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Hundreds of feet below daylight

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James Sturm est en train de fouiller, au travers d’une trilogie, les recoins sombres de l’histoire des pionniers américains du XIXe siècle. Le premier volume, The Revival, décrivait leur quête spirituelle, au travers un déchaînement de religion non-organisée dans la campagne du Kentucky. Dans Hundreds of Feet, Sturm s’intéresse à la force animale de la nécessité matérielle, et aux tensions apparaissant entre les pèlerins ramenés à la dure réalité — que la liberté et les trésors qui les avait amenés dans ces terres nouvelles, et qu’on leur avait dits inépuisables, étaient en fait denrée bien rare.

L’histoire est simple : une petite communauté isolée lutte pour survivre en exploitant une mine de charbon, une mine qui a changé de mains plusieurs fois, récemment par la violence. Ils perdent leur chef et peu après ils perdent le reste. Un mystère est résolu ; un autre n’est pas résolu ; fin.

On pourrait parler de mélodrame, mais le mélodrame suit sa propre logique inéluctable, alors que la narration de Sturm va serpenter à la manière d’une vieille ballade à peu près oubliée, où seule l’esquisse de quelques détails épars permet au lecteur de deviner l’ensemble de l’histoire.

Son récit n’a pas vraiment de début et pas vraiment de fin, et même s’il y a des personnages, c’est la communauté qui l’intéresse — ou le manque de communauté. Et ce qu’il cherche, ce n’est pas à raconter une histoire définitive des pionniers, mais à montrer et témoigner de quelques moments de douleur, tirés des innombrables moments qu’on a oubliés. Il fait vivre, dans l’imagination, les voix des morts qui sont perdus dans la mythologie américaine.

Son écriture et son dessin sont simples, avec un style qui doit autant à l’art populaire de cette période, qu’à la ligne épaisse et claire chère aux auteurs de Drawn & Quarterly ; le dessin et la narration me font penser à Chester Brown en particulier. Il est difficile de dire dans quelle direction Sturm va évoluer, mais il a d’ores et déjà un immense atout pour lui : son instinct aigu qui lui fait trouver le ton juste et ces petits détails qui transforment une histoire à peine esquissée en un récit qu’on a du mal à effacer de sa mémoire, tant il y laisse une forte impression.

Chroniqué par en janvier 1999

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