Les Kids

de

(Publié initialement dans Peepshow #7-10)

Changement d’approche pour Joe Matt, qui délaisse un temps l’autobiographie à chaud pour se plonger dans ses souvenirs d’enfance, suivant la voie tracée par I Never Liked You de Chester Brown. Et ce n’est pas du goût de tout le monde, si l’on en croit la réaction virulente d’un des lecteurs dans le #8 …

En apparence pourtant, rien n’a changé. Le dessin est même un peu plus assuré, il faut juste un temps pour s’habituer à Joe Matt en version jeune (lunettes à grosse monture et coiffure de petit garçon sage), et replacer les divers intervenants de cette histoire … Par contre, les expériences de mise en page de Peepshow, le livre, sont définitivements oubliées. A la place, une grille rigide de trois cases par deux, que rompent parfois quelques grandes images.

Là où réside le problème, c’est que si la vie actuelle de Joe Matt est pleine de situations drôles ou misérables, son enfance est plutôt commune et sans histoire. Bien sûr, de temps en temps, au hasard de quelques tableaux souvent cruels, on sent poindre l’adulte que Joe Matt va devenir, ce personnage pas vraiment fréquentable. Mais pour le reste, ce récit manque de la verve et de la vivacité qui faisait tout l’intérêt des épisodes précédents, cette peinture à vif d’une vie misérable mais gardant le sens de l’humour. Et après la franchise parfois crue à laquelle nous étions désormais habitués, cette narration lisse et distante a du mal à enthousiasmer.

De plus, la période choisie par Joe Matt n’est peut-être pas la plus intéressante. Il est encore très jeune, et ne connaît pas encore les interrogations qui sont au centre de The Playboy et de I Never Liked You de Chester Brown. Pourtant, d’après ce que nous savons de Joe Matt, il aurait très certainement été passionnant de découvrir la genèse de ses attirances (pour le pornographique ou pour un certain type de fille). A la place, ce sont sa collectionnite galopante et ses relations familiales et amicales que l’on explore …

Enfin, la critique principale que l’on pourra faire à Joe Matt, c’est sa lenteur. Entre le #7 et le #10, plus de deux ans se sont écoulés, et ce, pour un comic format standard, 24 pages et pas une de plus ! Alors un bon conseil pour ceux qui découvrent Joe Matt : savourez bien ce qu’il a déjà publié, et … armez-vous de patience.

Site officiel de Le Seuil
Chroniqué par en avril 1998

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