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La Vie est Belle malgré Tout

de

« Je ressens trop de mépris. Bien sûr, il y a des choses que j’aime mais … Je ne sais pas. Je suis trop critique …. Mes jugements sont devenus catégoriques et rigides …. Je suis invivable. Je ne cherche pas à discuter, je pontifie. Si je me rencontrais, je me détesterais ! » — Seth

(L’album de Seth partage la formidable équipe éditoriale de du9. Alors, pour faire comme les grands, euh … comme les vrais magazines sérieux, vous pouvez lire ci-dessous, l’avis de Sylvie, puis celui de François et, en complément, les réactions d’Yvan et Gregg.)

C’est le titre La vie est belle malgré tout qui m’a attirée. Forcément, j’ai voulu savoir en quoi ? pourquoi ? comment ? vraiment ? J’attendais, j’espérais …
Et donc Seth, l’auteur, m’a entraînée sur la piste d’un homme solitaire développant une solide phobie du futur et réservant la plus grande part de sa tendresse à son chat et aux vieilles bandes dessinées.
Ça, je peux comprendre qu’on préfère parfois son chat-chat aux vilains gens-gens mais les vieilles bandes dessinées ! ! !
Donc, notre misanthrope à chapeau aime tellement la b.d. (bien faisandée..) qu’il part en quête d’un dessinateur inconnu (qui se révélera finalement (cochez au choix) : nul, touchant, mort, ringard, humain). Tout devient alors sujet et matière et inversement de l’histoire : pensées éparses, brèves rencontres, lieux traversés, souvenirs, silence etc … un journal quoi, ou plutôt coi !

Bon ! le charme des non-événements ténus qui constituent le quotidien ne me laisse pas de marbre mais Seth s’arrête, couic, juste au bord de l’émotion avant de l’éprouver pleinement dirait-on, et me reste une sensation de vide, mais de vide creux, pas plein.
Seth paraît ému par les objets qu’il aime décrire alors que ses personnages restent opaques, décrits de l’extérieur par un observateur distancié. Très citadin, notre chapeau misanthrope se déplace parmi des architectures mornes et la neige, le froid, les arbres nus privés de sève engendrent une mélancolie renforcée par un graphisme rétro type années 50 (Dupuy et Berberian, l’humour en moins). Ce dessin léché, précis, plat, monochrome, joint à l’aspect statique des cadrages et de la mise en page accentue le ton nostalgique proche de l’ennui existentiel suintant de ce récit ! ! ! ? ? ! ! ! ?
Bon … ben … heureusement que je savais que la vie est belle malgré tout, parce que ce n’est pas le personnage égocentrique et monomaniaque de Seth qui m’en aurait convaincu.

[Sylvie|signature]

Seth est à la recherche d’un dessinateur. C’est un homme passionné, comme chacun d’entre nous peut l’être au cour de son existence. Certains choisissent le foot, les voitures, les séries télé. D’autres, dont nous faisons peut-être parti, se plongent dans l’art graphique. Son obsession du moment à Seth, c’est un monsieur nommé Kalo, dont il a découvert le travail de dessinateur dans un vieux numéro du New Yorker. Alors, il va petit à petit suivre sa trace à travers les vieilles publications qu’il va pouvoir retrouver. De pistes en pistes, nous allons suivre son parcourt, ses impressions, et à travers Kalo, nous allons découvrir la vie et la personnalité de Seth.

Seth a un dessin agréable à la croisée de Dupuis-Berberian, Avril et Stanislas. Peut-être un peu trop froid par moment, à cause de la passivité dans l’expression des visages de ses personnages. A moins que ce ne soit le vert pâle, servant de trame de couleur, qui nous laisse cette impression glaciale.
Ou alors la trame de son récit, qui, il faut bien l’avouer, peut laisser une impression de lassitude. Il faut peut-être aimer Kalo. Etre comme Seth, un fan de ses petites vignettes humoristiques. Hélas, ce n’est pas mon cas … La reproduction complète de ses trouvailles (11 vignettes de Kalo) m’a horrifié ! Tout ce travail pour ça ! Pour des gags lourdingues et un dessin qui a tout à envier à de jeunes auteurs contemporains.
Cet album est beau malgré tout … Mais le « tout » est quand même lourd de déception.

[François|signature]

Pour ce qui est l’impression « glaciale » des Humanos, je conseillerais aux anglophones de lire la version US qui est imprimée sur un papier à l’aspect vieilli, légèrement beige, avec une trame d’un doux bleu pétrole donnant un ensemble en parfaite adéquation avec le récit. (La version comics était, quand à elle, avec une trame à points classique)

Il n’y a aucune raison de se braquer sur l’objet de la quête de Seth. Cette histoire de recherche est une excuse, un révélateur de sa pensée. Les qualités (ou défauts) du dessinateur recherché ne sont d’aucun intérêt. Seth l’avoue, alors que cette quête dure depuis déjà quelques années : « Je me suis dit récemment que je perdais mon temps avec Kalo. C’est une chimère. Une passade insignifiante. la meilleure chose à faire serait d’orienter mes recherches sur une œuvre vraiment importante …. Si je voyais le gag de Kalo aujourd’hui, est-ce que je me mettrais à sa recherche ? Non, à 5 contre 1. »

Cette quête insensée n’est qu’une excuse qu’il se donne pour fuir la vie réelle, ses problèmes relationnels, son incapacité à communiquer (même avec sa copine) sa famille qu’il apprécie mais dont il a un peu honte. (une honte mélangée à de la pitié).
Ce récit est très attachant, les ambiances sont parfaitement retranscrites (cf la scène de patinage nocturne) et on sent la fébrilité et les faiblesses de Seth. Les questions qu’il se pose ne sont jamais vraiment exprimées mais on les devine aisément. De la même manière, il confie des riens à son ami et confident Chester Brown qui, lui non plus n’est pas dupe, comme ne l’est pas le lecteur, d’ailleurs.

[Gregg & Yvan|signature]

Chroniqué par en août 1997

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