Plaisir de myope

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J’ai un petit peu regardé ce qu’avait fait ce jeune auteur avant Plaisir de myope. C’est très moyen. Beaucoup de couleurs, un peu n’importe comment. Des personnages assez peu crédibles. Plutôt mal dessinés. Rien à voir avec la précision admirable d’un Jean Graton, ni avec la truculence bonhomme d’un Morris. Enfin, la bande dessinée a ses périodes un peu rock’n roll, à nous de nous y faire …

Mais franchement, le dernier, là, je ne vois pas. Rien qui se tienne. Pas d’histoire suivie. Des décors à peine esquissés, qui changent tout le temps — et encore, quand il y a des décors ! Parce que la plupart du temps, rien ! Les personnages sont posés sur la page comme ça, même pas finis, un bout de bras, deux traits pour faire un visage, un vague costume, et hop !
Parlons-en, d’ailleurs, des personnages : jamais à la même taille, presque toujours esquissés plutôt que dessinés, on ne les reconnaît même pas d’une page à l’autre (alors que, tout de même, c’est le b-a ba …). Il y a de tout ! Des vieux, des jeunes, des femmes, des enfants, des chiens, des rues de villes qui n’existent même pas, des voitures, des véhicules encore plus improbables …

Et puis en plus, vraiment, je l’ai relu six fois : pas moyen de savoir de quoi ça peut bien vouloir parler. C’est bien simple : l’éditeur, là, ce Monsieur Cornélius, eh bien il aurait aussi vite fait d’éditer les carnets de croquis de son client, ça ne serait pas plus brouillon. Je vais vous dire : je crois bien que certaines pages ne sont même pas encrées !
C’est comme l’autre, là, ce Blouche, ou Blotche, dans la même collection. Des gribouillis, tout ça. Des marges. L’enfance de l’art.

PS : sérieusement, il faudrait dire aux gars de chez Cornélius que s’ils éditent ce genre de sketch-book uniquement pour rendre jaloux les gens qui ne savent pas dessiner, ben c’est gagné.

Site officiel de Cornélius
Chroniqué par en mars 1999