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L’ Ascension du Haut Mal (t5)

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On se souvient du choc provoqué par la sortie du tome 1 de L’ascension du Haut-Mal : David B se lançait dans une oeuvre d’une envergure encore inconnue en bande dessinée, en choisissant de raconter son enfance sous l’angle de la maladie de son frère épileptique.
Nous découvrions un récit prenant, noir et terrible, qui mettait à jour des blessures profondes chez celui qui est devenu un des auteurs français les plus incontournables de la BD des années 90. L’Ascension dépasse largement le simple statut d’autobiographie douloureuse, pour devenir une sorte de récit fondamental expliquant comment on devient auteur, comment le goût de raconter des histoires — et de les dessiner — ne vient pas simplement d’un plaisir enfantin.

L’ascension est une lecture fondamentale parce qu’elle raconte beaucoup plus qu’un traumatisme de l’enfance, elle explique les fonctions de l’imaginaire, le goût pour la lecture et la connaissance, elle montre les rapports difficiles et complexes qui se mettent en place au sein d’une famille et, finalement, s’interroge sur la fonction même du récit de sa vie, sur la distance que l’on peut avoir sur ses souvenirs, sur la manière que l’on a d’intégrer ses expériences.
Le dessin de David B joue autant que les textes dans ce récit : il est porteur de ce souvenir, et prend en charge une bonne partie de la narration, de son sens, en occupant l’espace de la planche jusqu’à l’étouffer presque.

On est donc autant devant une oeuvre, une grande oeuvre, que devant une tentative inédite de thérapie, de psychanalyse par la bande dessinée. Mais il faut reconnaître que le projet, par son ambition, et surtout par sa longueur, est souvent à la limite de l’échec.
David B a définitivement décidé d’aller au bout de son récit, aux risques de la redite, de l’étouffement, de la complaisance et, peut-être, de l’ennui. Combien de lecteurs le suivront dans sa descente au fond de son histoire personnelle ? Pendant combien de tomes David B réussira-t-il à nous entraîner dans ses cauchemars ? Sera-t-il capable de ne jamais complètement tomber dans l’auto-psychanalyse, en oubliant définitivement le récit ?
Quoi qu’il en soit, et même si on n’en ressort pas vraiment indemnes, il faut lire L’ascension, car nous sommes vraiment dans la terra incognita de la bande dessinée.

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Chroniqué par en décembre 2000

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