La Bouche Sèche

de Jean-Philippe Peyraud

Depuis ses débuts et les Tasse de Thé à la Comédie Illustrée, Jean-Philippe Peyraud alterne le sitcom en bande dessinée et des oeuvres plus intimes, reposant moins sur les bons mots que sur la finesse et la justesse des situations.
Ainsi, beaucoup avaient classé un peu rapidement son Celles qu’on regrette dans la catégorie des sous-Dupuy-Berbérian, se basant sur une proximité du trait. Sans se démonter, Peyraud avait persévéré avec Il pleut, avant de signer un petit chef d’oeuvre avec les trois variations de son Grain de Beauté — trois portraits de couples qui se déchirent, se retrouvent ou se quittent, après l’amour.

Avec La bouche sèche, Jean-Philippe Peyraud confirme et signe un superbe album tout en demi-teintes et en subtilité. Il y a là dix histoires, dix moments justes et intimes, douloureux ou tendres. Evitant d’aligner les chagrins amoureux, Jean-Philippe Peyraud varie les situations et les points de vue. Et la «bouche sèche» de la couverture n’est finalement que le titre de l’un des récits, et non pas le thème directeur de l’album.

Si c’est le sens du dialogue qui anime les séries de Jean-Philippe Peyraud (on pense en particulier aux sitcom-esques Premières Chaleurs), c’est ici la finesse de son dessin sur laquelle repose toute la réussite de ce livre — cette capacité à mettre en scène avec justesse expressions et attitudes, sous le couvert d’un trait toujours aussi simple et élégant.

Car La Bouche Sèche est avant tout un album de silences, au gré de ces moments où les mots manquent pour exprimer ce que l’on ressent — impuissance, colère ou douleur — voire plus simplement du bonheur. Une dizaine de planches parfaitement rythmées, une poignée de répliques justes, des regards chargés en émotion, et Peyraud réussit le tour de force d’installer ses personnages et de capturer l’essence d’une situation profondément humaine.
Pas de doute, on tient là un grand livre.

Chroniqué par Xavier Guilbert en octobre 2005

AVEC LES MÊMES AUTEURS :

  • C.

    Est-ce un effet de l’âge (Peyraud a fêté ses 36 printemps) qui l’incite à écrire des histoires dans lesquelles le salut (comprendre la sérénité, la complicité, le bonheur, toutes ces petites choses du couple) est dans la vieillesse??

    D’ailleurs, le tome 5 des Premières Chaleurs m’a semblé nettement plus pessimiste que les précédents. A ce propos, une chronique sur le sujet complèterait bien vos autres chroniques sur Peyraud, mais je dis ça comme ça, hein… c’est pas moi qui les écris…

Commentaires