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Arrête d’oublier de te souvenir

de

Notes de (re)lecture

Quel est le problème avec cette bonne bande dessinée ?

Arrête d’oublier de te souvenir de Peter Kuper a tout pour être une bonne bande dessinée, où au moins, une bande dessinée qui me plaise : C’est une autobiographie honnête, sans complaisance ni larmoiements. Les épisodes exposés ne sont pas dénués d’intérêt et sortent de la banalité (je pense notamment à ceux qui concernent la relation aux drogues). La structure est travaillée pour éviter une chronologie trop fastidieuse et les possibilités narratives de la bande dessinée semblent correctement exploitées : variation du graphisme, mélange de l’imaginaire et du réel (le personnage wormboy), expressivité des personnages, distance du narrateur…

Bref, en matière d’autobiographie, on a vu plus insipide et moins travaillé.

Alors pourquoi n’en garderai-je pas un bon souvenir ?

Le problème, c’est le dessin !

Le dessin n’est pas à mon goût et cela suffit à déprécier cette bande dessinée dans mon jugement.

En matière de bande dessinée, force est de constater que le dessin occupe une place importante, voire discriminante dans le choix et dans l’appréciation du lecteur : Tout d’abord, il est évident que le choix d’une bande dessinée en librairie ou en bibliothèque est fortement déterminé par l’attrait du dessin sur le futur lecteur. J’ai, comme tout le monde, tendance à m’attarder plus longuement sur les livres dont le dessin me séduit spontanément, et à écarter trop rapidement ceux dont le premier abord m’est trop désagréable. Tout est tellement plus facile lorsqu’un dessin plaisant m’invite à la lecture et peut même me rend acceptable (supportable ?) n’importe quel ouvrage.

C’est une paresse regrettable et j’essaye de faire amende honorable en accordant un second regard, une seconde chance à ces livres qui flattent moins mon goût : je les ouvre et je m’engage dans une lecture curieuse, qui peut-être me permettra de goûter à sa beauté intérieure. Même ainsi cependant, le dessin peut rester un obstacle rédhibitoire à l’appréciation de l’ensemble de la bande dessinée.

Le fait que le dessin soit un problème EST un problème

La primauté du dessin dans l’abord d’une bande dessinée est inévitable : il se voit et s’appréhende immédiatement, par la couverture et par un rapide feuilletage, alors que les autres caractéristiques d’une bande dessinée ne se dévoilent qu’à la lecture (style narratif, découpage, personnages…).

Ce qui est regrettable, ce sont nos lacunes d’éducation : un très grand plaisir de lecture attend peut-être le lecteur derrière un dessin qui, au premier abord, le rebute, mais comment peut il en avoir les indices ? Qui fait cet effort d’éducation des lecteurs ?

Durant des années, les éditeurs ont recruté voire formé des auteurs pour leur compétence à produire un dessin familier, déclinant celui d’Hergé, puis de Peyo, puis de Franquin… Les libraires, en dehors de quelques spécialistes, n’ont pas été d’un grand conseil. Quant à l’école… si elle apprend aux collégiens à lire des romans, du théâtre ou de la poésie, avec le résultat que quelques années plus tard certains d’entre eux ouvriront peut être avec curiosité un petit livre trouvé sur l’étagère d’une librairie, elle tarde encore à former des lecteurs de bande dessinée curieux et capables de dépasser une première impression.

Site officiel de Peter Kuper
Site officiel de Editions çà et là
Chroniqué par en novembre 2013

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