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Magic Boy & Girlfriend

de

(chronique multiple couvrant aussi Quit your job chez Alternative Press et Paradise sucks chez Black Eye Books)

Je viens de vérifier dans le dictionnaire : unique, adjectif, du latin unicus, « seul en son genre ».
Kochalka est un auteur unique.
Si son dessin l’associe à la veine minimaliste (Tom Hart, John Porcellino, Jon Lewis), l’ingénuité de ses histoires n’appartient qu’à lui, et à lui seul.
Kochalka a une âme d’enfant. Non, les enfants peuvent être cruels …

Voyons voir, son personnage récurrent est Magic Boy, un elfe aux longues oreilles pointues et la frimousse d’écureuil, Kochalka a peut-être une âme d’elfe ? Pure et vierge de toute la sauvagerie des adultes et des humains. Innocente ? (quoi que … Ce n’est pas vraiment comme ça que je vois les elfes …)
Je peux vous paraître confus, mais ceux qui ont déjà lu Kochalka comprendront que c’est un auteur très difficile à décrire, car il n’est pas résumable aux histoires qu’il raconte, mais plutôt à la façon dont il fait progresser ses récits. Son univers et ses personnages sont comme dans les rêves, sans logiques apparentes, et pourtant cohérents. (je dois admettre qu’il m’a fallu lire plusieurs histoires avant de rentrer dans son univers, au départ je pensais plutôt « Hein ? », « Quoi ? » « Euh ? »)
Chez lui, tout est lumineux et simple, et pourtant c’est loin d’être simpliste …
Magic Boy est un elfe, mais il vit dans un monde réaliste (il doit travailler pour vivre), bien que les personnages puissent être des robots, bien que sa chatte parle et l’appelle « Papa » (daddy), bien qu’on puisse envoyer un chat dans la navette spatiale. (à la suite d’un concours de rédaction)
Non, décidément, les albums de Kochalka sont inracontables.
Je vais essayer, mais c’est voué à l’échec.

Magic Boy & Girlfriend est une compilation de ses premiers mini-comics, aujourd’hui introuvables. Kochalka y apparaît personnellement, dans des récits d’obédience autobiographique, mais petit à petit Magic Boy va apparaître. D’abord en parallèle avec Kochalka, car Magic Boy n’est autre qu’une réintrepreation de l’auteur. Un autre lui-même, mais qui n’est pas tout à fait lui. Il est l’auteur et la créature créée par l’auteur.

Dans Quit your job, alors qu’il est en retard pour son travail, Magic Boy trouve une bague magique. Cela pourrait être le départ d’une aventure, mais il va complètement oublier qu’il l’a en sa possession. (Quit your Job, c’est aussi l’émerveillement face à la neige, ou des réflexions sur l’abrutissement du travail.)

Dans Paradise Sucks, Magic Boy est vieux et ridé, il est le dernier peintre vivant. En parallèle, Kochalka nous raconte la Génèse. Ses raccourcis sont assez représentatifs : Dieu ressemble à Merlin l’enchanteur. Longue robe, longue barbe, chapeau pointu et baguette magique. Et les anges sont des insectes. (Des coccinelles ? Des « bêtes à bon Dieu » ?)

Je le savais, c’était voué à l’échec … Kochalka est unique, et ses histoires ne se réduisent pas à mes pitoyables résumés. Pour vous faire une idée, il faut le lire, et pour commencer, je ne saurais que vous conseiller le SPX’98. Non seulement, vous pourrez y découvrir des dizaines d’auteurs, mais en plus son histoire Little Lovers est une pure merveille (que je n’essaye même pas de raconter).

(Kochalka fait également de la musique, et devrait sortir incéssement deux nouveaux comics :
The Horrible Truth About Comics. Une réflexion sur la bande dessinée en bande dessinée. A la manière de l’Understanding Comic de Scott McCloud, mais en plus drôle nous promet-on.
Monica & Bill. Une adaptation du mémorable rapport Starr, dessiné par Kochalka et encré par Tom Hart. L’argent engrangé par ce comic sera intégralement reversé au CBLDF, qui lutte contre la censure.)

Site officiel de James Kochalka
Chroniqué par en décembre 1998

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