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Baci dalla Provincia (t1-2)

de

A l’initiative de l’éditeur italien Coconino Press, la collection «Ignatz» (en hommage à George Herriman, le créateur de Krazy Kat) est sans doute l’un des projets les plus intéressants de l’année écoulée. Misant sur la sortie simultanée dans six pays de leur livres (France, Italie, Etats-Unis, Espagne, Allemagne, Pays-Bas), l’éditeur nous propose un format inhabituel et séduisant : de grands livres souples, une trentaine de pages d’un papier épais, et surtout, une ligne éditoriale impeccable qui propose une brochette de talents alléchante (David B., Lorenzo Mattotti, Gabriella Giandelli, Kevin Huizenga, entre autres), mélange de vieux routards et de petits nouveaux.

Le très prolifique Gipi — déjà présent sur bien des fronts[1] — est également de la partie, et signe dans cette collection ce qui semble être le début d’une série de courts récits, sous le titre de Baci dalla Provincia («Baisers de la Province»).
Dans Les Innocents, le premier opus, un oncle au passé trouble emmène son neveu à la rencontre d’un ancien ami. Et comme c’est souvent le cas, le voyage physique fait écho au voyage émotionnel, que ce soit dans la relation qui s’établit ou dans les souvenirs ramenés en surface.
Le second opus, intitulé Ils ont retrouvé la voiture, se montre plus convenu, avec une histoire de règlement de comptes entre anciens complices. L’intérêt se trouve ici dans une narration dépourvue de noms, qui donne au final un aspect étrangement désincarné et froid à ce scénario digne d’un «film noir».

Une fois de plus, le dessin est magistral, proposant un contraste étonnant entre la subtilité lumineuse des paysages italiens restitués au lavis, et les personnages dressés d’un trait acéré — mais qui, alliant l’expressivité des visages à la justesse des poses et des attitudes, puisent dans les décors cette réalité qui leur donne vie.
Dans ce format aux allures de comic américain (pour des auteurs par ailleurs plus habitués à dérouler leurs histoires sur une centaine de pages), Gipi continue à explorer ses thématiques de prédilection : un travail sur la mémoire et le souvenir d’une part, et une adolescence qui évolue en marge d’autre part — pas vraiment des délinquants, mais pas des anges non plus, grandissant comme ils peuvent à l’ombre d’adultes qui n’ont rien d’exemplaire.

Deux nouvelles additions à l’œuvre humaniste[2] d’un auteur qui, au-delà d’un indéniable talent graphique, continue à faire part d’une tendresse toute particulière pour une certaine jeunesse rebelle.

Notes

  1. Il a vu paraître par ailleurs Notes pour une histoire de guerre chez Actes Sud, Extérieur nuit chez Vertige Graphic et Le Local dans la collection «Bayou» chez Gallimard.
  2. Et sans doute aussi politique, vu les allusions qui parsèment ces livres, allant de la corruption ordinaire à la représentation de figures réelles de l’Italie actuelle dans Notes pour une histoire de guerre. Mais malheureusement, je manque de contexte pour en juger …
Site officiel de Gipi
Chroniqué par en avril 2006

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