Numérologie, édition 2012

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Après une année 2011 qui avait touché le fond, apparaissant clairement comme une annus horribilis, l’année 2012 ne pouvait que représenter un rebond et présenter un visage plus avenant. Et effectivement, les choses retrouvent une certaine normalité, avec six titres à plus de 100 000 exemplaires écoulés et un top 5 cumulant 880 000 exemplaires. Cependant, cette embellie toute relative ne devrait pas dissimuler la réalité d’une année au plus bas historique depuis 2000 — à l’exception de 2011. Il n’est d’ailleurs pas un indicateur qui vienne apporter quelque consolation : ventes cumulées des titres du top 50 à 3,4 millions d’exemplaires, soit très en-deçà de la «norme» de quatre millions en vigueur sur la période 2006-2010, et top 5 dont les ventes cumulées enregistrent une perte de 10 % par rapport à la performance de 2010 (elle-même sur la fourchette basse de la «norme» de la période 2006-2010, autour de 1,2 million d’exemplaires cumulés).
On avait pu évoquer pour 2011 une année en demi-teinte, car dépourvue de la contribution des locomotives habituelles à l’exception du seul nouveau XIII. Au contraire, 2012 pouvait faire l’effet d’une année d’abondance, bénéficiant de la quasi-totalité des têtes de gondole — une situation confirmée par les chiffres des tirages annoncés dans le rapport de l’ACBD, avec 10 titres au-dessus des 200 000 exemplaires, contre seulement 6 l’année passée[1].

Bien sûr, avec son tirage annoncé d’un million d’exemplaires (et pourtant en sérieux retrait par rapport au précédent volume), beaucoup d’espoirs reposaient sur le nouveau volume de Titeuf. Mais la performance en demi-teinte de la série de Zep ne devrait pas occulter une faillite plus collective : sur les dix plus gros tirages hors manga recensés par Gilles Ratier, seuls quatre (Largo Winch, Blake et Mortimer, Le Chat et Lou !) voient leurs ventes au 31 décembre s’établir dans la «norme» de 40 % à 50 % du tirage initial écoulé[2]. Pour les autres, cela va du moyen (29 % du tirage écoulé pour le dernier XIII) au très préoccupant (Lucky Luke, Le Petit Spirou et Kid Paddle à moins de 18 %), Titeuf et les Blagues de Toto (à un peu plus de 20 %) complétant cette liste bien peu glorieuse.

Contrairement aux années précédentes, la meilleure vente en manga est un volume de One Piece. En effet, Naruto a quasiment rattrapé le rythme de publication japonais, et a dû espacer ses sorties de manière significative : il n’y a donc pas eu de nouvelle sortie durant la première moitié de l’année 2012, le volume 55 sortant le 6 juillet.

Succès presque inattendu en 2010 et récidiviste en 2012, le Quai d’Orsay de Christophe Blain et Abel Lanzac (Dargaud) continue sur sa belle lancée, le second volume du diptyque toujours présent au sein des 50 meilleures ventes de 2012. L’année 2013 devrait marquer une nouvelle étape pour la série, bénéficiant à la fois du «Prix du meilleur album» reçu au Festival d’Angoulême et de la sortie de l’adaptation cinématographique de Bertrand Tavernier (avec Thierry Lhermitte dans le rôle principal) prévue pour le deuxième semestre 2013.
On notera également la bonne tenue des Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle, lauréat précédent du «Prix du meilleur album» du Festival d’Angoulême, ainsi que celle des Ignorants d’Etienne Davodeau.
La page blanche, signée Boulet et Pénélope Bagieu, réalise par ailleurs une performance honorable, certainement aidée par la notoriété de leurs auteurs, sans conteste les deux poids-lourds de la génération issue des «blogs BD».

Après quatre années de succès, on ne trouvera aucun volume tiré des Simpson dans le top 50 : après avoir culminé en 2010, les ventes de la série ont enchaîné deux années de contraction importante (-13 % en 2011, et -23 % en 2012) et ont perdu beaucoup de terrain. On peut sans doute mettre en cause une exploitation intensive du filon (18 volumes en 5 ans dans la série principale, plus une flopée de séries dérivées), mais également mettre en avant les dynamiques spécifiques à ces succès marketing, qui se montrent de plus en plus de courte durée. Les ventes de la série des Blondes, chez Soleil, avaient également connu une évolution comparable.
Dans une année 2012 riche en adaptations cinématographiques, il est bien difficile d’observer un quelconque impact du succès de certains films au box-office sur les ventes des œuvres dont ils ont été tirés — à l’exception peut-être du 25e tome du Marsupilami, dont les 47 000 exemplaires vendus font cependant pâle figure face au succès du film d’Alain Chabat, Sur la piste du Marsupilami (3e au box-office français avec plus de 5 millions d’entrées). Derrière, la semi-déception d’Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté (9e avec 3,8 millions d’entrées) voit même les ventes globales de la série reculer de plus de 25 % par rapport à l’année précédente. Le verdict est encore plus dur du côté des comics, malgré les bonnes performances au cinéma de Avengers (6e / 4,5 millions d’entrées), de The Dark Knight Rises (8e / 4,4 millions) ou encore The Amazing Spider-Man (16e / 2,5 millions).

Du côté des séries les plus vendues, on retrouve les suspects habituels : un trio de séries japonaises aux commandes (One Piece, Fairy Tail et Naruto, ces trois séries représentant à elles seules 10 % des ventes totales du marché), suivi plus loin par Tintin, Les Légendaires et les zombies de The Walking Dead, qui confirme ici son statut de phénomène.

Notes

  1. Données pour les dernières années, hors manga : 2012 (1 titre à tirage supérieur à 500 000 exemplaires / 9 entre 200 000 et 500 000), 2011 (1/5), 2010 (1/11), 2009 (2/11), 2008 (3/8), 2007 (2/11), 2006 (2/5), 2005 (5/7). Source : Gilles Ratier/ACBD.
  2. Valeur moyenne constatée pour les titres figurant dans les Top 50 publiés par Livres Hebdo depuis 2003.
Dossier de en mai 2013

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