Ex Abrupto

de

Après trois albums «pour rire» parus depuis le début de l’année, des albums cartonnés et en couleur, Manu Larcenet revient avec Ex Abrupto, un pavé en noir et blanc en format à l’Italienne chez les Rêveurs. Et à la lecture de ce cinquième opus dans cette collection, on en viendrait à se demander si, en marge de sa production colorée et plus ou moins humoristique, Larcenet ne serait pas du genre à accumuler les idées noires et les jours de déprime, pour en déverser ensuite le trop-plein dans ces petits livres de désespoir.

Durant plus de 250 pages muettes, il s’attache aux pas d’une sorte de cochon, manoeuvre dans un grand complexe industriel, et qui trouve ses seuls moments de bonheur dans le dessin en rentrant du travail avant d’aller rejoindre un grand oiseau malade dans sa petite maison, perdue au milieu de la campagne.
Avec son univers animalier, Ex Abrupto quitte le registre autobiographique des précédents ouvrages, mais n’en demeure pas moins une oeuvre personnelle, pétrie des angoisses que l’on a pu trouver ailleurs dans la biblio de l’auteur — de la violence bornée de l’autorité (déjà aperçue dans les pages de Presque) à la peur de la mort (évoquée dans On fera avec) en passant par les cauchemars de Dallas Cowboy.

«Ex Abrupto», ou «sans préparation». Il y a d’ailleurs quelque chose de brut dans cet ouvrage, que l’on retrouve dans le choix de laisser de côté les noirs denses du pinceau, pour utiliser plutôt le trait d’un stylo[1] qui s’acharne à recouvrir la page — à tel point que certaines planches donnent l’impression d’avoir été plus griffées que dessinées. Plus rarement, Larcenet s’autorise quelques moments de lumière, pour y saisir la fragilité du rêve.

Moins directement émouvant que sa veine autobio, moins chargé en pathos aussi, Ex Abrupto reste néanmoins une superbe démonstration de dessin en liberté. Un pavé à rajouter à une oeuvre et une sensibilité qui, à l’origine écartelée (en apparence, du moins) entre l’«Umour» et la veine intime des Rêveurs, a enfin réussi à trouver une certaine unité autour du Combat Ordinaire.

Notes

  1. Qui a révolutionné entre autres le dessin de Giacometti, m’indique Jessie Bi à l’oreillette.
Site officiel de Manu Larcenet*
Site officiel de Les Rêveurs
Chroniqué par en décembre 2005

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