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La république du catch

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Quand les distances sont grandes et que se posent des problèmes d’appréhension, on essaie d’en chercher les dénominateurs communs. Ici ce seraient un environnement urbain, une culture de la neuvième chose et le fait que comme dans les jeux sportifs, les rebondissements sont toujours préférables à l’issue prévisible.
Pour le premier point, la ville peut être New-York sur Loire ou Tokyo quelque part. Pour le second, l’on constaterait que le manga ou la bande dessinée ont cultivé depuis bien longtemps une armée de héros, qui seraient autant d’esprits auxquels l’animisme postmoderne aux spiritualités orphelines saurait vouer un culte quotidien, qui gagnerait en proportion à mesure que le sentiment de prise sur le réel évoluerait à la baisse. Enfin, dans ce monde rassasié de pain, le ludisme primerait pour mieux fuir tout ce qui questionnerait plus loin qu’un match, un championnat ou un sport.

L’avantage de la distance, c’est aussi le recul, la constatation, la fin d’un implicite, les rouages visibles par comparaison et le surgissement d’un commun quasi essentiel. Certain y verront un gain d’efficacité professionnelle pour mieux réifier leur monde figé ; d’autres la possibilité de se retrouver amateur comme aux débuts, pour se jouer de la manière, jouer des règles plutôt que de s’y laisser totalement soumettre, retourner à nouveau au jeu premier tissé de curiosité[1].

Tout cela forme les lettres d’une république en neuvième chose, où l’on sait qu’il faudra une confrontation, que l’on ne pourra que s’en amuser, mais que l’on ébauchera sincèrement dans ses attendus pour mieux y chercher l’inattendu. De cette chose publique — ou populaire — où le débat et ses concepts sont incarnés dans les nuances de costumes ajustés et de caractéristiques physiques ayant fonction de signifiés, émerge à nouveau l’auteur sans la lassitude des dernières années. Finalement, il fallait ce rythme exotique faisant l’étymologie d’un vocabulaire en soi, pour se ressourcer, renouveler un goût oublié, une sapidité perdue envers la bande dessinée.

Si la musique s’impose, avance littéralement et structure le récit, c’est par la virtuosité d’un manchot mélomane[2]. Oui, un palmipède ne sachant voler mais qui se dévoue, ici, à partager ses envolées, à faire en sorte qu’elles sauvent là où ailleurs elles accompagnent l’action et en accroissent l’émotion. On ne s’étonnera pas que cet air du temps bousculé par l’interprétation de mélodies venues du classique[3] fascine les fantômes, tant elle décuple l’éthéré, y fait revivre un passé en lui donnant sinon chair, pour le moins un dessin autre et toujours actantiel.

Si l’auteur ne se sent plus manchot, pourrait-on dire de manière imprécise mais en se fiant quelque peu à l’histoire : «La nuit dernière un «pingouin» lui a sauvé la vie» ?
Peut-être si l’on part du principe que cette dernière peut se rendre visible et se partager dans la maîtrise retrouvée de quelques traits.

Notes

  1. Notons que cette collaboration de dessinateurs européens avec un éditeur japonais n’est pas nouvelle. Il y a 20 ans, c’étaient Baru, Baudoin, Beb Deum ou Trondheim.
  2. Ce personnage était au départ un projet de dessin animé avec le studio 4°C.
  3. La musique y est un moteur à tel point qu’elle fait avancer le piano du manchot à travers la ville, comme l’essence une automobile.
Site officiel de Casterman
Chroniqué par en mai 2015

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