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L’ Horizon Facétieux

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Faire de la limite son contraire : une liberté plaisante mettant la coercition bien ailleurs plutôt qu’au loin. C’est ainsi que l’horizon devient facétieux, lui qui borne le regard, lui où la terre et/ou la mer font toujours face aux cieux.
Pour les astrophysiciens il y a l’horizon des événements au bord des trous noirs ; pour Juliette Binet il y a l’horizon qui fait événement par des reliefs sur blancheur, les restes vibrant d’une mise au jour, d’une lucidité. Le héros sera donc lui, ce loin se rapprochant (ou approché), cette borne, cette découpe sur l’aérien qui fait le fil du regard. En bougeant la tête ou ici en tournant/dépliant les pages, il devient le fil narratif, celui qui se donne à voir, à lire des yeux.

Inattendu par conséquent, ce qui devient un panorama n’est pas rectiligne, encore moins uniforme, il est modelé, en nuances, en mouvements de nature liquides, éthérés ou géologiques, dans des résonances oscillant entre complicité et hostilité. La rectitude fragile est aux constructions humaines (maisons, usine) et ce qui l’en reste ; le voluté, le torsé sont à ce qui les entoure et les domine, fait l’odyssée abrasive des éléments qui se confrontent et submergent ceux qui y vivent.

Plié comme certain carton perforés de limonaire,[1] L’horizon facétieux serait la musique d’un cycle, d’un manège qui se passerait de ceux se déclarant centrifuges, qui ne le lisent plus, n’y prennent plus plaisir, disent l’avoir dépassé.
Pourtant les fumées des usines ne font pas les nuages légers, ne sont pas non plus celles des volcans exprimant la terre vivante. Le cycle de l’eau commence aux sommets des montagnes érodées par une humeur attrapée aux nébulosités, pour finir par remplir les océans d’où sortiront d’autres nuées.

Centripète forcément, celui dans la curiosité sans parole pourra s’entourer du livre déplié, constatera la circularité de l’horizon à portée de regard (l’horizon se définit ainsi), mais aussi l’ultime facétie de ce qui reste un livre faisant d’une limite naturelle son histoire autant que son personnage.[2]
Juliette Binet s’était intéressée au passé de l’humanité dans son précédent livre, elle en interroge aujourd’hui l’avenir souvent confondu à un horizon, vu ici non pas comme une limite (dépassé ou indépassable) mais une condition nécessaire.
Avec une incroyable finesse de trait et le subtil nuancier d’une simplicité manifeste, précise et orfévrée, l’auteure dévoile un poème graphique se terminant sur un point d’orgue, triangle rouge en forme de toit (toi) lévitant, signifiant ce qui nous abrite en bordure d’univers. Une invitation gracieuse au renouvellement, à une nouvelle lecture d’un lointain proche et déployé.[3]

Notes

  1. Ce livre est en fait une bande pliée de plus de 6 métres.
  2. La première image peut être reliée à la dernière, mais de par le façonnage du livre c’est impossible. Alors que dans une exposition, tous les dessins de Juliette Binet pourraient être exposés ensemble dans un cercle, tous visibles en boucle.
  3. Ajoutons que ce livre est un tirage limité à 2000 exemplaires. Une autre limite faisant constater cette chance réelle aujourd’hui, de pouvoir voir de tels livres publiés.
Site officiel de Juliette Binet
Site officiel de Gallimard Jeunesse
Chroniqué par en décembre 2011

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