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Docteur Radar, tueur de savants

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Point, ligne, plan circulaire définiraient cet outil de détection, guettant dans l’inquiétude l’écho de ses émissions. Les points viennent de l’extérieur, font taches ou lignes probables, s’approchent du centre, sont attendus, tournent autour, puis s’éloignent, repoussés vers l’au-delà de l’écran pour un temps, cyclique naturellement. Par sa forme, l’écran est ici l’auspice, protecteur et prédicat, une résistance à l’invisible où tout s’y montre/raconte. Et c’est bien le méchant, ce docteur, qui porte ce nom siglique, une génération avant son invention,[1] dans un Paris du début des années 20 se promettant à la folie.

Ce docteur tue les gens qui savent que l’on peut aller avec raison au-delà, vers l’extérieur. Lui n’est pas encore si loin. Seulement aux frontières, y cultive l’indétectable, s’approche de la ville monde centripète pour espérer décrocher la Lune, et plus tard s’emparer de la Terre. S’il est détecté, ce sera par l’écho de ses meurtres et l’ambition qu’il dessine. Et cela sera vu par ceux sur le pivot d’une  richesse ou d’un talent, qui feront ligne ou front, sauront interpréter et contrer. Ce sera eux, dans l’exception, voire une forme d’avant-garde, car le reste du monde (celui des innocents) est tout à son  labeur, de celui qui le fait tourner paraît-il.

Que détecterait ce livre ? Bien sûr les sources feuilletonnesques d’une neuvième chose, voire de certaines émissions[2]. Peut-être une époque plus actuelle, toute au guet sur-amplifié du sensationnel, où le magazine Radar[3] ressusciterait quotidiennement dans des formes télévisuelles outrancières. La menée de ce docteur sans visage serait le symbole caricatural de tout ces complots imaginaires persistant jusqu’à nos jours.
Il y a aussi ce plaisir d’une filiation, d’une connivence de langage, une façon de poursuivre et de dire autrement le monde. Le radar est un écran d’inquiétude peut-être, mais aussi, ici, incarné en docteur, un support de plaisir rassurant, passant par une culture formelle. Aux grandes lignes abstraites d’une machine, celles expressives des atmosphères d’une époque en écho de la nôtre. Frédéric Bézian accorde à merveille sa griffe à celui de l’art déco émergent ou à l’expressionnisme cinématographique d’alors[4].
Le scénario de Noël Simsolo donne aussi son rôle au dessin. Ce sont ceux de Pascin qui permettent de voir ou de reconnaitre et de faire charnière dans l’enquête. L’artiste sait voir et montrer ce qui n’a pas d’identité, ce qui est invisible aux mécanismes de détection artificiels. Pour lui, parano et celui du paranormal qui l’attire, ou bien du surréel comme d’autres vont commencer à en parler.
Pour autant à aucun moment les auteurs ne tombent dans ces citationnels excessifs qui font florès. Leur Radar est autre, sensible avant tout à la résonnance.

Notes

  1. Le mot Radar est un acronyme qui n’apparait qu’en 1941.
  2. Radio en l’occurrence. Docteur Radar a été un feuilleton diffusée par France Culture en 1990.
  3. Magazine à «sensation» publié entre 1949 et 1962.
  4. Le travail des couleurs par exemple, évoque les procédés de teinte ou de virage de pellicule, utilisés dans les films muets noir et blanc de cette époque pour accentuer le climat de certaines scènes.
Site officiel de Frédéric Bézian
Site officiel de Glénat
Chroniqué par en janvier 2014

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