaux, en passant par d’obscures productions étrangères dans des langues imprononçables. Un amour immodéré, qui transcende son dessin maladroit et emporte la narration.
Le récit prend alors la forme d’un voyage initiatique, à la découverte de la véritable richesse de la bande dessinée. Pour nous guider, Leonard Batts, en néophyte qui ne connaît que la partie émergée de l’iceberg (les productions commerciales à la créativité sacrifiée sur l’Autel de l’Argent) et qui croit qu’il n’a plus rien à apprendre.
Et alors que Leonard va aller de surprise en découverte, Dylan Horrocks propose au lecteur un autre voyage, introduisant d’autres récits dans le fil de sa narration. On trouvera entre autres un mini-comic autobio, plusieurs épisodes des aventures d’un super-héros en collant, tous se voulant témoigner de la richesse et la diversité du médium — dommage seulement que le dessin de Dylan Horrocks ne soit pas à la hauteur de ses ambitions.

Mais le résultat reste passionnant. On oublie vite les défauts pour se laisser emporter par la verve d’un auteur amoureux de son art. Son message est tout simple : la bande dessinée, toute la bande dessinée, vaut le coup d’être découverte. Au-delà des querelles de clocher entre adeptes des Indépendants et défenseurs des super-héros, Dylan Horrocks signe ici un livre attachant, une véritable « Ode à la bande dessinée ». Alors, vous aussi, n’hésitez pas à vous embarquer dans ce grand voyage. Et rendez-vous à Hicksville.

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Chroniqué par en janvier 1999

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