Ibicus (t3)

de

Rabaté continue sa longue adaptation d’un roman russe oublié. Peut-être vaut-il mieux parler d’interprétation d’ailleurs, car Rabaté n’a jamais caché qu’il se sentait complètement libre vis-à-vis du roman de Tolstoï (pas le connu, un autre) qui lui sert plus de trame de départ que de scénario contraignant.

Ibicus raconte l’errance d’un minable qui profite de la révolution bolchevique pour essayer de s’en sortir. Il n’y parvient jamais, même s’il connaît parfois des heures de gloire, en prenant l’identité d’un aristo, ou en trafiquant un peu. Siméon n’est pas un héros, c’est un pauvre type, une victime ballottée par les événements de l’Histoire, qui tente malgré tout de s’en sortir, sans aucun panache mais avec cynisme, arrivisme et une bonne dose de lâcheté.
Rabaté prend son temps, laisse le climat de son histoire s’installer, se développer, le long de ces grandes pages aérées, de 3 ou 4 cases, tout en nuances de gris et de blanc. Le lecteur se laisse aller à ce récit délié, il suit les longues silhouettes, dans cet univers triste et grotesque, et jamais on ne se sent pressé d’arriver à l’issue finale.

Ibicus est esthétiquement irréprochable, mais ce n’est pas tout, c’est un récit admirablement mené, avec une formidable nonchalance. Rabaté pourra, s’il le désire, quitter à jamais la bande dessinée après son Ibicus : il aura donné une oeuvre.

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Chroniqué par en décembre 2000

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