La Comète

de

Simon, Laïka, Brunch, Gertrude, Franz, Schrank, Phillips, Isabelle, Sigismundus. Tous se rassemblent dans une pièce en sous-pente afin de refaire le monde, échanger des idéaux, et surtout fomenter la révolution tant espérée et attendue autour d’une bouteille de vin, d’un thé et de quelques cigarettes. Au nom de Bakounine, du socialisme et à l’écoute de leur « chef » dont les traits ne sont pas sans rappeler ceux du grand Trosky, ils oscillent pour l’instant entre aller manger un Kebab vite fait au coin de la rue, et défendre les intérêts du prolétariat.
Seulement voilà, le temps presse. Une comète est entrée dans le champ d’attraction terrestre et menace de pulvériser la planète. C’est décidé, ils passent à l’action. À chacun son objectif, à chacun sa mission. Il faut définitivement mettre à bas cette société du profit et redéfinir les valeurs d’une nouvelle humanité à l’aube du grand désastre à venir.
C’est indubitablement sans compter sur le docteur Bronstein, conseiller astronomique du président et du gouvernement

Depuis ses premières ( ?) publications dans le fanzine Morsures, nous pouvons constater l’évolution impressionnante du trait de Vincent Vanoli ; proche de l’épure, tremblant, fragile même, le dessin du récit Les deux tonneaux en 1987, était déjà au service d’un propos grave sous couvert de légèreté.
Aujourd’hui, ce dernier est plus assuré et le style graphique s’en ressent indubitablement, tactile, sombre, ondulatoire, vivant et débordant de matière. Le noir et les gris ont pris la place du blanc, les phylactères contribuent à la construction des planches et la lecture ne s’en trouve que plus réjouissante, et parallèlement, propice à la réflexion.
Les personnages tourmentés, tant sur le plan physique que mental, interpellent et capturent le regard et l’attention par l’humanité qui s’en dégage. Le travail de Vanoli ouvre les portes de la bande dessinée à un nouvel expressionnisme et pourrait s’apparenter (la couleur en moins) à l’approche plastique du travail de Georges Grosz.
Chacun de ses livres, que ce soit chez Futuropolis (Jean-Pierre), L’Association (Simplismus, le Bon endroit), Chacal puant (la Planète Watermelon), ou comme aujourd’hui, 6 Pieds sous terre, est une strate de l’oeuvre qu’il bâtit lentement mais sûrement.

La dénonciation qui sourde dans ses histoires, l’impose actuellement comme un auteur de premier ordre. Vanoli pour sa part n’impose rien, il propose à grand renfort de second degré et d’humour décalé (mais juste) une vision du monde qu’il ne tient qu’à nous d’appréhender et d’apprécier sans limites.

Site officiel de Vincent Vanoli
Site officiel de 6 pieds sous terre
Chroniqué par en mai 1998

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