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Les incidents de la nuit, t.2

de

L’incidentel est accessoire. Un rien de grave, du circonstanciel et du secondaire, d’autant plus si cela se passe la nuit, loin des regards, loin des lumières. Ce serait un alentour qui ne se dit pas, une marge imprononçable.
Mais il y aurait aussi ces traits/rayons d’autres éclats, d’autres luisances, dont les angles sur une surface sujette à la réflexion, détermineraient des points d’incidents/incidences aux sources d’images spéculaires. Qui s’y mirerait dans ses propres clartés, s’y verrait dessiné et inversé, ou pour le moins gauchi, dévié vers quelques voies extraordinaires.
Ainsi, ce qui ne primait pas peut devenir l’essentiel, et le sort d’un monde s’y décider dans l’une de ses capitales.

Ces surfaces ? Des pages et des pages de livres qui à force de se couvrir de réflexions depuis des siècles, en deviennent aujourd’hui réfléchissantes. Et ces traits ? Ceux du dessin en des lieux ordinairement dédiés à l’écriture, d’un dessein qui outrage les lettres (le N par exemple) de faire image là plutôt que sur  une toile, un écran ou un mur.

Autre miroir, autres lettres, les initiales de l’auteur sont l’inverse de celles de la bande dessinée. Depuis qu’il a entrepris son ascension, D. B. devient moins David que Dessiné. Il est dans les livres qu’il a fait, il est devenu un personnage, il peut donc vivre ou mourir au fil des pages et des réflexions.
Là, son «Je» a été poignardé au dessus de la Seine. Drôle de scène, drôle de passage, où «la flotte» est une bande meurtrière qui nie le fleuve comme l’hydre la décollation. Mais les B. sont une fratrie on le sait, eux non plus ne s’avouent pas vaincus par les existences de papier écourtées. Le fameux Jean-Christophe prend la relève. De là-haut il va aux racines du mal, va affronter à son tour les sectateurs de la quatorzième lettre, de la onzième consonne.

«Que de péripéties !» Oui, car l’incident est aussi cela, qui ainsi multiplié peut faire épisode, puis aventure. En ceci l’auteur n’a jamais été aussi proche d’un de ses inspirateurs : Jacques Tardi. Non seulement il le fait par sa reprise et son exploration des images typiquement tardiennes d’océan de livres[1], mais aussi en se rapprochant de cet esprit roman feuilleton tel qu’exploré alors par la série des Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec ou l’album Le démon des glaces par exemple.

Psycho-géographie aussi (et peut-être par conséquent), l’album met en situation, et surtout en ville (Paris) ce qu’il y a de pas moins vil. Face à cela, la parade c’est la parole, la mémoire et leur retranscription dans les livres. Sur la couverture, le frère de B. en porte deux comme d’autres plus à l’ouest porteraient des colts, mais avec cette différence que lui cherche à savoir.
Entre «l’ascension» biographique et ces bas-fonds parisiens imaginaires, les points communs ne seraient pas que des représentations devenues personnages, mais une même volonté de comprendre, de chercher par une multitude d’hypothèses à repousser l’obscur et le réfléchir.

Notes

  1. Qui surgirent de cases d’Ici même, et qui contribuèrent fortement à l’image de Tardi dans les années 80. Il fit un certain nombre de cartes postales, d’affiches ou de publicités pour librairies inspirées de ces cases.
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Chroniqué par en novembre 2013

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