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Le Petit Christian

de

Blutch était adolescent quand la bande dessinée est devenue adulte, et adulte quand la bande dessinée est devenue adolescente (voir franchement infantile).
Indépendant de tout ça il fait de la bande dessinée indépendante. Son grand talent est sa liberté (la nôtre aussi).
Aujourd’hui il raconte des épisodes de son enfance. Il la raconte face aux CinéTéVémythes, mais aussi et surtout face aux ennéamythes.
Ces mêmes mythes crées pour l’enfance, pour qu’elle sorte de son sort étymologique de celui qui ne parle pas.

Pédagogique ! Oui ! oui ! Depuis Töpffer la bande dessinée est une paire de béquilles au langage parlé/écrit. Elles se cassent la gueule dans le coin où on les a laissées quand on en n’a plus besoin, quand on marche sans.
Comme ça énerve, on les fout à la cave, cachot dont on ne parle pas (oubliettes), d’où on ne parle plus (soi-disant).
La bande dessinée c’est pour ceux qui ne parlent pas et ceux qui ne savent pas parler (prisonniers), ce qui est forcément de leur faute (puritanisme).
D’autres les gardent (les gardes ?) et les utilisent, mais toujours boiteux ils ne parlent pas ils radotent !

Tandis que Blutch lui, les utilise et va plus vite, bien plus vite que les champions (dopés) du langage écrit. Il glisse (danse) avec, et il montre le langage de l’enfance : les fâmes, les pédettes, le temps des rirzéchants, etc.
Langage approximatif des enfants, mais par cette paire de béquilles bande dessinée qu’il transforme en pinceaux, il nous précise l’approximation des souvenirs. Chut ! Ne parle plus, rigole et approche ! Vois (rappelle toi) !

Telle est l’approche de Blutch, plutôt indien que cow-boy, car il y a de la ruse de sioux dans cette autobiographie réjouissante en langage de ceux qui ne parlent pas sur un Blutch qui ne savait pas parler. Tout ça pour ceux qui marchent (encore) debout (avec ou sans béquilles).

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Chroniqué par en décembre 1998