Rupestres !

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Le titre est au pluriel. Il désigne moins la matière que ceux qui en viennent, avaient oublié qu’ils y vivent. Ils sont six, se souviennent en visitant les entrelacs géologiques de la Terre-mère, en même temps qu’ils pénètrent une chronologie pétrifiée de quelques milliers d’années, dont les repères ne sont pas d’origine tectonique mais ceux d’échelles plus infimes, issues de mains préhistoriques.

Cela aurait pu mal commencer. Dire qu’il s’agit d’un des glorieux ancêtres de la neuvième chose, art en enfance de l’homme comme elle, d’avant l’écriture, et s’essayant aussi à faire son cinéma sur un support qui, à défaut du végétal, est minéral et pariétal. Heureusement, il s’agit d’auteurs tous dessinateurs qui se retrouvent dans une pratique, des techniques et des solutions qui, à des siècles de distance, restent les mêmes.

Et puis, dans le plein de la Terre, le noir fait la matière du vide autour d’eux et le trait, cette trace, n’existe pas sans une maîtrise de la lumière, qu’elle vienne du feu ou de l’intelligence. Ce qu’ils perçoivent c’est une matrice et un point d’origine, la preuve physique d’une introspection, et l’acte fragile, tellement humain, d’inscrire la vie dans ce vers quoi tout retournera, de vaincre l’inimaginable par un après où l’illusion du mouvement, du souffle représenté, déjouerait toute pétrification minérale.

Qu’importent la parole ou les chants que cela soutenait. Comme tout activité créatrice de nature artistique, cela parle directement ou indirectement de la vie et de sa beauté fragile, de l’idée simple de la glorifier, mais aussi à celle plus illusoire de l’introduire dans l’inorganique moins pour la conserver, que pour devenir soit-même originel, un de ces démiurges des religieux (le vrai primitif des arts).

Heureusement ils sont six, trop semblables pour être unique, trop proches de ceux qui les ont précédés il y a si longtemps. Voir, comprendre, se repérer, sentir, imaginer la proximité mais aussi, l’espace de quelque pages, concevoir de tout détruire pour former le début d’un calendrier redevenu « anthropo-égocentrique ». Car oui, ces traces affirment une gloire posthume d’une distance temporelle abstraite, démesurée, que ne leur offrira jamais le succès de leurs livres. Réunis au plus près, ils ne sont qu’une réflexion dans une cavité sise comme une bulle de neuvième chose dans un néant obscur, cette matière invisible comme le temps qui les contraint, les fait ramper et courber leur tête. Tous touchent littéralement une limite et de leur art, et de leur pensée.
Ils ressortent crottés, mais marchent du même pas, bien vivants et font à douze mains ce qui n’est ni dépouille, ni relique mais un cadavre exquis. Cette belle expression surréaliste ici paradoxale, pour montrer justement la vitalité d’une démarche partagée, d’un corps collectif exhumé comme la preuve racinaire d’une vie souterraine, et accompagné d’une épithète tout au plaisir d’une expérience résurrectionnelle.

Site officiel de Etienne Davodeau
Chroniqué par en mars 2015

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