Agrum Comix n°3

de

David Vandermeulen est belge (rires). Il dessine depuis quelques années des fruits et des légumes (frais), à qui il arrive tout un tas d’aventures dont la plus régulière est d’être dessinés, justement. Or être dessiné, lorsqu’on est une patate, une orange ou une banane, c’est une aventure extraordinaire mais périlleuse : que dire ? Que faire ? Où trouver l’action, les dialogues, qui vont faire vibrer le lecteur et garantir enfin à Vandermeulen et à son panier de la ménagère le succès qu’ils méritent ?
C’est autour de cette question que tournent toutes les livraisons d’Agrum Comix. Avec ses personnages minimalistes (mais ultra-expressifs), ses décors inexistants, ses dialogues stupéfiants, Vandermeulen réussit le tour de force de bâtir des non-histoires savoureuses dans lesquelles, en plus, l’apparition inattendue d’Alain et d’Anthony Delon (respectivement un gros navet et une petite carotte) vient ajouter un parfum people alléchant (comment, il n’a pas encore pris de procès ?).

De jeu de mots débiles en tirage à la ligne éhonté, Vandermeulen fait donc passer le temps, avec pour seul objectif avoué d’arriver, enfin, au terme de ses 48 pages. Pendant ces 48 pages, les fruits et légumes s’agitent à la recherche d’une idée de scénario qu’évidemment ils ne trouveront jamais.
Le procédé est énorme ? Oui, c’est même pour ça qu’il marche. Les gags sont éculés ? Certes, mais il faut reconnaître que les plus usés retrouvent de la fraîcheur quand ils mettent au prise un citron et une banane. Vandermeulen ose tout, avec un minimum de moyens, et un réel talent de dessinateur qui montre bien que son minimalisme est un choix délibéré.

On se dit parfois qu’il ne tiendra pas jusqu’au bout, et puis on se souvient des cinq planches et immobiles de l’Aubaine #2, dans lesquelles les légumes gardaient la pause et le silence jusqu’à épuisement du papier, « par respect pour le lecteur ».
Et, lorsqu’à court de scénario les personnages sont enfin délivrés de leurs angoisses par l’arrivée tant attendue de la dernière page, Vandermeulen tient absolument à nous guider dans nos relectures de son grand oeuvre en nous fournissant un petit lexique des noms propres. Au cas où on se serait perdus.
Morceau choisi : « Ritchie : C’est le petit rigolo de la bande, il connaît plein de blagues : — C’est un sanglier qui rencontre son copain cochon et qui lui demandes « Alors, ta chimio ? ». Merci Ritchie ». Merci David.

Chroniqué par en mars 1999

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