Participe passé

de

Du fameux dernier week-end de janvier, dans le non moins fameux « no amateur de bandes dessinées’s land » des autres jours de l’année, nous aurons eu les clichés souvenirs du « bonjour j’existe une fois l’an », entre ceux de l’anniversaire de l’éternel houppé, et l’exhibe qui fait monter la sève grâce à ces belles parts de marché et ces vertigineuses courbes de ventes suggérant l’ascension éternelle vers le paradis [1] .
Entre dessins animés illustrant que la bande dessinée (adaptée) ça bouge, et les musiques rigolotes qui confirment qu’elle n’est pas non plus « prise de tête » [2] , les reportages du pays médiatique du jouir ou de l’avoir peur (et rien d’autre) ont vu, et surtout fêté, les retrouvailles avec cette vieille fille qui fait partie de la famille [3] et qui, surprise, a encore de beaux restes aux yeux normés et appareillés par les méthodes comptables.
Ce qui fait que tout cela a pu sembler aux occasionnels moins mou que d’habitude, que cela tient debout sans arguments losangiques et ce malgré les (habituelles) débandades annoncées [4] . D’où, aussi, les surprenants (parce qu’inhabituels) commentaires se plaignant de marketing vis à vis de la récente réédition de L’Alph’art, qui montre moins une nouvelle attitude critique éclairée par une connaissance de l’œuvre hergéenne, qu’une frustration de consommateurs aguerrie par quinze ans de Capital sur M6 et habitués aux suites entérinant l’éternel présent de notre belle société. Consommateur roi connaît donc ses droits et les dessous du marché. On ne la lui fait plus. Il en veut pour son argent. Il veut que ce soit fini et bien dessiné comme les autres albums, comme pour Blake et Mortimer, les Schtroumpfs ou Boule et Bill [5] . Pas content du tout que ces gens de Casterman le prennent vraiment pour un con ! Mais bon, après le petit coup de gueule il va l’acheter… Il a toute la collection…

Bien sûr l’intelligence et la compétence n’étaient pas absentes [6] mais, paradoxalement, elles semblaient plus ciblées plutôt qu’ayant un véritable impact. Comme encouragées aux discours les plus pertinents parce que le bruit de fond les rendant inaudibles n’aura jamais été aussi fort. Une sorte de mise en réserve dans des enclaves comme faire-valoir en cas de nécessité (urgentes) pour mieux entériner ceux qui comptent i.e. ce qui compte. Mais peut être est-ce aussi une preuve supplémentaire que la bande dessinée est un art, une littérature, comme les autres ?
L’autre aspect est que cette « soudaine » découverte de la bande dessinée comme marché des possibles attire et va continuer d’attirer du monde dans les mois qui viennent [7] . Certes il peut sortir le meilleur de cet intérêt soudain pour le neuvième art, mais aux vues des proportions habituelles du pire, c’est bien ce dernier qui reste le plus probable. Le « pays des bulles », pour reprendre un cliché journalistique de saison, risque fort de donner raison aux habituels cassandres qui ne manqueront pas (jouissivement) de faire l’analogie entre la relativité des phylactères et la fragilité d’une bulle financière. Alors, restons fataliste, ami lecteur lectrice mon amour, vivons donc au présent dans ce monde tout au participe passé où « marcher en avant » se dit « marché droit devant ! », et si tu penses qu’il y a ici habitudes aux éditos d’inquiétudes, c’est que tu oublies que vigilance et analyse distanciée se conjuguent toujours à l’improbable « participe futur ».

Notes

  1. Penchant vraisemblablement inauguré par un dossier dans le numéro 148 daté janvier 2004 de la revue Capital et abondamment suivi par toutes les chaînes de télé comme l’a bien montré P. Vandel dans l’émission Arrêt sur images du 1er février 2004.
  2. « La BD ce n’est pas fait pour se prendre la tête ! » propos ultra-cons de Loisel recueillis comme évangiles par Yves-Marie Labé dans Le Monde des livres du 23/01/04 et qui eurent, évidement, l’honneur de la première page de ce supplément.
  3. Ils se souviennent des photos des années 60, voir A la mass(e).
  4. Voir sur ce genre d’annonces Les cyclistes.
  5. Une tendance aux suites réifiées indéniablement d’actualité, bien mise en avant par Le Monde mais uniquement pour assoir la vision de plus en plus classique, pour ne pas dire passéiste, de la bande dessinée par ce quotidien.
  6. Loin de là et certainement plus présentes que jamais. Parmi les plus complets, Libération et son cahier impeccable ou Télérama et son dossier correct qui brillait surtout par la qualité des portraits de dessinateurs du photographe Arnault Joubin. Mais le plus remarquable fût la série de cinq émissions intitulée « Les territoires de la bande dessinée » diffusée par France Culture entre le 19 et 23 février dans le cadre des « Chemins de la connaissance » de Jacques Munier.
  7. Denoël et Milan ont, par exemple, fait leur entrée sur le secteur en 2003. Et on ne compte plus les nouveaux éditeurs ou nouvelles collections consacrées à la manga et qui, bien sûr, se veulent tous « différents dans leurs choix »…
Humeur de en février 2004

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