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Mitchum (n°4)

de

Et Blutch poursuit ses recherches, feuilles et pinceaux sur le qui vive.

Blutch venait de finir une bande dessinée pour Mitchum n°4 quand, soudain, il aperçoit une superbe fille en train de danser. Son sang ne fait plus qu’un tour, il se doit de la dessiner ! C’est une question de vie ou de mort (artistique). Mais flûte ! crotte ! zut ! il n’a plus de papier. Alors sans perdre un instant il la dessine directo sur le recto des planches qu’il vient de terminer.

C’est ce double hasard d’une rencontre qu’il nous donne à voir. Ça percute en double sens, crissement de pneus comme dans les séries T.V. Ça bouge, ça bouge ! Pour Blutch, poursuites et cascades sont aussi des chorégraphies. Blutch appelle cela « Tableau » car c’est très « kiné-matographique ». Belle logique ! il faut savoir brouiller les pistes (comme au Far West). Leur brouillage est à la base de la narration et la bande dessinée est narration.
Pourquoi la fille danse-t-elle ? Eh ! hop ! une fin comme vraie/fausse explication.

Un deuxième tableau compose ce Mitchum. La rencontre avec la danseuse a suscité des souvenirs, une histoire. La problématique mouvement/modèle/artiste qui hante le Blutch s’épanouit alors. Il dessine, il dessine, mais ne se sent plus dans l’histoire. Le dessinateur est-il un monstre effrayant ou un bel amant attirant ? Il expérimente pour voir, pour plus tard, avant une histoire, en prévision d’une histoire. D’où assouplissements narratifs et dé-articulation. Comme tout grand artiste, il doute de son talent, de ses motivations, il ne se voit à la fin que comme un singe de la pré-histoire.
Hokusaï pensait pouvoir donner vie à un point s’il avait vécu plus longtemps et Kandinsky expliquait qu’une ligne n’est qu’un point en mouvement. Blutch le sait, en tant que singe, il a appris à faire la grimace (réflexion), il trace donc sur le deuxième tableau (plan) une ligne ayant rejoint le point comme essence de la narration qui le préoccupe tend. Il danse autour et le montre à nous les autres singes pré-narratifs, ivres et/car enchantés, prêts pour de nouvelles sarabandes (dessinées) avec Mitchum.

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Chroniqué par en octobre 1998